Prostitution de mineures en Seine-Saint-Denis : une étude alarmante pour "mieux les protéger"

Prostitution de mineures en Seine-Saint-Denis : une étude alarmante pour "mieux les protéger"
Population

ETUDE - En plein Grenelle des violences conjugales, une étude pilotée par l'Observatoire des violences envers les femmes de Seine-Saint-Denis révèle le profil des prostituées mineures dans le département, pour "mieux les protéger".

Pour ces experts, le phénomène est en pleine expansion. L'Observatoire des violences envers les femmes de Seine-Saint-Denis révèle les conclusions de son étude sur la prostitution des mineures en Seine-Saint-Denis après avoir étudié les dossiers de 19 juges pour enfants du tribunal de Bobigny et analysé une quarantaine de signalements de la protection de l'enfance. 

Il en ressort qu'un tiers des prostituées mineures (seuls trois garçons étaient concernés) est âgé de moins de quinze ans, que la plupart d'entre elles ont souffert de violences, notamment sexuelles, et que nombre de ces jeunes filles sont déscolarisées. Par ailleurs, 89 % des jeunes filles s'adonnant à la prostitution ont subi des violences par le passé, montrent les données des juges. 

72% des cas de violences dénoncées aux autorités compétentes n'ont pas fait l'objet de suites judiciaires

Ces violences peuvent être des viols, des attouchements, des coups à la maison ou encore du harcèlement scolaire. Pour près de la moitié de ces jeunes filles, il s'agit de violences physiques et sexuelles, souvent commises au sein du foyer. "Le parcours de vie de ces filles est marqué par la violence", indique Ernestine Ronai, responsable de l'Observatoire des violences envers les femmes de Seine-Saint-Denis. 

L'experte explique que les graves conséquences physiques, psychiques ou sociales engendrées par ces violences comme les fugues, la déscolarisation, sont autant de facteurs qui favorisent l'entrée dans la prostitution pour ces jeunes filles. Des conclusions qui rejoignent celle de l'association Agir contre la prostitution des enfants. Des adolescentes très fragiles et vulnérables, en "grand manque d'estime de soi et en quête d'affection" de par leur histoire personnelle, violences, familles compliquées, harcèlement, selon son secrétaire général Arthur Melon.

L'étude relève également que 72% des cas de violences dénoncées aux autorités compétentes n'ont pas fait l'objet de suites judiciaires. "Les conséquences en sont dramatiques", notent les auteurs. "Prendre davantage en compte ces victimes semblent être in fine un des moyens de lutter contre la prostitution des mineur.e.s", ajoutent-ils. 

Lire aussi

La prostitution de mineures : l'angle mort des politiques publiques ?

Comment ces jeunes victimes en viennent-elles à basculer et à être approchées ? Pour les experts, le rôle des réseaux sociaux est prépondérant et constituent, pour moitié des lieux d'approche des clients de prostitution. Et d'appeler à mettre en place des structures d'accueil spécifiques pour ces mineur(e)s, ainsi qu'à mieux former les professionnels à leur prise en charge. 

"Si nous avons fait cette enquête inédite en France, c'est parce que le sujet nous paraît être un angle mort des politiques publiques", affirme Stéphane Troussel, président PS du Conseil départemental. Il appelle à ce que le phénomène, en "expansion" selon les experts, soit "intégré" aux mesures attendues du Grenelle des violences faites aux femmes. Le Nid estimait en 2015 à 37.000 le nombre global de prostituées en France, tandis que l'association Agir contre la prostitution des enfants parlait en 2013 de 5.000 à 8.000 mineures. 

Sur le même sujet

Et aussi

Lire et commenter