Regroupement familial, asile, travailleurs qualifiés... les (vrais) chiffres de l'immigration en France

Population

DONNÉES - Edouard Philippe a annoncé mercredi un ensemble de mesures pour le contrôle de l'immigration. L'occasion de revenir sur les principaux éléments connus sur la situation en France.

Un débat qui a de nouveau enflammé la France, et une série de mesures à la clé, annoncées mercredi par Edouard Philippe. L'immigration est revenue ces dernières semaines au centre de l'arène politique, suscitant de nombreuses polémiques au sujet des chiffres, notamment en matière de regroupement familial.

Que disent les statistiques officielles ? Nous avons repris ici les principales données disponibles en la matière, données qui avaient d'ailleurs été synthétisées par les services de Matignon, à la rentrée, afin de servir de matière brut lors des débats au Parlement. En voici l'essentiel. 

L'immigration légale en France

Selon les statistiques officielles, 255.956 personnes sont entrées régulièrement en France en 2018, ce qui représente une hausse globale de 3,4% par rapport à 2017. Le principal motif d'immigration légale était familial, avec plus de 90.000 entrées (hausse de 1,5% en un an), suivi des étudiants (83.082 entrées, +3,4) et des entrées pour raison humanitaire (33.981, - 6,7%).

En matière d'immigration familiale, le regroupement familial proprement dit, au coeur des débats actuels, est très minoritaire : il représente 11.000 titres de séjours sont délivrés en moyenne chaque année. Le reste de l'immigration familiale concerne la famille de ressortissants français (48.604 titres délivrés en 2017), la famille de ressortissants de l'UE (5.726 titres) ou encore le motif de la "vie privée et familiale" (10.611 titres). 

L'immigration économique n'arrivait qu'en 4e position, avec 33.502 entrées en 2018, mais l'évolution était clairement à la hausse (+ 22% par rapport à 2017). 

La demande d'asile

Alors que les flux migratoires irréguliers vers l'Europe apparaissent en baisse en 2019 (- 29% selon des chiffres provisoires), la demande d'asile a fortement augmenté en France, avec une hausse de 22% en 2018, puis de 7% sur les huit premiers mois de 2019, d'après les statistiques de l'Ofpra. La France, l'Espagne et la Grèce enregistrent ainsi les plus fortes hausses, tandis que les autres Etats européens connaissent une baisse des demandes. En France, 30% des demandes d'asile viennent de personnes qui ont déjà effectué cette démarche dans un autre pays de l'UE, laissant comprendre que la tendance à la hausse vient en particulier de ce que l'on nomme les "mouvements secondaires", à savoir d'un pays de l'UE à un autre. 

Les demandeurs d'asile, depuis 2018, sont principalement des ressortissants d'Afghanistan (6.585 demandes), de Géorgie (6.160 demandes), d'Albanie (5.609 demandes) et de Guinée (4.268 demandes). Les plus fortes hausses de ces demandes viennent de ressortissants de Géorgie (+ 61%) et d'Albanie (+ 23%), des pays qui figurent pourtant sur la liste des "pays sûrs", et qui ne sont donc pas prioritaires en matière d'asile. 

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Le taux d'acceptation en matière d'asile est de 29% en France, contre 22% en Allemagne et 20% en Espagne. Une grande majorité des demandeurs d'origine géorgienne ou albanaise sont déboutés en France (taux d'acceptation, respectivement, de 4,7 % et de 9,6%). 

Les reconduites à la frontière

Selon les statistiques d'Eurostat, le nombre total de "retours exécutés", contraints ou volontaires, était de 19.957 personnes en France en 2018, contre 23.617 pour l'Allemagne. Les éloignements "contraints" ont augmenté de 10% en 2018, selon l'exécutif. 

Selon le gouvernement, les principaux obstacles aux reconduites à la frontière sont la non-délivrance d'un laisser-passer consulaire pour certains Etats, "l'annulation juridictionnelle" et la "disponibilité des capacités opérationnelles", à savoir le manque de capacité présumé des centres de rétention administrative. 

Autre chiffre fourni par l'exécutif : les "non-admissions prononcées aux frontières", qui représentaient 71.179 personnes en 2018, contre 85.408 personnes l'année précédente. 

Les travailleurs étrangers "hautement qualifiés"

Alors que le débat se focalise sur le principe des quotas d'immigration, et qu'Emmanuel Macron avait vanté, durant sa campagne, une immigration de "talents", les données officielle font état d'une hausse, en 2018, des "passeports talents", c'est-à-dire les titres de séjour délivrés pour des travailleurs hautement qualifiés. 

Ces titres étaient en hausse de 21% en 2018. Cependant, cela ne concernait qu'environ 13.000 personnes, majoritairement des scientifiques, mais également des salariés et une minorité d'artistes. 

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