Protection des enseignants : "Des solutions existent et sont prêtes à être déployées"

MEHDI FEDOUACH / AFP

ECLAIRAGE - Dans la foulée de l'assassinat du professeur Samuel Paty, l'exécutif a notamment annoncé une meilleure sécurisation des établissements scolaires au retour des vacances. Est-ce possible ?

C'est l'une des revendications du corps enseignant qui craint pour  sa sécurité au retour des vacances de la Toussaint, après l'assassinat de Samuel Paty. Face à l'urgence, et au terme d'une réunion qui a duré 2h30, l’Élysée a annoncé dimanche une meilleure sécurisation des établissements scolaires à la rentrée.

Gérald Darmanin demande "de rappeler aux forces de l’ordre la nécessité de faire preuve d’une vigilance accrue tout particulièrement en ce qui concerne la protection des établissements scolaires, afin de prévenir tout acte qui pourrait être commis par mimétisme", dans une note du ministère de l’Intérieur adressée aux préfets, révélée par Le Figaro. Mais en pratique, compte-tenu du timing très serré d'ici le 2 novembre, est-ce possible ?

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"Oui", répond sans détour Alexandre Rodde, soulignant d'emblée qu'"il n'y a pas de problème de prise de conscience ni de problème d’effectifs entre la police, la gendarmerie et la réserve". En tant que membre du Centre d'étude de la Sécurité et de la Défense (CESED) et consultant en sécurité intérieure, cela fait deux ans et demi qu'il forme les forces de l'ordre à cette question précise des attaques en milieu scolaire. "On en parle très régulièrement, et la question avait encore été évoquée pas moins de deux semaines avant l'attaque de Conflans", précise le co-auteur de l'essai sociologique "Passage à l'acte : comprendre les tueries en milieu scolaire".

"Il faut tout de même distinguer deux situations concernant la protection des enseignants", nuance tout de même l'expert qui évoque celle qui concerne "l'intérieur" de l'établissement et "l'extérieur". Dans le premier cas, il évoque une série de mesures concrètes "prêtes à être généralisées" telles que la sécurisation des locaux au protocole d'alerte ou la formation des enseignants au secourisme. "Dans le temps, la question d'une meilleure coordination entre l'éducation nationale et le ministère de l'Intérieur est évidemment une piste pour renforcer la protection des établissements et des personnels tout comme le fait par exemple de pouvoir s’entraîner dans les locaux pendant la période de vacances scolaires."

"Démontrer une capacité de protection"

Concernant la protection des personnels en dehors de leur temps de travail, là encore, l'expert affirme qu'un panel de mesures est déjà prêt à être généralisé. "Il est notamment possible de mettre en place plus d’effectifs devant des établissements jugés sensibles, ou des patrouilles qui tournent régulièrement, de proposer un accompagnement à un professeur qu'on juge menacé de son domicile à l’établissement", énumère-t-il, rappelant à nouveau qu'il s'agit de mesures "mises en place régulièrement le temps qu'une menace soit étudiée ou lorsqu'il y a une affluence notable comme à la rentrée, donc pas conçues pour être sans fin, mais faciles à mettre en oeuvre". Et d'insister : "Je ne suis pas dans la tête des chefs des commissaires et des chefs de brigade pour dire à ce jour ce qui va être décidé mais des solutions existent et sont prêtes à être déployées en fonction de ce que veut l'Education nationale". 

Évoquant un "certain tabou judiciaire ou sécuritaire", il précise que "l'objectif n'est pas d'avoir ce climat anxiogène mais de démontrer une capacité de protection sur place." S'agissant enfin de "l'évaluation des risques" dont dépend la protection mise en place, il rappelle qu'elle revient aux force de l'ordre, l'enjeu étant notamment en la matière de distinguer "le degré de menace et une provocation adolescente". Et de conclure : "après les événements, mieux vaut dans le doute transmettre des menaces que les forces de l’ordre ne traiteront pas".

"On ne demande pas de mettre un policier derrière chaque enseignant"

Du côté du deuxième syndicat enseignant du secondaire, on est conscient que "des choses sont envisageables dès la rentrée, d'autres plus tard et certaines ne le seront jamais". Dans le détail, Jean-Rémi Girard, président du Snalc, estime qu'il est notamment possible de "mettre en place dès la rentrée la protection fonctionnelle c'est à dire la protection que l'Etat accorde à un fonctionnaire car il est dans une situation difficile, et qui est aussi le symbole que l'Etat est derrière lui". Il ajoute qu'en prévision de la reprise des cours, "si on estime qu'il y a danger imminent, il y a  toujours la possibilité de prendre une mesure à titre conservatoire autrement dit de dire au collègue : restez chez vous". Autant de précautions qui, poursuit-il "n'ont visiblement pas été déclenchées concernant Samuel Paty, qui ne l'a pas demandé, mais on aurait pu le lui proposer." Parmi les protections plus longues à mettre en oeuvre, figure "tout ce qui extérieur à l'éducation nationale et qui concerne les renseignements", évoque-t-il, interrogeant : "quel échange d’informations pour mettre le collègue sous protection policière ?"

Sur la question précise des équipes mobiles de sécurité, Jean-Rémi Girard est lucide : "On sait qu'on n'arrivera pas à mettre un policier derrière chaque enseignant ni d'en mettre devant tous les collèges et toutes les écoles de France, et ce n'est pas souhaitable d'ailleurs (...) on veut réfléchir de façon cohérente par rapport à la situation qui a été vécue et pas ressortir  des mesures toutes faites."

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