Quel était ce projet d'union France-Angleterre envisagé juste avant l'appel du 18 juin 1940 ?

Jean Monnet, à l'initiative du projet de fusion Franco-Britannique, deviendra à la fin de la guerre l'un des "pères" de la construction Européenne. 

Photo prise le 1er janvier 1950
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HISTOIRE - Face à la situation désespérée de la France, Winston Churchill propose le 16 juin 1940 une impensable fusion entre la France et la Grande-Bretagne. Une proposition qui ne pourra jamais aboutir, rejetée par un gouvernement français déjà déterminé à signer l'armistice avec l'Allemagne.

L'appel du 18 juin 1940 aurait pu ne jamais exister. La concrétisation d'un projet aussi inédit qu'audacieux envisagé quelques jours plus tôt aurait pu radicalement changer l'histoire telle qu'on la connaît. Pour mieux le comprendre, il faut remonter quelques années en arrière. Dès 1939, une idée germe dans l'esprit de Jean Monnet, un haut fonctionnaire français qui se trouve être  président d'un comité de coordination franco-britannique pour l'effort de guerre. Il estime qu'un rapprochement significatif des deux nations à tous les niveaux est nécessaire. Il propose d'abord que les "approvisionnements anglais et français soient réunis, comme ils l'avaient été durant la première guerre." Toutefois, dès cette époque il estime qu'il "faut aller plus loin" dans les relations franco-britanniques et propose une "fusion totale". 

Ce projet réunirait les deux pays pour n'en faire qu'une seule et unique entité. Bien des années plus tard, il confiera, comme nous le montre cette archive de l'Ina que cette proposition "n'est pas inouïe quand les nazis sont à votre porte". En mars 1940, France et Angleterre signent un accord qui leur interdisent de signer un armistice séparé avec l'Allemagne. Cela reste insuffisant pour Monnet qui, après avoir mûri son projet, le soumet à Churchill dès son élection en mai 1940. Le premier ministre britannique le rejette sans même le prendre en considération. 

Un projet tout proche d'être concrétisé

Tout va changer un mois plus tard. Devant l'urgence de la situation française et l'avancée irrésistible des Allemands, Monnet se démène. Il multiplie les contacts avec Edward Spears, chargé des relations avec la France. Le 15 juin, il présente sa proposition d'Union franco-britannique à De Gaulle. Très sceptique, le Général finit par l'accepter. Les deux hommes finissent par convaincre Churchill, lui-même très préoccupé par l'avenir de la flotte tricolore en cas de capitulation.

Un accord est trouvé entre les différentes parties au matin du 16 juin. Ne manque plus que l'approbation du gouvernement français replié à Bordeaux. Le traité prévoit notamment que "la France et la Grande Bretagne ne seront plus à l’avenir deux nations, mais une seule union franco-britannique", que tout citoyen français deviendra un citoyen britannique et réciproquement. Churchill appelle en personne Paul Reynaud, chef du gouvernement français pour lui affirmer qu'il va proposer, au nom du gouvernement britannique, la fusion et lui apprendre que De Gaulle se rend à Bordeaux pour faire la liaison. 

Néanmoins, à l'arrivée du Général le 17 juin, coup de massue. Paul Reynaud présente sa démission et Philippe Pétain devient le nouveau président du conseil et engage la France dans la collaboration avec l'Allemagne. Fini les espoirs de fusion. Dans la foulée, De Gaulle repart pour l'Angleterre d'où il prononcera son célèbre discours, dès le lendemain. 

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