Rumeurs d'enlèvements d'enfants : ville par ville, le déminage d'une intox "totalement irrationnelle"

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A LA LOUPE - En Ile-de-France, les autorités tentent d'endiguer les rumeurs d'enlèvements d'enfants, alors que les violences perpétrées contre des campements de Roms s'intensifient. Une source proche de l'enquête assure une nouvelle fois à LCI que jusqu'à présent, aucun fait d'enlèvement de mineur n'est avéré.

Une rumeur qui a la vie dure. Des lynchages de personnes Roms et des attaques de campements ont eu lieu dans plusieurs villes d'Ile-de-France, dans le courant du mois de mars, alors que circulent de manière très persistante des rumeurs d'enlèvements de mineurs. Les municipalités et les autorités préfectorales et judiciaires, qui ne cessent de démentir ces informations, ne font pas le poids face aux réseaux sociaux. Dans la soirée, le parquet de Bobigny a publié un communiqué démentant tout fait d'enlèvement ou de tentative d'enlèvement. LCI fait le point entre les faits, les rumeurs tenaces et les déclarations officielles dans chaque ville concernée par la psychose.

A Clichy-sous-Bois et Bobigny

Selon nos informations, vingt personnes ont été interpellées à Clichy-sous-Bois et à Bobigny (Seine-Saint-Denis) dans la nuit du lundi au mardi 26 mars, après plusieurs faits de violences. A Clichy-sous-Bois d'abord, une vingtaine de personnes armées de bâtons sont entrées dans un pavillon squatté par des Roms, qui se sont réfugiés dans un magasin Auchan. A Bobigny ensuite, vers 21 heures, ce sont une cinquantaine d'individus qui ont menacé à l'arme blanche des Roms en bordure de la RN3. Leurs camionnettes ont été incendiées. Enfin, vers 1 heure du matin, de nouveau à Bobigny, une rixe a éclaté entre des Roms et une quinzaine de personnes. Leur camionnette avait été suivie jusqu'au campement suite aux rumeurs persistantes d'enlèvements d'enfants.

Le 24 mars, soit la veille des faits, le club de football de Montfermeil a diffusé un communiqué sur les réseaux. Le post Facebook, aujourd'hui supprimé, alertait sur "des tentatives d'enlèvements d'adolescents constatées aux alentours de la commune". Et poursuivait ainsi, alarmiste : "Nous sommes d'autant plus inquiets que 4 de nos joueuses (U15 féminines) ont été victimes d'une tentative d'enlèvement ce samedi 23 mars sur la ville de Clichy-sous-Bois. Des adultes malveillants ont tenté, alors qu'elles se déplaçaient en groupe de les forcer à entrer dans un véhicule." Contacté par LCI, le président du club assure "qu'un père d'une des quatre filles est venu le voir paniqué". C'est pour cette raison qu'il aurait publié ce communiqué, "sans vouloir faire paniquer les gens". Après vérification, il apparaît que le père de famille n'a finalement pas porté plainte. Par ailleurs, ce mardi, le FC Montfermeil s'est fendu d'un nouveau post Facebook, appelant "au calme et à la modération". Il poursuit : "Une réunion publique s'est tenue, hier soir à 19 heures, face à la mairie de Clichy-sous-Bois en présence du maire et du commissaire au cours de laquelle le commissaire nous a fait remarquer que nos inquiétudes, pour nos enfants, étaient complètement légitimes mais que fort heureusement aucune disparition d'enfants n'était à déplorer."

La mairie de Clichy-sous-Bois, contactée par LCI ce mardi, nous confirme la tenue de cette réunion publique, ayant réuni simplement une quarantaine de personnes. Elle indique "désapprouver au plus haut point et déplorer ce qui s’est passé cette nuit. Le commissaire et le maire ont échangé avec des habitants devant la mairie pour calmer les esprits mais malheureusement la force des réseaux sociaux l’a emporté" poursuit-on. Par ailleurs, le porte-parole du cabinet du maire précise être en contact avec la police locale qui n'a relevé "aucune plainte ou fait d'enlèvement" à ce jour.  Toujours selon notre interlocuteur, des habitants s’en prennent à des Roms "parce qu’on a fait croire que les Roms étaient des voleurs d’enfants". Sur place, le  commissariat s’engage à faire des patrouilles devant les écoles pour rassurer la population. Et, selon nos informations, des patrouilles auront également lieu autour des campements de Roms. Enfin, les auteurs des rumeurs devraient être rapidement contactés par la police pour faire le point.

