Après les caméras, Saint-Étienne va placer des micros pour surveiller un quartier "difficile" de la ville

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SUR ECOUTE - À partir du mois de mars, en plus des caméras de surveillance déjà existantes, des capteurs sonores vont être déployés dans le quartier dit "sensible" de Tarentaize-Beaubrun-Couriot, à Saint-Étienne, pour surveiller les anomalies. L'expérimentation, validée par la CNIL, interroge sur le respect des libertés de chacun.

Après les caméras, des micros dans les rues. La ville de Saint-Étienne a décidé d'expérimenter un dispositif de surveillance jusque-là inexistant en France, en plaçant une cinquantaine de capteurs sonores dans le quartier dit "difficile" de Tarentaize-Beaubrun-Couriot. 


Selon Le Parisien, confirmant une information du Progrès dans ses éditions du 13 février, ces micros seront capables de détecter grâce à des algorithmes tout bruit suspect, comme un accident ou un coup de feu. Une alerte automatique sera ensuite envoyée aux autorités. L'expérimentation visant à assurer la sécurité des habitants durera six mois.

Dans un premier temps, lorsqu'un son associé à un éventuel danger sera détecté, un opérateur humain vérifiera s'il y a manière à alerter la police ou les pompiers. Il pourra alors confirmer via les caméras de vidéosurveillance l'origine du son détecté. À terme, l'objectif est d'automatiser le procédé afin de rendre l'intervention des autorités la plus efficace possible.

À peine plus gros qu'une pièce de 2 euros

L'implantation de ce dispositif, complémentaire de la vidéosurveillance déjà existante et développé par la start-up Serenicity, société spécialisée dans la sécurité informatique et des réseaux, va s'étendre du mois de mars jusqu'à la fin de l'année. La société américaine Analog Devices fournira les capteurs sonores à peine plus gros qu'une pièce de deux euros. Ils seront positionnés en hauteur pour mieux traquer les sons. Pour l'instant, la question de la signalétique indiquant leurs emplacements à la population du quartier choisi pour l'expérimentation "n'est pas encore tranchée" répond la ville de Loire. 

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Néanmoins, l'installation de ces "oreilles intelligentes" posent logiquement la question du respect de la vie privée des habitants. Les micros enregistreront-ils en continu ? "Il ne sera pas possible pour une personne d'écouter en temps réels les sons captés par le micro", a rassuré Sébastien Valla, directeur des systèmes d’information et du numérique de la ville. "Le système ne permet pas (non plus) d'enregistrer les conversations, ni même de les entendre. Il captera uniquement les alertes."

Un flou juridique sur l'utilisation de l'audio

Cette utilisation automatisée des capteurs acoustiques, fréquente aux États-Unis où ils sont paramétrés pour détecter les coups de feu, à Los Angeles notamment rapporte Le Parisien, profite toutefois d'un flou juridique. Contrairement à la vidéosurveillance, dont l'usage est très encadré en France, une bande audio peut-être réécoutée sans limites. 


La CNIL (la Commission nationale informatique et libertés), qui a donné son feu vert à cette expérimentation, ne s'en alerte cependant pas. "Il semble ressortir que seuls des sons qui correspondent à des bruits suspects seront identifiés (coups de feu, accidents…) à l’exclusion notamment des conversations", a fait savoir l'organisme à nos confrères du Progrès. "Dans ce contexte et dans ces conditions, il ne s'agit pas de captations de données à caractère personnel."

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