Ségur de la Santé : alors que les soignants redescendent dans la rue, où en sont les négociations ?

Ségur de la Santé : alors que les soignants redescendent dans la rue, où en sont les négociations ?
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SEGUR DE LA SANTE - Un peu plus d'un mois après le lancement du "Ségur de la Santé", les personnels hospitaliers sont à nouveau dans la rue ce mardi, afin de maintenir la pression sur le gouvernement, pour améliorer la prise en charge des malades et leurs conditions de travail. Où en sont les négociations ?

"On n'est pas contents du tout", affirme Patrick Pelloux, mardi 30 juin sur LCI, avant de rejoindre le cortège parisien des soignants qui défileront, une fois de plus à Paris et en province. Plus d'un mois après le lancement du "Ségur de la Santé", les personnels soignants mobilisés durant la crise sanitaire redescendent dans la rue. C'est le 26 mai dernier que le gouvernement a annoncé le lancement de ce "Ségur de la Santé" qui doit aboutir vendredi, sur la réforme hospitalière autour de quatre grands chantiers. Il s'agit là du sixième plan du gouvernement pour ce secteur depuis l'élection d'Emmanuel Macron, dont le programme présidentiel n'en prévoyait pas autant, mais qui a dû s'adapter à plusieurs crises successives.

Le "diagnostic et les orientations" proposés par Agnès Buzyn dans sa loi "Ma Santé 2022" sont "bons", a assuré Olivier Véran qui reconnait aussi que "nous n'avons pas été assez vite, ni assez fort". Le moins que l'on puisse dire, c'est que le plan "Ma Santé 2022" avait été accueilli avec froideur par les soignants, alors en pleine mobilisation des Urgences. 

Un "Ségur de la santé" autour de quatre chantiers avec Nicole Notat à la coordination

C'est dans ce contexte que ce Ségur se voulait ambitieux : "Transformer les métiers et revaloriser ceux qui soignent, définir une nouvelle politique d’investissement et de financement au service des soins, simplifier radicalement les organisations et le quotidien des équipes, fédérer les acteurs de la santé dans les territoires au service des usagers", indique le Ministère de la Santé. Les travaux sont organisés entre quatre "groupes Ségur". Celui sur les "carrières et rémunérations" est piloté par Nicole Notat. Un deuxième, consacré à l'investissement, a été confié à Arnaud Vanneste, directeur général adjoint des Hôpitaux de Marseille (AP-HM), et un troisième a la charge de la réflexion autour de "simplification" sous la conduite de Bertrand Fenoll, inspecteur des affaires sociales (Igas) et ex-chef de service de chirurgie pédiatrique du CHU de Brest. Enfin, un dernier groupe doit aborder l'organisation territoriale du système de santé. 

Outre la négociation autour d'une revalorisation des salaires (les personnels demandent 300 euros d'augmentation), et des discussions sur le temps de travail, l'autre grand chantier, celui de la gouvernance et de l'organisation des soins, est lui aussi très attendu par les personnels soignants. D'après Olivier Véran, "notre système de santé n'est pas encore assez centré sur le patient, sur son parcours. Il n'est pas assez performant non plus dans son pilotage". Il est donc question de mettre fin à la tarification à l'activité (T2A), un système qui fixe les ressources des hôpitaux en fonction des actes effectués, est souvent accusé de pousser à la "course au volume". Il est aussi pointé du doigt par le temps que passent les médecins sur l'administratif, au détriment des soins. 

Enfin, dernier chantier et non des moindres, la question de la dette des hôpitaux et l'investissement. Aujourd'hui, cette dette approche 30 milliards d'euros. Dans le cadre du "plan hôpital" décidé à l'automne dernier, le gouvernement avait annoncé une reprise de dettes "massive" de 10 milliards d'euros sur trois ans. Quatre mois plus tard, Olivier Véran a évoqué un "effort de 13 milliards d'euros".

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Autour de la table, des élus, des représentants des usagers, des Agences régionales de Santé, de l'Assurance Maladie, des syndicats hospitaliers, de praticiens, de professions libérales médicales , des collectifs hospitaliers ... Et Nicole Notat, en coordinatrice, chargée d'entendre tout le monde "en ayant à cœur d'organiser l'écoute réciproque et le dialogue entre l'ensemble des parties prenantes et d'aider à la construction de conclusions le plus partagées possible", avait-elle dit dans un communiqué en mai dernier. L'ancienne patronne de la CFDT durant vingt ans, est l'un des soutiens d'Emmanuel Macron, durant la campagne de 2017. Un choix accueilli avec réserve pour de nombreux syndicats. 

