Précarité étudiante : "M'offrir des vêtements, je n'y pense même pas"

Précarité étudiante : "M'offrir des vêtements, je n'y pense même pas"
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TÉMOIGNAGES - Un jeune homme de 22 ans s'est immolé par le feu vendredi devant un restaurant universitaire à Lyon pour interpeller les autorités sur la précarité étudiante. Comme lui, ils sont nombreux à connaître la galère au quotidien, entre petits boulots et fins de mois difficiles.

"Le frigo, c'est 20 euros par semaine". Pierre connait son budget mensuel sur le bout des doigts. Etudiant en Droit à Marseille depuis trois ans, le jeune homme a appris à faire "avec". "Ou plutôt sans", précise aussitôt celui qui, depuis plusieurs jours, assiste sans surprise à la fronde estudiantine contre la précarité après qu'un étudiant se soit immolé par le feu vendredi dernier devant le Crous de Lyon.

"L'immolation de ce garçon à Lyon, c'est triste. Mais je peux comprendre qu'on flanche. Il suffit que tes études ne te passionnent pas, que ta famille soit loin, que tu n'aies pas beaucoup de potes… ça peut aller vite. Tu galères tout de suite en fait". Originaire du Vaucluse, Pierre se rappelle son arrivée dans la ville et la quête d'un logement. " Mes parents gagnent "trop" leur vie pour que je bénéficie d'une bourse, mais pas assez pour me soutenir. Je n'ai pas eu de place en résidence universitaire, donc  j'ai dû prendre un studio en ville. J'ai un loyer d'environ 450 euros, mais les APL ne finançant même pas la moitié j'ai dû trouver un job alimentaire. Enfin, alimentaire… pour payer la moitié restante du loyer, mes factures et remplir le frigo".

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"La rentrée ? Un enfer"

Son "job alimentaire", Pierre l'a rapidement trouvé. "Je fais du soutien scolaire. Ça paie plutôt bien, ce n'est pas vraiment fatiguant. En revanche j'ai le sentiment de jongler du soir au matin, 7j/7. La semaine, j'enchaine mes cours et les TD avec les enfants le soir. Bref, des journées de 12 heures. Le weekend il m'arrivait de bosser comme caissier mais j'ai vite arrêté. Impossible de bosser mes cours sérieusement."

Même ressenti à plusieurs centaines de kilomètres de là, à Paris. C'est là, à l'université Descartes, que Stéphane a débuté en septembre ses études en Sciences sociales. Malgré sa motivation, le jeune homme a rapidement déchanté. "La rentrée ? C'était un enfer. Je ne suis pas boursier, et mon dossier pour un appartement a été refusé partout. Résultat : j'ai trouvé une colocation, à l'est de Montreuil, après avoir passé un mois sur le canapé d'un ami." Côté finances, il "marche sur un fil" : "Mes parents m'aident tous les mois, ma grand-mère aussi d'ailleurs. Ça me sauve, mais cela me paie tout juste ma part du loyer. Pour le reste, je me débrouille". En clair : lui aussi a dû trouver un emploi. "J'ai trouvé du travail dans un bar. Ça se passe bien, je ne vais pas me plaindre. Mais je termine à 2h du matin trois soirs par semaine. Avec les cours le lendemain, ce n'est pas évident."

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Les deux garçons ne sont pas des cas isolés. D'après l’enquête annuelle de l’Union nationale des étudiants de France (UNEF), un étudiant sur deux a déclaré à l’Observatoire de la vie étudiante (OVE) avoir dû se restreindre au moins une fois depuis le début de l'année pour des raisons financières. Le montant mensuel d’une bourse dans le monde estudiantin s’élève à 349 euros. Après avoir perçu ses aides, le reste à charge mensuel d'un étudiant s'élève en moyenne à 837 euros. "Là où je sens que je galère, c'est que la moindre dépense pour un loisir se paie cash, je suis rapidement à découvert. M'offrir des vêtements je n'y pense même pas. C'est pour Noël et l'anniversaire ça !", confie Pierre. Un constat partagé par Stéphane. "Le problème, c'est les aléas du quotidien. Par exemple un trajet pour rentrer voir la famille le weekend, où une panne d'ordinateur. Là, tu te serres la ceinture et t'attend que ça passe."

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