Confinement avec écoles ouvertes : que disent les études de la contagiosité des enfants ?

Confinement avec écoles ouvertes : que disent les études de la contagiosité des enfants ?

EN BREF - Face au bond exponentiel de l'épidémie de Covid-19, un reconfinement "à l'irlandaise", les écoles restant ouvertes, pourrait être imposé dès jeudi à minuit. Ce scénario ravive des interrogations, alors que la contagiosité des enfants fait toujours débat.

Sont-ils moins infectés que les adultes ? Sont-ils plus contagieux ? Faut-il distinguer le cas des très jeunes de celui des plus âgés et des adolescents ? Les questions autour du potentiel rôle contaminant des enfants resurgissent alors qu'Emmanuel Macron s'apprête, face au bond exponentiel de l'épidémie de Covid-19, à annoncer aux Français de nouvelles restrictions qui pourraient aller jusqu'au reconfinement du pays, mais avec écoles ouvertes contrairement au printemps dernier.

Pour rappel, au début de l'épidémie en France, la première mesure prise pour endiguer la transmission du virus a été de fermer les écoles, les enfants étant réputés être de grands transmetteurs de microbes. Une mesure de prévention qui a trouvé durant l'été un nouvel écho alors que de nouveaux indices, s'agissant du cas spécifique du coronavirus, s'accumulent. "Il n'y a pas plus controversé comme sujet", résumait encore ce lundi le médecin en santé publique Martin Blachier, dans un numéro de "Ça vous regarde" sur LCP consacré aux différentes pistes sur la table pour endiguer l’épidémie en France. L'occasion de revenir sur ce que l'on sait et les doutes qui subsistent en la matière.

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Le Covid-19, une maladie d'adultes ?

Dès fin février, un rapport de la mission conjointe Chine-OMS soulignait l'infime proportion dans laquelle les enfants semblent touchés par ce virus. Dans le détail, le document révélait que 2,4% des plus de 75.000 cas alors confirmés en Chine concernaient des individus de moins de 18 ans. Et une très faible part de ces mineurs avaient développé une forme grave (2,5%) ou critique (0,2%) de la maladie.  "Ils ne semblent pas être très malades ni en mourir", résumait ainsi en mars Justin Lessler, épidémiologiste à l'université américaine Johns Hopkins. Plusieurs études, dont une publiée dans le Lancet et obtenue à partir des données épidémiologiques de 507 patients, concluant à 3% de cas pédiatriques, sont venues par la suite confirmer cette tendance. 

Dans le détail, "les facteurs de division du risque par rapport aux adultes sont de l’ordre de 1/10.000 pour les décès, de 1/1000 pour les formes graves, 1/100 pour les hospitalisations, 1/3 sur le pourcentage de PCR positives. Ceci est particulièrement vrai chez l’enfant de moins de 10 ans", affirmait le Groupe de pathologie infectieuse pédiatrique et l'Association française de pédiatrie ambulatoire.  

C'est d'ailleurs en s'appuyant sur le fait "que les enfants sont peu à risque de forme grave et peu actifs dans la transmission du SARS-CoV-2", que le Haut conseil pour la santé publique (HCSP) a appuyé fin septembre, un assouplissement du protocole sanitaire prévu dans les écoles depuis la rentrée des vacances d'été. L'instance qui guide les décisions du gouvernement recommande depuis lors de "ne pas considérer un adulte encadrant comme contact s'il porte un masque (en tissu répondant aux normes ou chirurgical) au contact d'un enfant de moins de 11 ans détecté positif Covid-19 ne portant pas de masque". Car développe-t-elle, "le risque de transmission existe surtout d'adulte à adulte et d'adulte à enfant et rarement d'enfant à enfant ou d'enfant à adulte".

Moins symptomatiques mais pas moins infectés

Si Santé publique France (SpF) estime que les cas pédiatriques représentent au total 1 à 5 % de l’ensemble des cas de Covid-19 dans le monde, l'agence sanitaire est aussi venue appuyer début mai l'information selon laquelle les enfants étaient autant sujets à l'infection que les adultes. "Les enfants sont exposés à un risque d'infection similaire à celui de la population générale, bien qu'ils soient moins susceptibles de présenter des symptômes graves", conclut en effet une étude du Lancet.

Très souvent, les enfants sont asymptomatiques ou "peu symptomatiques" soulignent en substance les différentes études publiées sur le sujet, rappelant que les formes graves et les décès chez les enfants sont exceptionnels. Mais cela ne signifie donc pas pour autant qu'ils soient moins exposés au virus.

Selon une récente étude du ministère de la Santé israélien présentée en cette fin d'octobre au gouvernement et citée ce lundi par  le médecin Martin Blachier sur LCP, le pourcentage de tests positifs chez les enfants s'élèverait d'ailleurs à 8 %, soit 2 % de plus que chez les adultes. Pour le ministère, le fait de renvoyer les enfants à l’école à un moment où la mortalité liée à la Covid est élevée "pourrait accélérer la propagation du virus".

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Les très jeunes enfants bien plus contagieux ?

