En 50 ans, le ratio entre le Smic et le salaire des grands patrons a-t-il été multiplié par 20 ?

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À LA LOUPE – Ancien conseiller de Georges Pompidou, Bernard Esambert a observé une hausse des inégalités salariales en quelques décennies. L'écart entre le Smic et la rémunération des grands patrons serait selon lui de 1 à 240, contre seulement 1 à 12 au début des années 1970. Que disent les chiffres ?

Alors que le mouvement des Gilets jaunes a fêté son premier anniversaire et que la réforme des retraites cristallise les tensions sociales, un article du Monde publié en décembre 2016 a refait surface, partagé par Anthony Leroi, un proche de Ian Brossat, l'adjoint PCF au logement à la mairie de Paris. 

Dans ce reportage, qui revient en longueur sur la France des années Pompidou, un conseiller de l'ex-président témoigne. Bernard Esambert se souvient qu'à l'époque, "les gens étaient fiers : ils se sentaient vivre dans un pays rayonnant". Aujourd'hui, poursuit-il, "l’esprit grognon des Français vient de leur insatisfaction face à la situation de leur pays, désormais moyen en tout, dans le meilleur des cas". 

Le polytechnicien indique qu'au début des années 1970, on observait "une certaine homogénéité dans le niveau de vie des Français. L’écart entre le Smic et le salaire des grands patrons était de l’ordre de 1 à 12, puis de 1 à 25 dix ans plus tard. Aujourd’hui, cet écart est en moyenne de 1 à 240 pour les patrons du CAC 40."

D’où viennent ces chiffres ?

Les inégalités entre les bas salaires et les rémunérations des grands patrons ont-elles enflé dans des telles proportions ? Peut-on trouver des sources fiables à ces chiffres qui illustrent le sentiment d'injustice perçu par une partie de la population ? LCI a contacté l'Institut national de la statistique (Insee), mais ce dernier indique qu'il ne dispose pas de données aussi anciennes, et que celles à sa disposition ne sont pas directement liées aux grands patrons.

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Du côté de l'OCDE ou d'Eurostat, les recherches ne permettent pas non plus de trouver de source fiable pour étayer ces chiffres. Il faut se tourner vers l'intéressé, Bernard Esambert en personne, pour en savoir plus. Joint par téléphone, le président de l’Institut Georges-Pompidou se souvient très bien de sa source, puisqu'il s'agit... de lui-même ! "Ce ratio de 1 à 12, il s'appliquait à moi lorsque j'ai intégré la direction de la Compagnie financière Edmond de Rothschild. C'était en 1973-1974 [après vérification, il s'agirait plutôt de 1977, année de sa prise de fonction au sein de la banque, ndlr]".  

Selon l'année à laquelle se réfère Bernard Esambert (1974 ou 1977), on peut déduire qu'il touchait entre 11.650 et 19.000 francs par mois. Pour autant, était-ce un salaire représentatif des autres grands patrons ? "Pas forcément", estime-t-il, puisqu'encore jeune à l'époque, il n'était pas forcément aussi bien payé que d'autre dirigeants de grandes entreprises. 

Si l'on en croit un article paru en 2013, signé par l'économiste Frédéric Teulon et consacré à la rémunération des dirigeants, "en France, à la fin des années 1970, le rapport moyen entre le salaire ouvrier et la rémunération des dirigeants des grandes entreprises (hors stock-options et attributions gratuites d’actions) était de l’ordre de 1 à 40". Un ratio qui semble, avec le recul, "assez cohérent" pour Bernard Esambert.

Des écarts qui enflent

Si le ratio entre salaire minimum et rémunération des hauts dirigeants apparaissait donc sensiblement supérieur à 1 à 12 dans les années 1970, il a cependant bel et bien connu une augmentation majeure depuis. Début novembre la moyenne des salaires des PDG du CAC 40 était dévoilée. Et les sommes évoquées ont de quoi faire tourner les têtes, avec 5,8 millions d'euros annuels pour les patrons des plus grandes entreprises françaises.

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Comme le rappelait François-Xavier Pietri sur LCI, ces rémunérations sont "en lien direct avec la hausse des actions du CAC 40 et la performance des actions". Si l'on se réfère au Smic, il s'agit de montants 277 fois supérieurs. Avec son ratio de 1 à 240, Bernard Esambert était donc assez proche de la réalité. 

Sensible à ces problématiques d'inégalités salariales, l'ONG Oxfam avait publié en 2018 un rapport intitulé "CAC 40 : des profits sans partages". Le patron de Carrefour y était notamment égratigné. Avec 9.734.576 euros de rémunération en 2016, il avait touché l'équivalent de 553 fois le SMIC. 

En vidéo

La Chronique éco : Des salaires records pour les patrons du CAC 40

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