Pourquoi le coût de la vie étudiante est 118% plus élevé pour les femmes

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SEXISME - Le coût de la vie étudiante augmente de 2,83% à la rentrée 2019 et les premières touchées seront les jeunes femmes de l'enseignement supérieur. Mais d'après l'enquête de l'Unef, les frais médicaux et dépenses indispensables reviennent bien plus cher aux étudiantes qu'aux étudiants.

Les étudiantes doivent débourser 529 euros de plus par an que leurs camarades masculins pour un niveau de vie semblable. Dans son enquête annuelle sur le coût de la vie estudiantine, l'Unef a décidé pour la première fois d’évaluer la différence du coût de la vie entre les jeunes femmes et hommes dans l’enseignement supérieur. D'après leur rapport, "le verdict est sans appel, le coût de la vie est 118,68% plus élevé pour les femmes". A cause de cet écart de frais, le syndicat estime "à 270 000 le nombre d’étudiantes en situation de précarité menstruelle.”

Consommation : la "taxe rose" touche aussi les étudiantes

Du nécessaire hygiénique au matériel scolaire, bon nombre de produits quotidiens ont des prix plus élevés lorsqu’ils sont ciblés pour les femmes. Cette problématique de la "taxe rose" fait régulièrement le tour des médias, avec comme exemple récurrent des rasoirs jetables ou stylos-bille plus chers du fait de leur packaging rose. Si les marques commencent à intégrer le rejet de ces différences de traitement genrées, on continue de trouver des produits absolument identiques à des prix différents pour les hommes et les femmes. Paire de chaussettes blanches, blouse de science basique : ces "indispensables" pour les étudiants présentent en rayon plusieurs euros d’écart, sans explication. Les coupes de cheveux sont aussi systématiquement plus chères pour les femmes, même sur cheveux courts.

Sur les quatre catégories que sont l'habillement, les sous-vêtements, le coiffeur et l’épilation/rasage, l’enquête de l’Unef calcule ainsi que les étudiantes doivent dépenser 200 euros de plus par an pour des dépenses courantes identiques. "Nous nous sommes basés sur les chiffres des études réalisés par différents médias, en gardant les seules dépenses réalistes pour les étudiantes", explique la présidente du syndicat Mélanie Luce. "Par exemple, nous n’avons pas pris en compte le maquillage, dont les chiffres donnés dans les études étaient bien trop élevés pour des budgets étudiants".

L’Observatoire de la vie étudiante (OVE), qui réalise tous les trois ans des enquêtes sur les conditions de vie des étudiants, n’a jamais donné de chiffres différenciés pour les étudiants et les étudiantes. "Pour l’enquête sur la situation économique et financière, nous interrogeons les étudiants sur leur situation familiale et socioprofessionnelle, leurs frais de logement, leurs revenus ou aides sociales, mais pas sur leur dépenses quotidiennes", justifie la responsable de la communication. Ainsi, même si l’OVE reconnaît l’inévitable surplus de frais subit par les étudiantes, l’organisme n’a pas pu l’intégrer à ses résultats. "Le questionnaire dure déjà plus d’une heure, nous ne pourrons donc pas ajouter ce niveau de détail à la prochaine étude, qui paraîtra en 2020", nous indique-t-on.

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Frais de santé et dépenses obligatoires : le fossé

Seule information de l’enquête de l’OVE permettant d’étayer les difficultés propres aux étudiantes : elles sont seulement 57,5% à s’estimer satisfaite de leur état de santé, contre 66,9% pour leurs homologues masculins. Les frais médicaux sont un point financier particulièrement lourd pour elles. D'après l’étude de l’Unef, leurs dépenses liées à la santé féminine - contraception, protections périodiques, médicaments pour les douleurs menstruelles et visite annuelle chez le gynécologue - d'élèvent à 170 euros par an. En additionnant ce montant aux dépenses courantes, le syndicat étudiant obtient une différence significative de 529 euros par an, soit un surcoût de la vie étudiante de 118% pour les femmes.

Grace à ces chiffres, l'Unef espère interpeller les universités et établissements scolaires sur le fossé entre les budgets nécessaires à une bonne qualité de vie des étudiants et des étudiantes. L'objectif : les convaincre de mettre en place plus de mesures pour aider les jeunes femmes, avec en priorité des moyens pour lutter contre la précarité menstruelle.

L'université de Lille a été la première à s'engager à distribuer tampons et serviettes à ses frais, depuis la rentrée 2018. Avec l'aide du syndicat et d'associations étudiantes et féministes, le groupe Sorbonne Universités suivra le pas dès la rentrée prochaine avec une distribution sur tous ses sites. A Science-Po, c'est l'Unef qui a tenu des permanences toute l'année, puisque l'école n'a pas voulu en prendre la charge. "Nous avons œuvré toute l'année pour distribuer des protections périodiques gratuites aux étudiantes, dans le plus de campus possibles. Cela a été le point de départ de cette étude", explique Mélanie Luce. "Tous les ans, nous essayons d'approfondir notre enquête. Après tant de temps à communiquer avec nos adhérentes sur ce problème majeur, c'était une évidence d'ajouter la différence du coût de la vie entre les étudiantes et les étudiants".

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Hormis une aide sur les protections hygiéniques, l'Unef oeuvre notamment pour généraliser "les chèques santé, à donner à la rentrée pour leur assurer une consultation gratuite de gynécologue par an, ou le remboursement à taux complet de leur contraception". "Les solutions pour faciliter le quotidien des étudiantes ne manquent pas", assure Mélanie. Et l'urgence de les mettre en place est criante. 

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