Sans symptôme, mais infectés et même très contagieux ? C'est, en substance ce que révèle une étude américaine publiée fin juillet dans la revue médicale JAMA Pediatrics, selon laquelle le taux de matériel génétique du coronavirus détecté dans le nez d'enfants de moins de cinq ans est 10 à 100 fois plus élevé que celui trouvé chez des enfants plus âgés et des adultes. 

"Les comportements habituels des jeunes enfants et les endroits clos dans les écoles et les garderies posent la question d'une propagation du SARS-CoV-2 dans cette population à mesure que les mesures sanitaires s'assouplissent", estiment encore les chercheurs qui ont mené à Chicago des tests de dépistage avec prélèvement nasal sur 145 patients, souffrant d'une forme légère à modérée de la maladie Covid-19, une semaine après l'apparition de leurs premiers symptômes. 

Comme il est prouvé que plus il y a de matériel génétique du virus, plus ce dernier peut devenir contagieux, les très jeunes enfants pourraient être d'importants propagateurs du virus dans la population. Une hypothèse qui va à l'encontre du discours actuel.

Quid des adolescents ?

Les adolescents, à savoir les enfants au-dessus de 10 ans, semblent avoir une plus grande incidence sur la transmission du virus, explique l'Inserm dans un rapport. "Des tests massifs effectués en Islande et dans la municipalité de Vo', en Italie, l'épicentre initial de l'épidémie italienne, ont montré que les enfants de moins de 10 ans avaient une incidence de Covid-19 inférieure à celle des adolescents et des adultes."

Mais les données sont hétérogènes. Des chercheurs allemands ont de leur côté détecté les mêmes quantités d'ARN viral dans les prélèvements nasaux ou pharyngés des enfants malades que dans ceux des patients plus âgés, aussi bien chez les 0-10 ans que les 11-20 ans, rappelle Science et Avenir.

Protégés du Covid-19 grâce aux coronavirus saisonniers ?

En outre, on sait désormais que les fréquentes infections par des coronavirus saisonniers, responsables chaque hiver de rhumes et de bronchites dès la petite enfance, ne protègent ni de l'infection par le nouveau coronavirus, ni des formes graves liées au Covid-19 apparentées à la maladie de Kawasaki.

"Si le virus de la Covid-19 se comporte comme les coronavirus saisonniers, cette observation interroge sur la capacité de la population à atteindre un niveau d'immunité suffisant pour empêcher la réapparition régulière de la maladie" en a déduit Marc Eloit, responsable du laboratoire de découverte de pathogènes à l'Institut Pasteur dans un communiqué et co-auteur de l'étude en question parue début juillet.

Une faible transmission entre enfants ?

Selon une étude française rendue publique fin juin par l'Institut Pasteur et menée sur 1340 personnes reliées à des écoles primaires l'Oise, les enfants de 6 à 11 ans transmettent peu le Covid-19 à l’école, que ce soit aux autres élèves ou aux adultes.  "Typiquement, les enfants sont infectés dans les familles, par leurs parents le plus souvent, mais après, transmettent très peu à l’école", explique son auteur principal, Arnaud Fontanet, de l’Institut Pasteur. 

A l'époque, ces travaux sont venus confirmer d’autres observations similaires, même si leurs résultats restent préliminaires puisqu’ils n’ont pas encore été publiés dans une revue scientifique, souligne Pasteur.  

Ce que l'on ignore encore

Si les raisons pour lesquelles les plus jeunes ne manifestent pas ou peu de symptômes demeurent encore incertaines, plusieurs hypothèses sont avancées. Parmi les pistes avancées figure celle de l'immaturité de leur système immunitaire, potentiellement moins propre à l'infection, ou au contraire leur surexposition à d'autres virus à l'école qui leur conférerait une protection supérieure aux adultes.

"Pour eux, toute infection est une infection nouvelle", a eu l'occasion de commenter auprès de l'AFP Sharon Nachman, professeur à l'école de médecine Renaissance de l'hôpital pour enfants Stony Brooks près de New York. "Ils voient tellement de maladies lors de leurs premières années que leur système immunitaire est au point et répond bien à ce nouveau virus", avait-elle poursuivi, soulignant toutefois que l'absence actuelle de cas graves "ne veut pas dire que cela n'arrivera jamais".

Pour rappel, plusieurs cas d'enfants présentant des symptômes graves proches de la maladie de Kawasaki sont apparus en Europe ces derniers mois, faisant craindre un lien avec le Covid-19.

A noter...

Si les données actuelles sont parfois contradictoires s'agissant du potentiel rôle contaminant des enfants, c'est entre autres parce que, même infectés, ces deniers "vont bien et ne vont pas à l'hôpital, donc ils ne sont pas testés", souligne encore Sharon Nachman.

Une donnée à laquelle vient s'ajouter le fait que le confinement des enfants n'a pas permis ces derniers mois l'étude de leur contagiosité en conditions réelles. En témoigne, un dépistage de masse réalisé en Islande après que les écoles ont été fermées, et qui n'avait révélé aucune infection chez des enfants.

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