Relaxe du Cardinal Barbarin : "La justice n'a pas été au rendez-vous", pour François Devaux, de l'association La Parole libérée

Relaxe du Cardinal Barbarin : "La justice n'a pas été au rendez-vous", pour François Devaux, de l'association La Parole libérée
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RÉACTIONS - Dix mois après la condamnation en première instance du Cardinal Barbarin à six mois de prison avec sursis, pour ne pas avoir dénoncé les agressions sexuelles commises par Bernard Preynat sur de jeunes scouts entre 1971 et 1991, la cour d'Appel de Lyon vient de relaxer l'homme de foi. François Devaux, président de l'association La Parole Libérée, revient sur cette décision.

Dix mois après la décision rendue en première instance de condamner le Cardinal Barbarin à six mois de prison avec sursis pour ne pas avoir dénoncé des faits d'abus sexuels commis par le Père Bernard Preynat, la cour d'appel vient de rendre son jugement : il est relaxé. Une décision qui suit les réquisitions de l'avocat général Joël Sollier lors de l'audience de fin novembre dernier. Comme en première instance, la cour d'appel a estimé que l'archevêque en savait assez, alors, pour dénoncer le père Preynat. Mais ce délit tombe sous le coup de la prescription, dont le délai est de trois ans en matière de non-dénonciation. 

La cour d'appel a considéré, en revanche, qu'on ne pouvait rien reprocher au cardinal après 2014, quand Alexandre Hezez, victime du père Preynat, l'avait contacté. La justice a estimé que la victime était en mesure de porter plainte par elle-même, à l'instar de toutes les autres, ce qu'elles ont fait au final. Pour François Devaux, victime lui aussi du père Preynat et président de l'association La Parole Libéré, la justice n'a pas été au rendez-vous, en rendant cette décision. 

cLCI : Comment prenez-vous cette décision de la Cour d'Appel de Lyon, de relaxer le Cardinal Barbarin ? 

François Devaux, président de l'association La Parole Libérée : J'essaye de la prendre le plus rationnellement possible. C'est la lecture de la Cour d'appel de Lyon qui nous dit qu'il n'est pas condamnable. Elle vient en totale opposition à la décision rendue en première instance et la condamnation d'André Fort (un ancien évêque condamné à huit mois de prison avec sursis par le tribunal correctionnel d'Orléans, pour non dénonciation d'atteintes sexuelles sur mineurs, ndlr). On ne peut pas avoir une justice qui change d'analyse d'un dossier à l'autre. Il y a un flou juridique sur l'application de la loi relative à la non-dénonciation d’agressions sexuelles sur mineurs. 

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Vous attendiez-vous à une telle décision  ?

On se doutait bien que ce n'était pas acquis d'avance, avec ce flou juridique donc c'est toute la motivation de notre démarche en justice. On ne peut pas avoir une société qui prend conscience qu'elle n'est pas du tout à la hauteur de l'ampleur des faits d'agressions sexuelles commis sur mineurs, allonger le délai de prescription et laisser un tel flou juridique sur une loi qui est aussi prépondérante dans la prétention de ces abus sexuels sur mineurs. 

Les avocats des parties civiles ont annoncé se pourvoir en Cassation ...

Au travers de cette action en justice, c'est tout cela que l'on met en évidence et en perspective. Il faut se poser les bonnes questions. Et cette question a toute sa légitimité à aller dans un cour de cassation. La justice nous en donne le droit, on va le prendre. 

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La "justice des hommes", comme l'appelle le Cardinal Barbarin n'a pas été à la hauteur ? 

Nos institutions sont là pour nous offrir un cadre moral, à la hauteur des attentes des citoyens. On est en droit d'attendre une certaine protection de notre société et là, la justice n'est pas au rendez-vous. Ce n'est pas digne de notre république, de notre société. On est un peu abasourdi de constater l'ampleur de ce fléau et du défaut assertivité de l'ensemble de notre société. 

Selon vous, quel signal est envoyé aux victimes d'abus sexuels dans l'Eglise, avec cette décision ?

Le signal est très inquiétant, c'est terrifiant. La Ciase recense 4000 témoignages et dans le même temps, l'attitude de Barbarin n'a rien de répréhensible. On peut continuer à agir comme ça, on ne sera pas condamné. Des évêques pourront continuer à agir de la sorte. Moralement, est-ce acceptable ? Est-ce une justice au service des citoyens ou d'une certaine élite et de certaines institutions ? Cela interroge. L'examen de conscience n'est pas abouti.

C'est pas tant le jugement de l'homme mais c'est toute une société qu'on invite à la réforme, à la prise de conscience. Il serait temps que nos institutions se remettent face à un réel examen de conscience sur leur professionnalisme et leur responsabilité sur la pérennisation d'un fléau qui ronge notre société. Ces agressions sexuelles sont une pandémie.

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