Fuites de gaz malodorant, déversement d'huile : les précédents incidents survenus à l'usine Lubrizol de Rouen

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L’incendie de l’usine Lubrizol à Rouen

FLASHBACK - Touchée par un spectaculaire incendie dans la nuit de mercredi à jeudi, l'usine Lubrizol de Rouen, classée Seveso, a été à l'origine dans le passé de plusieurs rejets de mercaptan, un gaz à l'odeur fétide, ainsi que d'une fuite d'huile en 2015.

Depuis sa création en 1954 sur les bords de la Seine, l'usine Lubrizol de Rouen s'est retrouvée à l'origine de plusieurs incidents. Le dernier en date est l'incendie qui s'est déclaré dans la nuit de mercredi à jeudi sur ce site produisant des additifs pour enrichir les huiles, les carburants ou les peintures. Dans le passé, plusieurs rejets de gaz malodorant sont survenus sur l'usine, classée Seveso "seuil haut" depuis 2009 en raison des risques qu'elle comporte.

Trois fuites de mercaptan depuis 1974

Si l'usine Lubrizol de Rouen a fait parler d'elle ces dernières décennies, c'est principalement à cause d'un gaz : le mercaptan. Présent naturellement dans les humains ou les animaux, ainsi que dans certains aliments comme le fromage, il est notamment responsable de la mauvaise haleine. Avec son odeur d’œuf pourri, il est principalement utilisé comme additif pour le gaz naturel, afin de tracer d'éventuelles fuites dans les réseaux. Très peu toxique à faible dose, il n'en reste pas moins très odorant, mais des risques d'intoxication existent au delà d'un seuil fixé par les professionnels à 1mg/m3 d'air : irritation pulmonaire, nausées, troubles de conscience voire œdème pulmonaire.

En cas de fuite, cette odeur d’œuf pourri peut se propager très, très loin. Comme en 2013, quand une série de négligences a laissé s'échapper un nuage de mercaptan senti de Paris jusqu'au sud de l'Angleterre. Le match Rouen-Marseille avait même été annulé par mesure de précaution, après que des stadiers ont été pris de vomissements. Aucun risque pour la santé n'avait été signalé pour les populations exposées au mercaptan, la préfecture affirmant que "le seuil sanitaire est 20 000 fois supérieur à son seuil olfactif", mais la fuite a entraîné la condamnation de Lubrizol à 4.000 euros d'amende en 2014 pour "une série d'insuffisances dans la maîtrise des risques de la part de la société".

"Un dé à coudre de ce gaz suffit à envahir un bac de 100 000 m3"

Cet incident rappelle deux autres fuites semblables. Une première, en 1975, avait provoqué le départ de nombreux riverains. Couvrant le procès qui a suivi, Paris Normandie rapportait à l'époque qu'il avait fallu "deux bennes entières" pour transporter les marchandises polluées du magasin Carrefour jusqu'à l'usine d'incinération, celles-ci étant devenues immangeables. "On apprend qu'un dé à coudre de ce gaz suffit à envahir un bac de 100 000 m3", indiquait également le journal.

La deuxième fuite, en 1989, était de moindre importance mais avait provoqué la panique chez les habitants. Après une "augmentation anormale de la température" sur une partie du site, entre 1 et 5 kilos de gaz se sont échappés, racontait France 3 Normandie, dont le reportage archivé par l'INA donnait la parole aux riverains inquiets.

Plus récemment, en 2015, environ 2.000 litres d'huile minérale s'étaient déversés dans le réseau d'évacuation des eaux de pluie, après un "incident d'exploitation" sur le site.

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