Surveillance aléatoire, cafouillage sur les sujets, triche... : des lycéens racontent les ratés du nouveau bac

Les epreuves de contrôle continu des E3C
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CONTRÔLE CONTINU - Organisées depuis deux jours, les épreuves de contrôle continu (E3C) du nouveau bac connaissent dans certains établissements, des difficultés d'organisation considérables. Sur les réseaux sociaux, élèves et parents dénoncent des ruptures d'égalité entre les établissements laxistes et d'autres plus stricts.

Quand passer ses examens est une épreuve en soi. Ce n'était que le deuxième jour d'épreuves du "nouveau bac" dans les lycées français, et pourtant, de nombreux dysfonctionnements ont déjà été rapportés par les élèves, inondant les réseaux sociaux de leur inquiétude, énervement et incompréhension face à l'organisation parfois hasardeuse des épreuves de contrôle continu "E3C". Perturbations dues aux grèves,  cafouillages sur les sujets et  conditions d'examen non respectées... les témoignages s'accumulent.  En voici quelques uns. 

Blocus, alarme incendie, musique à fond...

"S." ne veut pas donner son prénom, mais n'est pas avare en détail. Ces épreuves, "c'est un fiasco". Cet élève de première STMG dans un lycée proche de Rouen, en Seine Maritime, a été convoqué pour passer ses épreuves ce lundi et mardi. "Hier matin 9h, j’arrive devant le lycée, blocus, musique à fond, beaucoup de monde, police, on parvient quand même à rentrer mais les portes à l’intérieur du lycée étaient bloquées donc on ne pouvait pas accéder aux salles, les professeurs s’allongeaient par terre pour nous empêcher de passer et de composer", commence-t-il, très remonté.

"Je suis finalement parvenu à atteindre la classe avec un peu en retard et j'ai pu entrer, sauf qu'un autre élève est arrivé environ une minute après moi et n'a pas été accepté ! Il a été noté absent au bac, alors qu'il était bloqué à cause de la foule et de la pagaille", affirme le lycéen, qui n'était pas au bout de ses peines. Le déroulé de l'épreuve est "une catastrophe", la présence des manifestants induit un environnement très bruyant, qui empêche les élèves de se concentrer. "L’alarme incendie était déclenchée pendant qu’on nous passions l’épreuve, il y avait aussi de la musique très forte proche de nos salles. Du coup, tout le monde trichait et parlait, c’était infernal, la "surveillante" ne disait presque rien, elle venait d’un autre lycée et n'a été ni compréhensive ni efficace".

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"Comment voulez-vous qu'on ait notre bac après ça ?"

Molly est en première dans un lycée de Saint-Jean-d'Angély, en Charente-Maritime. Elle passait son épreuve de langue ce mardi. Avant même de pouvoir se préoccuper de son épreuve, elle a déjà du se débrouiller pour entrer dans le lycée. "Les professeurs ont bloqué l’accès du bâtiment pendant environ 1h", nous explique-t-elle. "Quand ils sont partis, ils nous ont dit que maintenant c’était à nous de prendre nos responsabilités : soit on n'y allait pas, donc on avait un 0 éliminatoire, soit on y allait. Sauf qu'en tant qu’élèves nous n’avions en aucun cas prévu de manifester, étant déjà stressés par l’épreuve qui n’était pas organisée du tout", ce blocus était la goutte d'eau.

Elle et ses camarades parviennent enfin à entrer dans l'établissement : "la prof qui devait nous surveiller nous a encore dit 'si vous voulez pas le faire on n'y va pas'". Finalement, l'épreuve aura lieu avec 1h30 de retard, "mais nous n’étions absolument pas dans de bonnes conditions", témoigne-t-elle à regret. Sur Twitter, elle lâche : "Comment voulez-vous qu'on ait notre bac après ça ?"

Lycée strict contre lycée laxiste

S., Molly, mais aussi Morina, Camille, Hugo, Valentino et Jeanne témoignent tous du grand laxisme dans lesquels ils ont passé leurs épreuves ces deux derniers jours. "Les conditions dans lesquelles l’examen s’est déroulé n’était pas du tout agréable. Les bureaux étaient collés, c'était facile pour mes camarades de me demander les réponses, de se les échanger entre eux etc. Des élèves ont utilisé leur téléphone pendant l’examen", explique Morina, en première STMG à Oullins, en périphérie Lyonnaise. Un désordre qui a rendu l'épreuve particulièrement insupportable pour la jeune fille, douée en anglais et donc sollicitée "toutes les deux secondes" par ses camarades durant l'épreuve, sans qu'ils soient recadrés par un surveillant. 

