Prix des masques multipliés par 5 ou 10 : la hausse de la demande suffit-elle à expliquer ces variations ?

La production française de masques reste faible par rapport aux importations chinoises.
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À LA LOUPE – Les masques chirurgicaux sont aujourd'hui vendus 5 à 10 fois plus cher qu'avant l'épidémie de Covid-19. La très forte demande explique-t-elle, à elle seule, cette évolution ? Prix des matières premières, du transport… LCI fait le point.

Il y a une semaine environ étaient mis en vente les premiers masques dans la grande distribution. Leur prix maximum (95 centimes l'unité) a été fixé par les autorités, mais ils sont aujourd'hui accessibles le plus souvent entre 50 et 60 centimes. Un montant correspondant au "prix coûtant" pour les distributeurs, qui se sont engagés à ne pas appliquer de marge sur ces produits devenus essentiels.

Si les grandes enseignes ne font pas grimper les prix, pourquoi observe-t-on aujourd'hui des prix à l'unité 5 à 10 fois (voire davantage) plus élevés par rapport à une période "normale", hors épidémie ? Sur ce marché devenu très concurrentiel, les coûts grimpent à de multiples étapes de la chaîne d'approvisionnement, un phénomène quasi inexorable pendant une telle crise sanitaire.

Le coût des matières premières bondit

Secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'Economie, Agnès Pannier-Runacher a indiqué que des partenariats allaient être noués avec des industriels français pour réduire notre dépendance en matière de production de masques. En effet, l'immense majorité de ceux qui sont aujourd'hui proposés à la vente proviennent de Chine. Une situation qui rend compliquées les importations dès lors que l'Empire du Milieu éprouve des difficultés à assurer une production suffisante. 

La fermeture de nombre d'usines chinoises lorsque l'épidémie frappait de plein fouet le pays a désorganisé les chaînes d'approvisionnement, mais c'est désormais à des manques de matière première que font face les industriels. Si les prix pratiqués par les producteurs sont tirés à la hausse par une demande en très forte augmentation (suivant le principe bien connu du "tout ce qui est rare est cher"), une matière première manque à l'appel : le "meltblown".

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Ce terme venu de l'anglais désigne un matériau textile non tissé fabriqué à partir de polymère. Il est aujourd'hui essentiel dans la confection des masques chirurgicaux pour ses qualités de filtration, à tel point que l'offre peine à satisfaire la demande. Son prix "a été multiplié entre 5 et 10" confie à LCI Vincent Capo, représentant d'Asiaction, une société implantée en Chine et qui accompagne les industriels qui souhaitent d'approvisionner sur cet immense marché. Le montant des masques "ne pouvait qu’augmenter fortement car même en augmentant les prix, les usines continuaient à vendre", fait-il remarquer.

"Cela devrait s’apaiser prochainement", analyse-t-il encore, en raison d'une stagnation de la demande à l'échelle mondiale, mais aussi d'une adaptation des industriels chinois, qui vont continuer à réorienter leur production et qui s'attachent à combler les manques de matières premières.

Le cargo boudé, l'avion très demandé

D'ordinaire, les livraisons vers l'Europe s'effectuent en bateau, via des immenses porte-conteneurs qui parviennent jusqu'aux côtes européennes en un peu plus d'un mois. Face à l'urgence sanitaire actuelle, ces délais standards se sont révélés incompatibles avec les besoins, si bien que le transport des masques s'est tourné vers le secteur aérien, qui permet un approvisionnement en moins d'une semaine.

Problème : celui-ci coûte cher, beaucoup plus cher. Un grossiste interrogé par BFMTV a indiqué qu'actuellement, le montant du transport est multiplié par près de 100, chaque avion étant devenu plus que précieux. "La demande pour le fret aérien est très forte", résume-t-il.

Seule une petite partie des masques produits en Chine peut par ailleurs parvenir jusqu'en France, puisque l'essentiel de la production ne dispose pas d'une certification CE. Cela ne signifie pas nécessairement que la qualité est insuffisante, mais plutôt que ces produits n'ont pas été conçu en suivant avec soin les règles fixées par l'UE. "Les normes, la législation française et nos habitudes occidentales créent cette pénurie. Je ne suis qu'à 20 % de ce que je pourrais importer" déplorait il y a quelques semaines un importateur dans les colonnes du Parisien.

Les frais incompressibles des distributeurs

Quand la grande distribution veut s'approvisionner en masque, elle est donc confrontée à une hausse assez spectaculaire des tarifs. Elle ne peut toutefois pas revendre les masques venus de Chine ou d'ailleurs au prix exact auxquels ces derniers ont été achetés : les enseignes doivent en effet couvrir un certain nombre de frais.

Outre le personnel, indispensable pour réceptionner, vendre et parfois reconditionner les masques, il faut ensuite prendre en charge le transport à l'intérieur du territoire, dont le coût a lui-aussi grimpé. Sans oublier d'appliquer la TVA, qui a récemment baissé pour les masques, passant de 20 à 5,5% et réduisant ainsi la facture pour les consommateurs. 

Mis bout à bout, ces différents facteurs expliquent en grande partie les écarts de prix très impressionnants observés à une échelle de quelques mois seulement. Si des intermédiaires ou des industriels tirent évidemment profit de la situation actuelle et multiplient leurs bénéfices, les augmentations massives sont avant tout le fait d'une demande accrue à travers le monde en cette période de pandémie.

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