En lançant le Ségur, Olivier Véran a en effet promis que "rien" ne serait "plus jamais comme avant" pour les soignants. Mais Édouard Philippe, en engageant les discussions, a semblé plus mesuré : il y aura "des choix forts" mais la crise n'exige pas forcément de "changer de cap", avait déclaré le Premier ministre, pas convaincu qu'il faille revoir la "gouvernance" de l'hôpital. "Lorsqu'Edouard Philippe a annoncé en ouverture du Ségur qu'il ne fallait pas changer de cap mais de rythme, on a compris que c'était plié. C'est décourageant mais on s'y fait", estimait de son côté, Hugo Huon, du collectif Inter-Urgences, la semaine dernière. 

Des crispations au lancement des concertations ...

"Les premières réunions ont surtout servi à faire un tour de piste", confiait Frédéric Valletoux, président de la Fédération hospitalière de France (FHF) Seulement voilà, une semaine après son lancement, début juin, les premières crispations se font d'ores et déjà ressentir, avant même l'entrée dans le dur des négociations. Beaucoup se sont agacés de la méthode choisie par le gouvernement, accusé de faire de la "communication" et ont très rapidement, pointé le choix des participants. L'exécutif a invité 300 organisations au lancement de son Ségur, mais pour des raisons d'organisation, toutes n'ont pas eu droit à la parole et seuls certains participants ont été intégrés aux groupes de travail.

Plusieurs syndicats s'étaient interrogé ensuite sur les conditions techniques du débat, évoquant pèle-mêle des "problèmes de connexion", des prises de paroles "chaotiques" ou le "manque d'informations" sur le calendrier, transmis tardivement aux différentes parties, ou des changements de planning de discussions à la dernière minute, ce que nous ont confirmé des participants au Ségur. Ils ont aussi dénoncé une "parodie de concertation" et une "opération de communication".  "Il faut faire de vrais états généraux de la Santé, mais pas en six semaines", estimait Sophie Crozier, médecin neurologue à la Pitié-Salpétrière et membre du collectif Inter-Hôpitaux. "Si on augmente les salaires, il ne faudrait pas oublier les internes et jeunes médecins qui sont rétribués de façon indécente ni le différentiel entre les salaires du public et du privé", rappelle dans un communiqué le Collectif Inter-Hôpitaux (CIH), tout en estimant que la question des salaires ne devait pas "occulter" les autres problèmes. "Il faut augmenter les effectifs paramédicaux ou médicaux pour rétablir des conditions de travail supportables et garantir la qualité des soins", a-t-il insisté. Un message relayé par la CGT, qui regrette que "la question des recrutements de personnels" ne soit "pas abordée". Le 3 juin, le syndicat Sud Santé a décidé de claquer la porte. C'est dans ce contexte délicat qu'une dizaine de syndicats et collectifs hospitaliers avaient appelé à une "journée d'action nationale" le 16 juin dernier et à une grande manifestation nationale, pour réclamer "autre chose que des discours et des promesses". 

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Des avancées chiffrées insuffisantes ?

Un mois après son lancement et après une forte mobilisation des soignants le 16 juin dernier, des avancées chiffrées ont commencé à être entraperçues, ce qui n'avait pas été le cas jusqu'à présent. A ce stade, Olivier Véran a mis 6 milliards d'euros sur la table, pour les personnels non médicaux, à répartir entre une augmentation générale, une refonte des primes et des majorations ciblées sur certaines professions (infirmiers, aides-soignants, manipulateurs radio...). Une annonce là encore, accueillie froidement. Une rallonge de 300 millions d'euros a alors été proposée en ce début de semaine, pour les praticiens hospitaliers cette fois, mais avec des mesures ciblées sur les débuts et fins de carrière, sur certaines primes et sur les heures supplémentaires. Une mesure aussitôt rejetée par des syndicats médicaux évoquant une "désillusion énorme". "On nous a annoncé ça comme une grande avancée sociale" mais "c'est une douche glaciale", a réagi auprès de l'AFP Jean-François Cibien, vice-président d'Action praticiens hôpital (APH). 

Pour le secrétaire général de SUD-Santé, Jean-Marc Devauchelle, qui demande pas moins de 14 milliards pour augmenter de 300 euros net toutes les fiches de paie du secteur, l'enveloppe globale proposée par l'exécutif "est très, très loin du compte". Chez Force ouvrière, Didier Birig chiffre plutôt la mesure à 7 milliards et considère que "la balle est dans le camp du ministère". Avec cette mise en garde : "Si la réponse n'est pas à la hauteur des attentes, il y aura des conséquences". Alors en parallèle et pour maintenir la pression sur le gouvernement, d'autres journées d'action sont prévues, dont celle de ce mardi 30 juin. Interrogé sur une possible rallonge budgétaire, le ministre des Finances Bruno Le Maire a promis ce mardi que "le gouvernement" serait "au rendez-vous". Nul doute que les soignants le seront aussi.

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