Smic : pas de "coup de pouce" supplémentaire au 1er janvier 2020, préconise un rapport

Smic : pas de "coup de pouce" supplémentaire au 1er janvier 2020, préconise un rapport

OBJECTION - Le groupe d'économistes chargé de plancher sur la revalorisation du Smic préconise "de s’abstenir de tout coup de pouce" gouvernemental. Selon eux, ce levier ne permettrait pas de lutter efficacement contre la pauvreté et risquerait de dégrader la compétitivité des entreprises.

Ils estiment que cela nuirait à l'emploi des moins qualifiés. Le groupe d'experts, consulté avant chaque revalorisation du salaire minimum interprofessionnel de croissance (Smic) le 1er janvier, recommande au gouvernement de s'abstenir de "coup de pouce" et de s'en tenir à la revalorisation automatique, dans son rapport transmis jeudi 5 décembre au Figaro et à l'AFP. Depuis sa création en 2008, ce panel d'économistes s'y est toujours montré défavorable, estimant que cela a un "impact limité contre la pauvreté" et que la revalorisation automatique suffit à elle-même pour augmenter le pouvoir d'achat.

Tous les ans, le Smic bénéficie d'une hausse mécanique, calculée selon deux critères : l'inflation constatée pour les 20% de ménages aux plus faibles revenus et la moitié du gain de pouvoir d'achat du salaire horaire de base ouvrier et employé (SHBOE). D'ailleurs, pour la troisième année consécutive, la commission d'experts recommande de revoir ce mode de calcul et donc de désindexer la hausse du salaire horaire minimal de l'inflation. Le 1er janvier 2019, elle a été de 1,5% à 10,03 euros brut à l'heure, ou 1 522,22 euros brut par mois à temps plein.

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Augmenter encore le Smic risquerait donc, toujours d'après leurs observations, de maintenir des employés à un bas niveau de salaire et d'impacter la pyramide des salaires. Cela aurait également pour conséquence de dégrader la compétitivité des entreprises dans un pays où le taux de chômage - 8,3% attendu fin 2019 - est l'un des plus hauts au sein de la zone euro, mais le taux de pauvreté, un des plus bas d'Europe, quoi qu'en augmentation ces dernières années. Une analyse à contrebalancer par celles portées par l'économiste Henri Sterdyniak, qui soulignait auprès de l'AFP au contraire que "la plupart des smicards travaillent dans des secteurs protégés comme les agents d'entretien, les caissières ou les services à la personne". Minimisant, donc, le risque que ces emplois, "indispensables", disparaissent avec l'augmentation du Smic. De fait, dans les secteurs plus concurrentiels, la part des salariés payés au Smic ne "dépasse pas les 5%", poursuivait-il encore.

La prime d'activité "a davantage contribué à réduire la pauvreté"

En proportion du salaire médian, le Smic "a la double caractéristique d'être le plus élevé des pays de l'OCDE en termes de revenu disponible" (en tenant compte des prestations de soutien telle la prime d'activité) et "d'être dans la moyenne quand il s'agit du coût total du travail", soulignent les experts. Ce résultat "a été obtenu au cours du temps par une politique systématique et transpartisane de réduction des contributions sociales employeurs sur les bas salaires", ajoute le groupe, qui note "qu'elle a atteint ses limites" puisqu'il ne reste plus que la cotisation accidents du travail et maladies professionnelles. 

En outre, les économistes présentent plusieurs simulations qui montrent que la revalorisation exceptionnelle de la prime d'activité mise en oeuvre en 2019 (90 euros) "a davantage contribué à réduire la pauvreté qu'un relèvement du Smic de la même valeur". Du fait de cette revalorisation, la part de ménages pauvres parmi les bénéficiaires de la prime d'activité devrait passer de 27 à 19% en 2019. Elle bénéficiait au 30 juin à 4,17 millions de foyers, soit 1,44 million de plus que l'an dernier.

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Cette recommandation de ne pas pousser le Smic va à contre-courant des demandes des organisations syndicales et de l'opposition. En marge de la journée de protestation massive contre la réforme des retraites jeudi, Fabien Roussel, secrétaire national du Parti communiste, a exhorté sur CNews le gouvernement à organiser "une conférence salariale" et à augmenter le Smic "dès le 1er janvier au moins de 10%". "Depuis des mois et des mois, des professions, des Gilets jaunes, manifestent dans la rue, demandent des conditions de travail dignes et des hausses de salaires, et d'être respectés et entendus".

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