Enseignant tué : ce que disait son cours sur la liberté d'expression

Enseignant tué : ce que disait son cours sur la liberté d'expression

EXCLUSIF - Le destin de Samuel Paty a basculé dès lors qu'un parent d'élève s'est plaint du fait qu'à l'occasion d'un cours sur la liberté d'expression, il a montré des caricatures de Mahomet à une classe de quatrième. Nous avons pu consulter les notes d'un élève ayant assisté à ce cours.

Une simple leçon à l'origine d'un effroyable crime. Samuel Paty, professeur d'histoire-géographie décapité vendredi à Conflans-Sainte-Honorine, avait donné le 5 octobre un cours d'EMC (Éducation morale et civique) sur la liberté d'expression à ses élèves de 4e du collège du Bois-d'Aulne. Dans ce cadre, les invitant à faire montre de réflexion et d'esprit critique, il avait voulu montrer des caricatures de Mahomet publiées dans Charlie Hebdo à la classe, tout en prenant le soin de prévenir ses élèves que ces dessins pourraient choquer et qu'ainsi, si certains le souhaitaient, ils pouvaient quitter la salle. 

Trois jours après ce cours, le 8 octobre, le père indigné d'une élève de l'établissement décidait de déposer plainte contre Samuel Paty. Mais que racontait réellement ce cours ? 

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Situation de "dilemme" : "Être où ne pas être Charlie"

Dans des captures d'écran transmises à LCI par une collégienne ayant assisté au cours et dont nous protégeons l'anonymat, on peut lire un chapitre évoquant "la liberté de la presse", qui fait notamment référence à la censure et à Voltaire ("Voltaire a beaucoup été victime de censure due à ses œuvres", écrit la collégienne), ainsi qu'une évocation de la loi de 1881 qui "définit la liberté de la presse (par la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen)"

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Par la suite, un rappel historique est fait sur ce qui a pu se passer en France ces dernières années. "En 2015, des islamistes ont attaqué le journal Charlie Hebdo parce qu'ils ne respectaient pas l'islam. Cet événement prouve que la liberté de la presse est toujours à défendre", peut-on lire, avant l'ouverture d'un chapitre intitulé "Situation dilemme : être ou ne pas être Charlie". 

Une partie de cet exercice - "dilemme" - une méthode pédagogique régulièrement utilisée par les enseignants, dans laquelle est rappelé ce que signifie "être Charlie" - soit, comme mentionné dans le cours, "le blasphème n'est pas interdit par la loi" - et "ne pas être Charlie" - soit, "Charlie Hebdo provoque les islamistes et risque de provoquer des attentats"

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Enseignement : la liberté d'expression est-elle en danger ?

Également au programme du professeur, tué pour avoir fait son devoir, un chapitre intitulé "Une définition de la liberté" où les étudiants sont amenés à compléter une phrase - "La liberté est un droit qui consiste à faire ce que l'on veut..." - puis à donner un exemple, une citation, des synonymes et des antonymes à cette liberté. 

Ensuite, un autre chapitre intitulé "Tâche complexe : s'engager pour défendre la liberté par un dessin", citant La statue de la liberté de Gustave Eiffel et Auguste Bartholdi, La liberté guidant le peuple d'Eugène Delacroix, et une photographie de Stéphane Mahé, l'auteur du "crayon guidant le peuple", un cliché réalisé lors de la marche républicaine du 11 janvier 2015, consécutive au massacre perpétré contre la rédaction de Charlie Hebdo.

Un cours d'EMC obligatoire ayant fait son entrée en 2015

À la consultation de ces notes, la leçon s'inscrivait donc pleinement dans l'EMC, nouvelle matière créée par la loi du 8 juillet 2013 d’orientation et de programmation pour la refondation de l’École de la République. Un cours qui a fait son entrée dans les programmes de tous les niveaux d'enseignement, du primaire au secondaire après la rentrée 2015 dont la mission consiste à "transmettre un socle de valeurs communes : la dignité, la liberté, l’égalité, la solidarité, la laïcité, l’esprit de justice, le respect de la personne, l’égalité entre les femmes et les hommes, la tolérance et l’absence de toute forme de discrimination", selon l'Éducation nationale. 

Un cours qui, précise le ministère, "doit développer le sens moral et l’esprit critique et permettre à l’élève d’apprendre à adopter un comportement réfléchi, tout en préparant à l’exercice de la citoyenneté et sensibilise à la responsabilité individuelle et collective".

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