Theodore Roosevelt "déboulonné" à New-York : que lui est-il reproché ?

La statue controversée de Theodore Roosevelt à l'entrée du museum d'histoire naturelle à New-York. Photo prise le 22/06/2020
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DECRYPTAGE - La municipalité de la "Big Apple" a annoncé lundi 22 juin le retrait prochain de la massive statue de Theodore Roosevelt située à l'entrée du muséum d'histoire naturelle. Retour sur la vie de ce célèbre président américain et les raisons d'un tel désaveu.

Ce monument "a longtemps été l'objet d'une controverse en raison de sa composition hiérarchique [...]. Beaucoup d'entre nous trouvent que la représentation des personnages [...] et leur positionnement est raciste". C'est ainsi que le museum d'histoire naturelle new-yorkais a expliqué dans un communiqué sa volonté de retirer la représentation du 26e président des Etats-Unis qui trône à l'entrée du bâtiment. 

La massive statue en bronze dépeint Théodore Roosevelt assis sur un cheval ; il surplombe un homme noir et un Amérindien qui marchent à pied à ses côtés. Le maire de la "ville qui ne dort jamais", Bill de Blasio, a accepté la demande du musée. Il s'est par ailleurs justifié en alléguant que la sculpture "représente explicitement les Noirs et Amérindiens comme assujettis et racialement inférieurs". 

Selon la BBC, le musée a pris cette décision au regard de la composition controversée de la statue sans pour autant remettre en cause Thedore Roosevelt en lui-même. Si cette prise de position "ridicule" à l'encontre d'une figure emblématique de l'histoire américaine a été sévèrement critiquée par Donald Trump, elle a en revanche été adoubée par l'un de ses descendants, Theodore Roosevelt IV : "La composition de la statue équestre ne représente pas l'héritage de Theodore Roosevelt. Il est temps d'enlever cette statue et d'aller de l'avant". 

Un héritage qui fait débat...

C'est qu'en matière d'héritage, Théodore Roosevelt (1858-1919) figure au panthéon des présidents américains. Acteur de la guerre contre l'Espagne à Cuba, il participe au conflit à la tête de ses "Rough Riders" et à la victoire écrasante pour confirmer de l'île (et son placement sous surveillance américaine). Son nouveau statut lui vaut d'être élu gouverneur de l'état de New-York en 1898 puis vice-président des Etats-Unis en 1900. Après l'assassinat de William McKinley, il devient en 1901 le plus jeune président de l'histoire américaine. Son passage à la Maison Blanche restera indélébile dans la mémoire américaine. Il fera voter, dès 1902, la construction du canal de Panama et le National Reclamation Act, un texte qui permet mettre en valeur l'ensemble du territoire avec notamment des plans d'irrigation à grande échelle et le développement des parcs nationaux. Il positionne aussi l'Etat en tant que grand régulateur face aux lobby des grandes compagnies. 

Indélébile aussi pour les doctrines qu'il a défendues. Il théorise le "big stick" qui veut que la négociation diplomatique soit appuyée par une force militaire. Il oeuvre par ailleurs largement au renforcement de la fonction présidentielle aux Etats-Unis. Son héritage lui vaut l'obtention (très discutée) d'un prix Nobel de la paix en 1906 et de figurer sur le monument du Mont Rushmore aux côtés de George Washington, Thomas Jefferson et Abraham Lincoln. 

... et qui est dénoncé

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Indélébile enfin, et controversé surtout, pour ses positions idéologiques extrêmes ; ses opinions profondément racistes et colonialistes. Bien ancrée dans une époque où le pouvoir doit rester entre les mains des Blancs, Theodore Roosevelt voit l'Amérique comme une terre pour des "peuples supérieurs descendants directs des Européens et non pas un pays pour les Asiatiques, les Noirs, les Latinos ou les Indiens" selon l'historien Gary Gerstle. Son racisme était particulièrement marqués vis-à-vis des personnes noires et des indiens. Ces derniers n'étaient par exemple pour lui que des sauvages dont il fallait que l'Amérique se débarrasse. 

Ce leg est dénoncé depuis des années par de nombreuses associations de défense des droits et de lutte contre le racisme aux Etats-Unis. L'une d'entre elle, "Decolonize this place", rappelle ainsi que la création des grands parcs nationaux s'était faite au détriment des peuples autochtones amérindiens. Peuple à propos desquels il avait eu cette phrase, restée tristement célèbre : "Je n'irai pas jusqu'à dire que les bons Indiens sont des Indiens morts, mais je pense que c'est le cas pour 9 sur 10".

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