Protection de l'Enfance : "En un an, il ne s'est pas passé grand chose"

Protection de l'Enfance : "En un an, il ne s'est pas passé grand chose"

FOYERS D'ACCUEIL - Violences, prostitution, vétusté... la diffusion d'un reportage sur les conditions de vie dans les foyers d'enfants placés suscite l'indignation. Lyes Louffok, membre du Conseil national de la protection de l'Enfance et auteur d'un livre "Dans l'enfer des foyers", réclame des mesures concrètes.

C'est le deuxième coup de semonce en à peine un an. Un reportage diffusé dimanche soir dans Zone interdite sur M6 a dressé un constat édifiant des conditions d'accueil dans certains foyers pour mineurs placés par l'aide sociale à l'enfance. Violences  insoutenables, prostitution, vétusté... le reportage fait écho à un autre document de l'émission "Pièces à conviction" sur France 3 qui - il y a un an déjà - avait provoqué un torrent d'indignation et conduit à la nomination d'Adrien Taquet au poste de secrétaire d'Etat chargé de la protection de l'enfance. 

 Les institutions s'accordent toutes à dire que les dysfonctionnements existent et qu'il s'agit d'un secteur "complètement démuni" pour reprendre les termes du président (LR) du conseil départemental du Bas-Rhin, Frédéric Bierry. 

Auteur de "Dans l'enfer des foyers", Lyes Louffok, membre du Conseil national de la protection de l'Enfance dresse un constat accablant de  la situation et réclame des mesures rapides. 

Lire aussi

LCI : L’année dernière, France 3 diffusait une enquête sur les enfants placés : les sacrifiés de la République. Ce dimanche, c’est Zone Interdite qui a enfoncé le clou. Au cours de l’année, il y a eu la nomination d'Adrien Taquet en charge de la protection de l'enfance, puis des annonces du ministère avec la mise en place d’une stratégie de prévention et de protection de l’enfance. Concrètement, qu’est ce qui a changé ? 

Lyes Louffok : Le Gouvernement a fait beaucoup d'annonces cette année, mais c'est une catastrophe.  Quand je vois ces images, je suis très en colère. Ce que l'on voit est d'une violence inouïe. En un an, il ne s'est pas passé grand chose. Cela a même parfois empiré. 

Il y a de réelles inquiétudes aujourd'hui, sur la pérennité même du système de protection de l'enfance- Lyes Louffok

Vous dites que cela a empiré. De quelles façons ? 

On a régressé sur certains sujets, comme sur le sujet des jeunes majeurs, avec la proposition de loi de Brigitte Bourguignon. Cette loi a été vidée de sa substance en première lecture à l'Assemblée Nationale.  Elle visait à rendre obligatoire pour les départements, la continuité de protection des enfants placés au delà de la majorité pour éviter qu'ils finissent à la rue. Le texte a durci les conditions d'obtention de cette protection, au-delà de la majorité. 

On a créé une condition de temporalité de prise en charge. C'est scandaleux car cela créé des inégalités entre enfants placés. Au delà de l'inaction, il y a de réelles inquiétudes aujourd'hui, sur la pérennité même du système de protection de l'enfance. 

Lire aussi

Le Gouvernement a pourtant mis en place une stratégie de protection de l'enfance au cours de l'année. Qu'en pensez-vous ?

On avait des attentes très fortes, sur ce plan. On demandait au Gouvernement la création d'un fichier national de recensement des agréments pour les familles d'accueil, puisqu'encore aujourd'hui, certaines familles peuvent pratiquer du nomadisme territorial, se faire embaucher dans d'autres départements, malgré le fait qu'on leur aurait retiré leur agrément pour des faits de violences. C'est une mesure consensuelle, qui mettait tout le monde d'accord, les familles d'accueil elles-mêmes et cela n'a pas été fait. 

On demandait aussi la création d'une agence nationale indépendante de contrôle : déléguer cette tâche aux départements, c'est les mettre en position de juge et partie. Cette agence permettrait d'y voir plus clair car l'Etat et les départements se renvoient la balle. On a conscience que c'est une mise en place complexe et qu'en un an, c'est délicat. Alors on a pensé à renforcer le statut du défenseur des enfants. C'est un poste qui existe, c'est une administration indépendante. Renforçons ses moyens et permettons-lui de faire des contrôles inopinés. Elle est garante de la Convention Internationale des droits de l'Enfant sur le territoire. 

On demandait aussi la création de normes : c'est un secteur très peu normé par rapport aux besoins. Lorsque vos enfants partent en colonie de vacances, on prévoit un professionnel diplômé pour un certain nombre d'enfants. Dans la protection de l'enfance, cette norme ne s'applique pas. Pour les professionnels maltraitants, on demandait des autorisations et des suspensions de travail. Sur tous ces points, on nous renvoie à des groupes de travail, de concertation. On connait les solutions et on perd un temps fou. La temporalité des enfants n'est pas celle des adultes : l'année que l'on vient de perdre, c'est autant d'enfants qui continuent à être maltraités, violés, humiliés. 

S’il fallait mettre une mesure, tout de suite en place, quelle serait-elle ?

Il faut que l'on soit dans le préventif et non le curatif. Il faut que cette agence indépendante nationale de contrôle soit créée avant la fin de l'année. C'est fondamental, parce qu'on ne parle pas de cas isolés. Ensuite, il faut se pencher sur le dispositif des jeunes majeurs afin qu'ils ne soient plus à la rue, après avoir été pris en charge. Il faut les accompagner, après 18 ans. On ne peut plus attendre. Si le Gouvernement et les départements ne font pas leur travail, on créera un collectif et on fera ce travail. S'il faut aller dans chaque foyer, hôtel d'hébergement, rencontrer chacun des enfants placés, on le fera. Cette omerta imposée se fissure et il faut créer des cadres de libération de la parole. 

Sur le même sujet

Les articles les plus lus

EN DIRECT - Covid-19 : une proposition de loi déposée pour rendre obligatoire l'isolement des malades

CARTE - Confinement : regardez jusqu’où vous pourrez sortir autour de chez vous dès le 28 novembre

"Cessons de dire des bêtises" : taxé de racisme après sa parodie d’Aya Nakamura, Omar Sy se défend

Voici les trois étapes de l'assouplissement du confinement jusqu'à janvier

"Koh-Lanta" : avant la finale, qui remporte le match des réseaux sociaux ?

Lire et commenter