Retraite : l'espérance de vie en bonne santé est-elle vraiment de 64 ans ?

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BIEN VIEILLIR - Olivier besancenot a fustigé la réforme des retraites ce lundi 16 septembre sur le plateau de LCI. Le porte-parole du NPA estime que "l’espérance de vie en bonne santé n’augmente pas dans ce pays, il stagne voire il régresse". Fin août, nous nous étions penchés sur la question de l'espérance de vie en bonne santé. Si la France est un des leaders mondiaux en termes d'espérance de vie à la naissance, il n'en est effectivement pas de même pour l'espérance de vie en bonne santé - ou espérance de vie sans incapacités, concluait-on. Explications.

Le porte-parole du NPA s'est clairement opposé à la réforme des retraites voulue par le gouvernement ce lundi matin. Invité sur le plateau de LCI, il a mis en avant la dégradation des conditions de vie pour les plus âgées. "J’entends tout le discours qui consiste à dire qu’en France, on n’en finit pas de vieillir, qu’on serait tous en bonne santé et que tout va bien et qu’on serait tous une armée de Jeanne Calment en puissance, a déclaré Olivier Besancenot.  Sauf que la question concrète qui se pose - et toutes les études médicales et scientifiques un peu sérieuses le prouvent - c’est que l’espérance de vie en bonne santé n’augmente pas dans ce pays, il stagne voire il régresse."

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Fin août, nous nous étions posés la question de l'espérance de vie en bonne santé après qu'Adrien Quatennens a critiqué "l'âge d'équilibre" du départ à la retraite à 64 ans. Nous republions pour l'occasion notre article.

"La réforme d'Emmanuel Macron va consister à faire que les Français soient poussés à travailler jusqu'à 64 ans, a-t-il souligné le 22 août au micro de RTL. C'est au delà de l’espérance de vie en bonne santé. On va assumer de dire aux gens : 'Au moment où vous allez partir en retraite, ça correspond statistiquement au moment où vous avez les premiers pépins de santé qui arrivent'. Je ne suis pas d'accord pour considérer qu'on devrait faire autre chose, quand on a travaillé toute sa vie, que de profiter des petits bonheurs de la vie". Et d'assurer que la retraite à 60 ans est "finançable".

Posté sur Twitter, son argument n'avait pas manqué de faire réagir les internautes. "Depuis quand, dites-moi, l'âge d'espérance de vie en France est descendu à 64 ans", s'interrogeait notamment un internaute. Ce dernier confondait cependant l'espérance de vie, et l'espérance de vie en bonne santé. Un petit rappel de définition s'impose.

Un indicateur de santé qui mesure la qualité de vie plutôt que la longévité

 "L'espérance de vie en bonne santé est la durée de vie moyenne en bonne santé - c'est-à-dire sans limitation irréversible d'activité dans la vie quotidienne ni incapacités - d'une génération fictive soumise aux conditions de mortalité et de morbidité de l'année", indique l'Insee. On l'appelle également années de vie en bonne santé (AVBS). En clair,  la question est de "savoir si les années supplémentaires gagnées grâce à l’allongement de la durée de vie sont vécues en bonne ou en mauvaise santé", explique Eurostat. Un concept qui diffère de l'espérance de vie, un indicateur que l'on rencontre plus communément.

L'Insee la définit ainsi : "L'espérance de vie à la naissance (ou à l'âge 0) représente la durée de vie moyenne - autrement dit l'âge moyen au décès - d'une génération fictive soumise aux conditions de mortalité de l'année. Elle caractérise la mortalité indépendamment de la structure par âge." D'un côté, donc, on met en avant la longévité, de l'autre la qualité de vie.  "Sans qualité de la vie, une longévité accrue ne présente guère d'intérêt (...), l'espérance de vie en bonne santé est plus importante que l'espérance de vie", estimait à ce sujet, le Dr Hiroshi Nakajima, directeur général de l'OMS, en 1997.