Du côté de Bobigny, la mairie souhaite lancer un "appel au calme". Et, auprès de LCI, précise qu'un courrier du maire va être diffusé auprès des parents d'élèves de la ville pour les rassurer. 

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A Colombes

Nous relations la semaine dernière dans notre enquête les faits survenus à Colombes. Deux hommes à bord d'une camionnette blanche avaient été pris à partie et lynchés par plusieurs dizaines de personnes, dans le quartier des Grèves. Ils étaient alors parvenus à trouver refuge dans un pavillon et avaient appelé le Samu. L'une des deux victimes, toujours en convalescence, n'a pas porté plainte. Le second homme blessé, quant à lui, n'a pas donné de nouvelles à la police.

Toujours est-il que la vice-procureure auprès du TGI de Nanterre, contactée le 20 mars dernier par LCI, affirmait alors qu'il "n'y avait pas d'affaire d'enlèvement". Et indiquait que le témoignage au commissariat d'une femme ayant pris peur "à la vue de deux hommes à bord d'une camionnette blanche" pourrait avoir été le déclencheur de cette attaque. De son côté,  le cabinet du maire de Colombes, joint ce mardi 26 mars, ne souhaite pas davantage communiquer "sur des faits qui n'existent pas".

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La préfecture de police a également démenti formellement les rumeurs courant entre les villes de Nanterre et Colombes, précisant que "deux personnes ont été injustement accusées puis lynchées" suite au partage de cette fausse information.

A Bondy

D'après nos informations, la police a reçu des signalements décrivant la présence de personnes, armées de bâtons, à proximité du campement de Roms de Bondy. 

La ville, dès le 13 mars, avait publié un démenti sur Facebook, face aux rumeurs d'enlèvements. Rappelé aujourd'hui par LCI, le cabinet de la maire nous confirme qu'à l'heure actuelle, aucun fait d'enlèvement n'a été rapporté à la police municipale. Le cabinet évoque une rumeur "totalement irrationnelle qui passe par les réseaux sociaux".

A Aubervilliers et Noisy-le-Sec

Dans ces deux villes aussi, on a signalé à la police la présence d'individus visiblement prêts à en découdre autour de campements de Roms. A Noisy-le-Sec, le cabinet de la mairie indique "qu'il n'y a pas de faits de ce type, ni lynchage, ni enlèvement ou tentative d'enlèvement". On ajoute : "Tout ceci n'est que 'fake news'. Nous avons transmis l'information auprès des écoles en lien avec l'Education nationale". La mairie d'Aubervilliers, elle, n'a pas répondu à notre sollicitation.

Des démentis qui ne font pas le poids

Reste que ces démentis publics, parfois partagés sur les pages Facebook des municipalités, ne font pas le poids en termes de partages et de viralité face aux snap et aux autres post alarmistes alimentant la rumeur et comptabilisant des dizaines de milliers d'interactions. En tout état de cause et d'un point de vue plus général, la justice suit de près cette affaire. Auprès de LCI, une source proche de l'enquête indique que les services de police ont reçu de nombreux signalements qui sont analysés avec la plus grand attention. Mais, précise-t-on, il n'y a pas de cas d'enlèvement de mineurs par des Roms avéré en l'état.

Pour les associations qui commencent à s'intéresser au sujet, la dimension raciste de ces rumeurs ne fait aucun doute. SOS Racisme demande "au gouvernement des paroles fermes et des sanctions, et aux plateformes de démentir ces rumeurs racistes et parano". Le collectif Rom-Europe doit également s'exprimer dans la journée de ce mardi. 

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