"Toutes les opinions sont-elles bonnes à dire ?" Revivez l'émission La Grande Confrontation sur LCI

La Grande Confrontation ; "toutes les opinions sont-elles bonnes à dire ?"
Population

DÉBAT - Des avocats, intellectuels, artistes et responsables politiques ont débattu mercredi sur LCI de l'état de la liberté d'expression en France et des opinions qui peuvent être ou non exprimées sans porter atteinte à l'intégrité des personnes visées. De vifs échanges ont émaillé ce rendez-vous, témoignant d'approches radicalement différentes sur ce sujet.

Un humoriste pourrait-il aujourd'hui rejouer le célèbre sketch de Pierre Desproges, incarnant un antisémite, sur les juifs ? Les propos de Coluche sur les arabes, destinés précisément à moquer le racisme, pourraient-ils être diffusés ? Les sketches de Jean-Marie Bigard sur les femmes constituent-ils une "atteinte à la dignité des femmes", comme l'estime la militante Caroline de Haas ? "La Cage aux Folles", célèbre pièce de théâtre jouée par Michel Serrault et Ugo Tognazzi, apparaît-elle aujourd'hui comme une insulte faite aux homosexuels ? Peut-on aujourd'hui critiquer la jeune militante Greta Thunberg ? Peut-on débattre du voile sans blesser les femmes qui le portent ? Une douzaine d'invités ont débattu mercredi, dans La Grande confrontation, sur LCI, de l'état de la liberté d'expression, aujourd'hui en France, autour de cette question : "Toutes les opinions sont-elles bonnes à dire ?"

Une émission émaillée de vifs échanges où ont ferraillé les avocats Georges Kiejman, Emmanuel Pierrat, Francis Szpiner, le philosophe Alain Finkielkraut, les essayistes Lydia Guirous et Laurent Alexandre, la militante féministe Caroline de Haas, le dessinateur Philippe Geluck,  les journalistes Philippe Val et Frédéric Taddeï, l'universitaire Maboula Soumahoro, le sociologue Philippe Braud, le producteur Jean-Marc Dumontet et la députée LFI Mathilde Panot. Une dizaine d'invités, et des positions parfois radicalement opposées sur la conception de la liberté d'expression, quand bien même l'ensemble des participants en étaient des ardents défenseurs. 

La liberté contre la dignité ?

Faut-il considérer que l'époque actuelle tend à limiter la liberté d'expression ? Oui, selon Alain Finkielkraut. Pour ce dernier, si "toutes les opinions ne sont pas bonnes à dire", "on voit se développer un fanatisme égalitaire qui risque de tuer la liberté". 

L'avocat Georges Kiejman, ancien ministre de François Mitterrand, s'est inquiété quant à lui des effets des mises en cause publiques comme le mouvement #Metoo, "des procès unilatéraux et médiatiques qui se substituent" à la justice. 

Pour Lydia Guirous, qui évoque sa critique de l'islam, "il y a une tyrannie des minorités aujourd'hui en France", qui peut conduire "à un harcèlement permanent". 

"Nous jouissons encore d'une grande liberté d'expression", a en revanche estimé Emmanuel Pierrat, qui pointait toutefois "un principe largement menacé, réprimé", faisant l'objet "d'appels à la haine". 

Pour la députée Mathilde Panot, "ceux qui disent qu'il y a un problème de liberté d'expression sont ceux qui ont un problème avec la qualification du racisme, du sexisme. Refuser certains propos, cela fait aussi avancer le débat", a-t-elle argumenté. Dans le même sens, Caroline de Haas a estimé que "dans la société, aujourd'hui, le niveau de tolérance vis-à-vis du sexisme, du racisme est en train de monter [au sens où l'on tolère de moins en moins le sexisme et le racisme, NDLR], et c'est une bonne nouvelle". 

Une analyse partagée par Philippe Braud : "Ce qui caractérise l’évolution contemporaine, c’est qu’on ne se place plus uniquement du côté de l’émetteur de parole, mais on prend enfin en considération les souffrances, les violences symboliques, que les paroles, discours, caricatures peuvent infliger", juge-t-il. "Les mots peuvent faire très mal." Illustration avec le "blackface", ou "grimage en noir", qui est une forme du racisme, puisque "les personnes deviennent des choses", selon la chercheuse Maboula Soumahoro.

"On est tous très attachés à la liberté mais on a de plus en plus de mal avec la liberté des autres", a résumé le journaliste Frédéric Taddeï. Pour quelle raison ? "Parce qu'aujourd'hui, tout le monde a le droit de s'exprimer. Nous sommes de plus en plus susceptibles."

Invité à conclure l'émission, le philosophe Roger-Pol Droit a estimé qu'il y a "plusieurs manières de débattre". "Soit on débat tous ensemble, il y a une recherche commune et on aura avancé. Puis il y a une autre manière, qui consiste à faire passer l'agressivité pour faire avancer ses idées." Il y a, selon le philosophe, "une forme d'hyper-irritabilité aujourd'hui", qui empêche de "prendre de la distance vis-à-vis de soi-même". "La tolérance, a-t-il conclu, consiste à poursuivre le dialogue avec celui avec qui l'on est en désaccord."

Sur le même sujet

Et aussi

Lire et commenter