Syrie : l'épineuse question du retour en France des enfants de djihadistes

Syrie : l'épineuse question du retour en France des enfants de djihadistes
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TERRORISME – Des françaises et leurs enfants, actuellement détenus en Turquie devraient être rapatriés prochainement en France. "Nous sommes en capacité de les prendre en charge", a estimé ce vendredi sur LCI la ministre de la Justice Nicole Belloubet, alors que le sujet a régulièrement suscité la polémique ces derniers mois.

Un rapatriement "au cas par cas" pour les enfants de djihadistes. Depuis plusieurs mois, la doctrine de l'Etat français demeure inflexible en la matière. C'était sans compter l'offensive de la Turquie dans le nord de la Syrie, qui a accéléré les expulsions des membres étrangers de Daech vers leur pays d'origine. A Paris, on s'attend à l'arrivée imminente de quatre françaises et leurs sept enfants. Débutera alors pour eux une judiciarisation aux contours bien délimités.

C'est en tout cas le message que Nicole Belloubet a fait passer ce vendredi. Invitée sur LCI, la ministre de la Justice a voulu se montrer rassurante : "Nous sommes en capacité de les prendre en charge, immédiatement et dans la plus grande sécurité qui soit pour nos concitoyens." Si elle n'a pas souhaité confirmer l'arrivée prochaines de ces ressortissants ni leur nombre, la garde des Sceaux a estimé que chaque cas est différent. "Sont-ils judiciarisés ? Tout dépend de leur âge et s'ils sont nés là-bas. La situation n'est pas la même si ces enfants ont 2 ans ou 16 ans. Mais il y a à chaque fois une phase de séparation au moment où ils arrivent en France. Ils sont pris en charge par un Juge des enfants, qui les placent auprès d'une famille d'accueil ou plus vraisemblablement dans un foyer." 

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"Nous avons besoin d'un sas pour mesurer l'état physique et psychologique de ces enfants"

Le placement auprès des grands parents n'est pas envisageable dans l'immédiat, a précisé Nicole Belloubet : "Nous avons besoin d'un sas pour mesurer l'état physique et psychologique de ces enfants. Concernant les fratries, nous faisons attention à ce que, suivant leur âge, il n'y ait pas de séparation. Ils sont ensuite suivis tout au long de leur adolescence."

En début de semaine, le Quai d'Orsay a rappelé que des djihadistes et leurs familles sont régulièrement renvoyés en France depuis la Turquie et arrêtés à leur descente d'avion. "La plupart du temps secrètement, l'information ne sort pas ou beaucoup plus tard", avait fait savoir le ministère. Que ce soit au ministère de la Justice, à l'Intérieur ou aux Affaires étrangères, chacun met en avant la qualité du dispositif français. Celui-ci repose en grande partie sur le "protocole" Cazeneuve, mis sur pied en 2014 par l'ancien ministre de l'Intérieur. Son principe ? Garantir que les djihadistes rentrant de Syrie via la Turquie soient immédiatement interceptés à leur retour. Les adultes se voient ensuite placés en garde à vue à la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) puis font l'objet de poursuites judiciaires. Les enfants, eux, sont placés à l'aide sociale à l'enfance.

Mais pour de nombreuses familles de djihadistes, ce protocole devrait être déclenché plus souvent. Une plainte a ainsi été déposée en octobre contre Jean-Yves Le Drian et Nicole Belloubet par la famille d'une Française détenue dans le camp d'Al Hol, au nord-est de la Syrie. Ils accusent les ministres des Affaires Etrangères et de la Justice d'"omission de porter secours" et d'"atteinte à la liberté individuelle". Un point de vue que partage la Commission nationale consultative des droits de l'homme (CNCDH). Cette dernière a tiré la sonnette d'alarme fin septembre, précisant qu'il y a en Syrie trois cents enfants français, majoritairement âgés de moins de cinq ans. Certains sont orphelins ou isolés, d'autres accompagnés d'un parent", écrit la commission, appelant à les rapatrier "dans les plus brefs délais", ainsi que "le parent présent à leur côté".

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