Que signifie le geste "OK" reproduit par Marine Le Pen sur un selfie avec un suprémaciste estonien ?

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SUPREMACISME - Dorénavant supprimé, un cliché publié mardi 14 mai par un militant estonien d'extrême droite avec Marine Le Pen est devenu viral. Sur ce "selfie", les deux élus font un signe bien connu des groupes suprémacistes blancs. La présidente du RN a dit en ignorer la signification et, prise à partie depuis, dénonce un "festival d'attaques en cette fin de campagne".

Un "troll" qui a débuté en 2017 s'invite dans la campagne de Marine Le Pen pour les élections européennes. Mardi 14 mai, une photo montre la présidente du RN et du député estonien Ruuben Kaalep a été publiée sur la page Facebook de cet élu, membre du Parti populaire conservateur d'Estonie et autoproclamé "suprémaciste". Un cliché rapidement supprimé, et pour cause : le signe qu'y effectuent les deux responsables politiques avec leur main gauche a rapidement suscité une flopée de commentaires de la part des adversaires de Marine Le Pen. Alors que cette dernière a dit en ignorer le sens, LCI vous explique sa signification et son origine.

Un "troll" né sur le forum 4chan

Sur le cliché, les deux responsables font un cercle avec le pouce et l'index et lèvent les trois autres doigts. Ce qui peut évidemment signifier un simple "ok", bien connu des aficionados de plongée sous-marine ou des cours de récréation, avec le fameux "jeu du rond"... Mais il peut aussi être une marque de ralliement à l’utra droite. En effet, le positionnement du majeur, de l'annulaire et de l'auriculaire forme un "W" qui renvoie à "white", tandis que le creux formé par l'index et le pouce forme la boucle d'un "P" pour "Power". Soit "white power", un concept raciste à rapprocher du nationalisme blanc, qui prétend à la supériorité des blancs sur les autres. Apparu dans les rangs de "l'alt-right" américaine dès la campagne de Donald Trump, soit en 2015, ce n’est que deux ans après qu'il gagne en popularité.

Ce signe tire effectivement sa renommée du site 4chan. Sur ce forum qui ne connaît aucune modération et où les internautes sont anonymes, une publication est partagée en février 2017 dans la rubrique /pol/ pour "politiquement incorrect". Sous le nom de code "Operation O-KKK", une référence au Ku Klux Klan, un utilisateur propose de faire un "troll" à la gauche américaine et à la sphère médiatique. En l'occurrence, une action malveillante dont le but est, entre autres, de rendre inaudible la parole de son interlocuteur, en l'inondant de messages. Les consignes de l'utilisateur, qu'on retrouve facilement dans les archives du forum 4chan, sont claires : " Nous devons submerger Twitter et d'autres réseaux sociaux (...) en affirmant que le signe OK est un symbole de la suprématie blanche". Dans ce document clairement injurieux, qui invite à la création de faux comptes pour aboutir à ses fins, la cible est donnée. "Les gauchistes ont plongé si profondément dans leur folie. Nous devons les forcer à creuser davantage, jusqu’à ce que le reste de la société n’approche plus de cette merde."

Une mission acceptée par de nombreux membres de l’utra droite américaine. Car, comme le relève The Verge [site américain spécialisé en technologie], s'intéresser à la symbolique des forums où prolifèrent toute une génération de futurs électeurs, ou d'abstentionnistes, permet à ces militants de gagner en popularité. En s'adressant à cette audience d'extrême droite avec ses codes, les élus et activistes de terrain gonflent leurs rangs. De quoi inciter d'éminents membres de "l'alt-right" à se réapproprier cette nouvelle forme d’expression, de telle sorte qu'elle est devenue virale aux Etats-Unis. 


En l’espace de deux mois, ce symbole a été repris par un bon nombre d'entre eux. Avec comme apothéose cette photo prise en avril 2017, où une journaliste pro-Trump, très active sur les réseaux sociaux, se prend en photo dans la salle de presse de la Maison Blanche réalisant ce geste. 

Un geste devenu symbole du suprémacisme blanc

Travaillant pour Sputnik News [média russe], Cassandra Fairbanks est alors épinglée par une consœur, Emma Roller, qui commente sur Twitter: "Voilà deux personnes faisant le geste surprémaciste blanc". Ce tweet est devenu viral, poussant Cassandra Fairbanks à porter plainte pour diffamation. Sauf que la justice tranche, en faisant un cas d’école. Un juge fédéral avait estimé que  la plaignante avait "trollé le web via Twitter en publiant une photo (…) faisant un geste largement reconnu comme signifiant 'okay' mais aussi considéré comme étant un symbole du 'white power'".


La symbolique est désormais reprise par un bon nombre des nouveaux groupes de l'ultra droite. Et ce jusqu'en Nouvelle-Zélande. Le terroriste australien qui avait tué 51 personnes dans deux mosquées de Christchurch, adepte de ce type de forums, avait fait ce signe de la main devant le tribunal de la ville. Après la Nouvelle-Zélande c'est donc à la France de le découvrir.

Si Marine Le Pen ne connaissait pas la signification de ce "OK", comme elle s’en défend depuis deux jours, il n’en reste pas moins qu’elle a montré que cette "opération" est un succès. Deux ans après son lancement, le signe a largement quitté les recoins obscurs du web américain. Pour s'inviter dans la campagne des élections européennes en France. 

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