Pour calculer cette espérance de vie en bonne santé, les analystes prennent en compte des indicateurs de santé. Selon la DREES (Direction de la recherche, des études, de l'évaluation et des statistiques), l'institution européenne, Eurostat, s'appuie sur une enquête annuelle réalisée auprès de la population. "Le dispositif EU-SILC (...) permet de recueillir des données sur la santé à travers trois questions (...) : la 'santé perçue', la déclaration des maladies chroniques, et les 'limitations d’activité'". Pour ce dernier indicateur, on demande à l'échantillon interrogé : "Êtes-vous limité(e), depuis au moins six mois, à cause d’un problème de santé, dans les activités que les gens font habituellement ?". De ces trois indicateurs, c'est principalement le dernier qui est étudié. On parle plus spécifiquement d'espérance de vie sans incapacité ou EVSI. Eurostat le calcule chaque année depuis 2005 pour tous les pays de l'Union ce qui nous permet de comparer les résultats des différents états européens.

Selon les dernières données Eurostat disponibles, l'espérance de vie en bonne santé est de 64,9 ans pour les femmes et 62,5 ans pour les hommes. Un indicateur qui reste stable ces 15 dernières années, comme le dévoile le graphique ci-dessus. L'EVBA oscille entre 2006 à 2017 de 63,4 ans (2010) à 64,9 ans (2017) pour les femmes et de 61,8 ans (2010) à 63,4 ans (2014) pour les hommes. 

L'espérance de vie globale est quant à elle de 85,6 ans pour les femmes en France et 79,6 ans pour les hommes en 2017, cela signifie que les Françaises nées cette année-là passeront en moyenne 75,8% de leur vie sans incapacité et les hommes 78,5%.

La France se situe à peu près dans la moyenne européenne : 64 ans d'espérance de vie en bonne santé en moyenne pour les femmes de l'Union à 28 et 63,5 ans pour les hommes. 

En tête du classement des 28 pays de l'UE, on retrouve Malte avec 71,9 ans pour les hommes et 73,6 ans pour les femmes, et la Suède (respectivement 73,2 ans et 71,9 ans). Les mauvais élèves sont la Lettonie (50,6 ans pour les hommes et 52,2 ans pour les femmes) et la Slovénie (55,3 ans et 54,6 ans). Contrairement à l'espérance de vie, les hommes tirent donc parfois leur épingle du jeu. Selon la DREES, les femmes "déclarent en effet davantage de limitations fonctionnelles, légères ou fortes, dans les activités du quotidien."

Un indicateur à nuancer

Il convient de nuancer toutefois ces données. Lorsque l'indice calcule l'espérance de vie sans incapacités à la naissance ou à l'âge 0, il prend en compte les handicaps temporaires, ce qui peut fausser les données. Les arrêts de travail pour grossesse peuvent également influer sur ces "incapacités". Il est alors intéressant de regarder l'espérance de vie en bonne santé, non pas à l'âge 0 mais à un âge avancé.

Selon la DREES,  l’espérance de vie en bonne santé à 65 ans a ainsi légèrement progressé ces dix dernières années. "En 2016, l’espérance de vie en bonne santé à 65 ans s’établit à 10,5 ans pour les femmes et à 9,4 ans pour les hommes, un résultat stable par rapport à 2015", indique l'institution dans un rapport. Plus simplement, à 65 ans, une femme peut espérer vivre sans incapacités en moyenne encore 10,5 années, soit jusqu’à 75 ans et demi, les hommes jusqu'à 74 ans et demi.

"Au cours des dix dernières années, cet indicateur a progressé de 0,9 an pour les femmes et de 0,8 an pour les hommes, traduisant un recul de l’âge d’entrée en incapacité pour les personnes ayant atteint 65 ans. En revanche, avant 55 ans, la part des années en bonne santé diminue depuis 2006, ce qui reflète notamment un allongement de l’espérance de vie pour les personnes ayant des incapacités survenues plus tôt au cours de la vie."

Autre nuance à apporter : l'indicateur reste une moyenne nationale et cache de grandes disparités socio-économiques. L'INED - qui se base sur des indicateurs légèrement différents de "bonne santé" - évoque la "double peine" des ouvriers : les ouvriers vivent moins longtemps que les cadres et passent également plus de temps qu’eux avec des incapacités et des handicaps.

"Chez les hommes, l’écart d’espérance de vie à 35 ans sans incapacité entre cadres supérieurs et ouvriers est encore plus grand que l’écart d’espérance de vie global", souligne l'Observatoire des inégalités. En 2003, "l’espérance de vie à 35 ans des cadres sans problèmes sensoriels et physiques était de 34 ans, contre 24 ans chez les ouvriers, soit un écart de 10 ans. Non seulement les cadres vivent plus longtemps, mais aussi en meilleure santé", conclut-il.

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