Révélations sur l'attentat de la rue des Rosiers : les proches des victimes demandent à Emmanuel Macron de déclassifier l'affaire

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TERRORISME - Selon Le Parisien, l'ancien patron du renseignement français a déclaré devant un juge, en janvier dernier, avoir négocié un accord avec le groupe terroriste suspecté dans l'assassinat de six personnes le 9 août 1982, rue des Rosiers, à Paris. Sur LCI, le président du comité de soutien aux victimes a demandé au chef de l'Etat de s'exprimer.

Les révélations du Parisien ont fait resurgir les plaies du drame qui a endeuillé le quartier juif de Paris, tuant six personnes et en blessant vingt-deux, il y a 37 ans jour pour jour, le 9 août 1982. Selon le quotidien, l'ancien patron du renseignement français Yves Bonnet aurait indiqué à un juge en charge de l'enquête sur l'attentat de la rue des Rosiers, en janvier 2019, l'existence d'un "deal secret" passé entre l'ancienne Direction de la surveillance du territoire (DST) et le groupe terroriste palestinien Abou Nidal, mis en cause dans la tuerie. 

D'après Le Parisien, Yves Bonnet, aujourd'hui octogénaire, aurait affirmé avoir passé un pacte oral lors d'une rencontre, peu après l'attentat, avec des responsables du groupe, qui était alors une organisation armée, leur disant : "Je ne veux plus d'attentat sur le sol français et en contrepartie, je vous laisse venir en France, je vous garantis qu'il ne vous arrivera rien". A la suite de ce pacte, des membres de l'organisation auraient même été autorisés à rendre visite en prison, en France, à deux auteurs du meurtre d'un représentant de l'Organisation de libération de la Palestine à Paris. 

Le cabinet de Mitterrand au courant ?

"Et ça a marché", se serait également félicité Yves Bonnet, qui a confirmé par la suite cette déposition au Parisien. "Il n'y a plus eu d'attentats à partir de fin 1983 [...] jusqu'à fin 1985 [...] Après, qu'ils commettent des attentats en Italie, par exemple, ça ne me regardait pas tant qu'il n'y avait rien sur le sol français." 

L'ancien patron de la DST aurait affirmé par ailleurs avoir tenu au courant le directeur de cabinet de François Mitterrand, même si officiellement, "l'Elysée ne savait rien". Ces révélations ont poussé les magistrats en charge de l'enquête à entendre, en février dernier, deux anciens responsables de la lutte antiterroriste à la DST, mais ces derniers se sont réfugiés derrière le "secret-défense". 

"Un scandale d'Etat"

Si les faits étaient avérés, ce serait "un scandale d'Etat", a réagi vendredi, sur LCI, Yohann Taïeb, le président du comité de soutien aux victimes, qui commémorait ce jour même la tuerie de la rue des Rosiers. Selon ce dernier, c'est désormais "au président de la République", Emmanuel Macron, qu'il revient "de s'exprimer" sur l'affaire. Il doit "déclassifier les documents et prendre les décisions sur d'éventuelles conséquences juridiques", a-t-il ajouté. 

Ces révélations ont suscité de nombreuses réactions politiques vendredi, certains parlementaires appelant à l'ouverture d'une commission d'enquête parlementaire. 

Le 9 août 1982, peu après 13 heures, au moins trois terroristes armés de pistolets-mitrailleurs avaient tiré en rafale et lancé une grenade sur les clients du restaurant Jo Goldenberg, semant la terreur en plein coeur de Paris. Deux avocats des victimes ont réitéré jeudi leur demande d'extradition de quatre suspects à la Jordanie et à la Norvège. En 2015, le juge antiterroriste Marc Trévidic avait délivré quatre mandats d'arrêts, sans effet à ce jour.

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