SOS Méditerranée reprend la mer avec l'Ocean Viking pour secourir les migrants : "Il est vraiment urgent de repartir"

L'Ocean Viking est le nom du nouveau navire de secours des migrants naufragés de SOS-Méditerranée et Médecins sans Frontières
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MEDITERRANEE - Avec le navire Ocean Viking, l'association de sauvetage en mer SOS Méditerranée a trouvé un successeur à l'Aquarius, bloqué à quai il y a sept mois. Pour l'instant à Marseille, il devrait partir rapidement en mer pour y secourir les personnes qui tentent la traversée de l'Afrique à l'Europe.

Océan Viking, 69,3 mètres de long et 15,5 mètres de large, est sur le point de larguer les amarres. Le nouveau navire de SOS Méditerranée et de Médecins Sans Frontières n’a qu’une mission, "repartir en mer sans date de fin". L’Ocean Viking s'apprête donc à se rendre dans les eaux internationales, au large de la Libye, là où l’Aquarius a œuvré avant lui pendant deux ans. "Il est vraiment urgent de repartir sur cet axe de Méditerranée centrale", explique Sophie Beau, directrice générale de SOS Méditerranée France, à LCI. "Ce n’est pas l’axe majeur de traversée et pourtant c’est le plus meurtrier." 

Car le voyage depuis l’Afrique jusqu’à l’Europe est long : 3 ou 4 jours de traversée, sur des bateaux pneumatiques ou en bois qui ne sont pas adaptés à un tel trajet. "Les pneumatiques se dégonflent, sont en panne de carburant ou les bateaux en bois chavirent car ils sont surchargés." Et la théorie de l’appel d’air, selon laquelle la présence de navires de sauvetage incite les gens à franchir la Méditerranée, n’est pas valable selon Sophie Beau : "On l’a bien vu ces derniers mois, où nous n’étions plus en mer." 

Une fois les migrants secourus, reste la question de leur prise en charge par les gouvernements européens. Et ce point-là est le plus critique de l’opération, estime la directrice de l’ONG. Voilà des mois que les gouvernements se renvoient la balle sur ce sujet épineux. "Notre travail est de secourir, pas de dire quelle répartition doit être faite par les pays. Par contre, nous avons l’obligation de confier ces personnes à des pays sûrs. Et la Libye n’est pas un lieu sûr", affirme Sophie Beau. En effet, les conditions d’enfermement des migrants dans des camps libyens sont régulièrement dénoncées par les ONG et le Haut-Commissariat de l’ONU.

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Pour autant, Sophie Beau se dit confiante en l’avenir et en la dernière annonce des Etats européens. Le 22 juillet dernier, à l’issue d’une énième réunion européenne, un accord a été trouvé entre 14 pays, 8 "de manière active", pour mettre en place un mécanisme de répartition des migrants sauvés en mer Méditerranée. En dernier recours, SOS Méditerranée sait que l’option maltaise peut être considérée. Cet Etat avait accueilli par deux fois des personnes repêchées après le refus de l’Italie d’ouvrir ses portes. Fin 2018, le navire humanitaire l’Aquarius avait perdu son pavillon gibraltarien puis panaméen sous la pression des autorités italiennes. La crise avait alors duré plusieurs semaines, aucun Etat bordant la mer Méditerranée ne voulant enregistrer le bateau affrété par l’ONG. Cela étant, SOS Méditerranée n'envisage pas d'aller toquer à nouveau à la porte de l’Italie. "Nous n’avons pas l’intention d’aller braver les eaux italiennes", prévient d’ores et déjà Sophie Beau. "Notre but n’est pas de provoquer qui que ce soit." 

Battant cette fois pavillon norvégien, l’Ocean Viking pourrait se trouver moins empêché dans son action. "C’est un pays de grande tradition maritime", estime la directrice de l’association de sauvetage. "Sur le plan politique, la Norvège défend les droits humains et respecte le droit international." L’Ocean Viking, pour l’instant au port de Marseille, devrait lever l’ancre rapidement, une fois les dernières démarches juridiques accomplies. "Ce n’est plus qu’une question d’heures ou de jours."

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