Complètement à l'opposé, Raphaël explique avoir passé ses épreuves très bien encadré, au Lycée Jean Jaures, à Saint Affrique, en Aveyron. "J'ai été surveillé par mes professeurs, dans des conditions types bac, aucune possibilité de tricher, seulement de parler rapidement avant le début des épreuves mais sans le sujet", assure le jeune homme. Mêmes propos de la part de K. : "Pour moi cela a eu lieu dans l'amphithéâtre du lycée, nous étions répartis de manière à être loin les uns les autres (un(e) par rangée), on a eu droit à un petit 'disclaimer' de la part de la proviseure adjointe concernant les conséquences de tricheries, on nous a ordonné de poser nos sacs avec trousses et de nous munir seulement du matériel nécessaire à l'examen", décrit le lycéen en première à Duhamel du Monceau, à Pithiviers. "Les profs contrôlaient bien les convocs avec la pièce d'identité et nous faisaient émarger", ajoute-t-il. Lorsque l'épreuve a pris fin, "les profs étaient bien intransigeants sur le fait que c'était terminé et qu'il fallait poser les stylos. On a rendu nos travaux en échange de nos convocations initialement ramassées." Un examen réalisé dans le plus grand sérieux donc, bien qu'en cherchant la petite bête, il estime que "nos manteaux pouvaient être à côté de nous donc nous pouvions toujours sortir discrètement une petite anti-sèche de ce dernier".

Je ne parle même pas de toute les possibilités de tricher qui se sont présentées à moi- Valentino, élève de première au lycée Saint-Paul, à Vannes

"Même si niveau placement on était un par table et sans trousses, nous étions une centaine d'élèves dans une grande salle sous la surveillance de 6 personnes... Je ne parle même pas de toute les possibilités de tricher qui se sont présentées à moi" témoigne Valentino, élève dans un lycée de Vannes, en Bretagne. Le lycéen précise tout de même "avoir résisté à la tentation". "Les surveillants étaient tout devant, on entendait des chuchotements, on aurait facilement pu s’échanger des brouillons - qui étaient quasi tous de la même couleur - et on a eu accès à nos brouillons avant l’épreuve, donc on aurait pu écrire dates et définitions dessus sans problèmes !"

Jeanne, également en STMG  dans un lycée de l'Isle-Adam, dans le Val-d'Oise, nous assure elle aussi avoir passé son examen en salle de cours "avec un seul prof pour nous surveiller", contrairement aux épreuves de bac blanc de français se déroulant un peu plus tard dans la journée, où chaque classe avaient deux surveillants. Un problème d'organisation qui empêche notamment les élèves d'aller aux toilettes durant l'épreuve. "Pour les E3C, on aurait dit un contrôle normal, j'ai aucun doute sur le fait que c'était possible de tricher !", estime la jeune fille. Elle s'estime pourtant chanceuse, "dans mon lycée, d'autres classes ont eu les mauvais sujets et ont du tout changer 30 minutes avant la fin de l'épreuve !".

Cafouillage des sujets et aides aux élèves : "l'injustice"

Après avoir bravé les blocus et enduré les bavardages des camarades, certains élèves ont en effet réalisé après coup à quel point les sujets "avait été mal choisis" voire "étaient impossibles à faire". Dans ce lycée du Val d'Oise, le cafouillage des sujets dont parle Jeanne a bel et bien eu lieu... Et est assez éloquent. "Le proviseur a pioché dans les sujets d'anglais de la banque nationale, sauf qu'il a mélangé les deux parties. Il a pris la vidéo d'un premier sujet, et le questionnaire d'un second. Résultat : les élèves se sont retrouvés avec une vidéo sur les femmes mathématiciennes noir de la NASA et des questions sur le 11 septembre !" se désespère Sophie Villemer, maman d'un élève de première victime de "l'incompétence des organisateurs de l'examen". Alors que certains surveillants se sont rendus compte de l'erreur et ont distribué un autre questionnaire aux lycéens, dans d'autres classes, "ils leur ont dit de continuer comme ça, que ce n'était pas grave !"

Au delà de cette erreur de composition du sujet d'examen, qui ne concerne à notre connaissance qu'un lycée pour l'instant, les élèves dénoncent "l'injustice" des "fuites" plus ou moins volontaires des établissements pour aider leurs élèves. "J’ai lu un article sur le fait qu’un proviseur a donne le chapitre PRÉCIS à réviser pour l’examen, ce qui veut dire qu’ils ont moins à apprendre et donc peut être plus de chance de réussir, ce qui veut également dire qu’il auront des meilleurs résultats et seront plus avantagés par la suite, dont pour parcours sup je suppose", témoigne Camille, en 1ère dans un lycée de Gien, dans le Loiret. "Le problème n’est pas qu’on ait le même sujet ou pas, mais que les résultats seront meilleurs ailleurs", estime la jeune fille, qui a interpellé le compte de l'Education Nationale sur Twitter. 

"Certains professeurs donnent les réponses..."

"Dans notre lycée, la semaine dernière, il y a un prof qui a fait faire à sa classe un des sujets de la banque nationale, qui aurait pu être tiré au sort pour l’épreuve", dénonce encore Camille. "Heureusement c’est pas lui qui est tombé hier" précise-t-elle. Un "petit coup de pouce d'un enseignant à ses élèves" observé dans plusieurs lycées. Comme en témoigne J., lui même professeur dans un grand lycée de Toulouse : "Chez nous ce sont les professeurs qui surveillent, et certains donnent les réponses lorsque les élèves sont en examen, à l'aide d'indices..."  

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