La légalisation du cannabis, entre faits et idées reçues

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A LA LOUPE - Jeudi 20 juin, une proposition de loi relative à "la légalisation contrôlée de la production, de la vente et de la consommation de cannabis" est déposée par plusieurs députés, dont certains issus de la majorité. L'occasion de revenir sur des faits et idées reçues autour de ce serpent de mer politique.

lls prônent une "légalisation contrôlée" du cannabis. Jeudi 20 juin, plusieurs députés de différents bords - parmi lesquels figurent cinq élus LREM - remettent sur le devant de la scène l'éternel débat de la dépénalisation de cette drogue toujours interdite à la consommation en France. 

"La constitution d'un monopole pour la production et la vente du cannabis par la création d'une société nationale, la SECA (Société d'exploitation du cannabis), permettra de réguler la production et la vente tout en contrôlant la consommation", estiment ces députés, ajoutant que la vente par les buralistes serait interdite aux mineurs. Dans leur idée, un arrêté du ministère de la Santé fixerait le taux autorisé de THC, principale substance psychoactive du cannabis. Quant aux taxes, leur recette pourrait être "en partie consacrées aux politiques de prévention et de réduction des risques, notamment en direction des jeunes et des populations vulnérables". 

Parallèlement à cette proposition de loi, 70 élus, médecins et chercheurs appellent à une "légalisation encadrée" du cannabis dans une tribune publiée dans l'Obs ce mercredi 19 juin. Une double offensive politique sur un sujet en forme de serpent de mer,  qui nous donne l'occasion de déminer plusieurs faits et idées reçues sur cette substance. 

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Le cannabis est-il plus dangereux que l'alcool au volant ?

Il n'est bien entendu par recommandé de conduire après avoir fumé du cannabis. Mais, depuis 2010 déjà, une étude américaine de référence remet en question le parallèle qui consiste à punir de la même manière les usagers qui consomment de l'alcool et ceux qui consomment du cannabis, lorsqu'ils sont au volant. D'après les travaux d'Andrew Sewell, chercheur à l'université de Yale, "les tests en laboratoires et les études de conduites montrent que le cannabis peut fortement nuire à la conduite. Mais ses effets varient beaucoup plus selon les individus qu'avec l'alcool. Cela étant dû à la tolérance de chaque individu, aux différentes techniques d'inhalation et d'absorption du THC." Ainsi, avec le cannabis, "les tâches de conduite complexes qui demandent de l'attention sont moins affectées qu'elles ne le sont avec l'alcool." "Les consommateurs de marijuana tendent à compenser en roulant moins vite, en dépassant moins et en conservant plus de distances de sécurité."

Un article de Slate relate également qu'aux Etats-Unis, les chiffres officiels "montrent qu'un conducteur en état d'ivresse a dix fois plus de risque de provoquer un accident mortel qu'un automobiliste sous l'emprise du cannabis".

La France est-elle le pays de l'Union Européenne où la consommation de cannabis est la plus élevée ?

Cette affirmation est vraie. Elle a été rapportée très récemment - en avril 2019 -  dans les conclusions d'un rapport de l'Observatoire Français des drogues et des toxicomanies (OFDT), en date du mois d'avril 2019. Ce rapport indique que "parmi les drogues illicites, le cannabis demeure la première substance consommée", avec "45% d'expérimentateurs parmi les adultes, 11% d'usagers dans l'année et 6% au cours du dernier mois".

C'est surtout chez les jeunes que les niveaux d'usage du cannabis sont très élevés en France par rapport au reste de l'Europe. "Cette singularité perdure depuis les années 2000", ajoutent les auteurs du document, particulièrement en ce qui concerne les jeunes filles. Plus de 20% des consommatrices dans l'année ont en effet entre 15 et 24 ans. Or, ce chiffre dépasse rarement les 15% dans les autres pays européens.  

Un argument de poids pour les défenseurs de la légalisation de l'usage thérapeutique et récréatif du cannabis qui insistent justement sur l'absence de lien entre la dépénalisation de cette drogue et l'augmentation de sa consommation. Cette dernière étant, en France, déjà très élevée. 

Est-ce vrai que le cannabis donne faim ?

C'est en effet la conclusion à laquelle arrivent plusieurs recherches. Des chercheurs de Yale ont étudié la question dans une étude publiée dans la revue Nature en mars 2015. La réalité, le cannabis fait croire au cerveau que le corps a faim, en modifiant l'activité des POMC, à savoir les neurones à "pro-opiomélanocortine". En fonctionnement normal, ces POMC envoient des signaux au cerveau pour indiquer la sensation de satiété. Or, stimulés par des endorphines produites par le cannabis, les POMC se trompent de signal : l'individu a donc l'impression d'avoir faim... même s'il vient de manger. 

Ce pourrait être une découverte accessoire, mais en réalité, elle comporte d'ores et déjà des applications thérapeutiques. C'est ainsi qu'en France, le dronabinol, un médicament utilisé dans le cas de troubles alimentaires et d'anorexies liées au Sida, permet de lutter contre les pertes d'appétit. Il est aussi utilisé dans le cas de nausées et de vomissements induits par les chimiothérapies. 

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