Trafic d'or, armée française "complice" et autres accusations : on en sait plus sur la vidéo qui attise les rumeurs

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À LA LOUPE – Partagée à de multiples reprises depuis cet été sur les réseaux sociaux, une vidéo montre des hommes s'agiter autour d'un stock de lingots d'or. Les accusations de détournement et de trafic sont-elles fondées ?

Une étrange vidéo s'est propagée sur les réseaux sociaux en ce début septembre. La scène filmée nous montre un groupe d'hommes qui ouvre des caisses en bois et en extrait des lingots d'or, dans des quantités impressionnantes. Le commentaire qui l'accompagne indique que "la douane du Mali vient, en présence d'observateurs internationaux et de journalistes, de démanteler un trafic d'or effectué par des militaires français qui disaient qu'ils transportaient des armes". Comble de l'histoire, ces militaires auraient déclaré "qu'ils le faisaient sur ordre de l’Élysée".

Supprimée, la vidéo a été repartagée depuis avec le même message : 

Difficile à authentifier au premier regard, ce document a attiré l'attention des services de fact-checking des médias français. LCI a cherché son origine et tenté d'y voir plus clair sur les motivations des protagonistes. En effet, la vidéo a été partagée dès la mi-août par de multiples internautes, avec le plus souvent des explications très différentes. La liste n'est pas exhaustive : trafic d'or intercepté dans un aéroport ghanéen, détournement d'or par le pouvoir congolais, ou encore une saisie d'or par une supposée police maritime européenne.  

Qui dit vrai ?

Pour faire simple… personne. Grâce aux indices disséminés dans la vidéo, en particulier le journal tenu par l'un des hommes filmés, nous sommes parvenus à identifier la localisation probable de la scène : le Ghana. Dès lors, les messages qui incriminaient des militaires français au Mali semblaient plus que suspect. La cellule communication de l'état-major des armées confirme ce pressentiment et tranche après vérifications : "Il s'agit d'une fausse information". 

En attente de réponses aux nombreux mails envoyés, l'équipe d'À la loupe a découvert l'enquête de France 24. Les "observateurs" de la chaîne confirment que la scène s'est déroulée au Ghana, et sont parvenus à identifier l'un des protagonistes, René Verrecchia, avocat italien. 

Il fournit des éléments pour mieux comprendre cette vidéo : "Cette vidéo a été tournée il y a un peu plus de deux mois à Accra, alors que nous avions été mandatés moi et mon ami, également d’origine italienne, pour représenter de potentiels acquéreurs qui souhaitaient se positionner sur l’achat de métaux, comme de l’or. C’est un détournement grotesque d’une scène banale de contrôle dans le cadre d’achats de métaux."

"Nous étions en train de procéder à une opération de contrôle pour vérifier la marchandise, les documents transmis… nous nous laissons filmer par un des intermédiaires qui souhaite envoyer à son client une preuve que sa marchandise est bien arrivée à destination et qu’elle est en cours de contrôle."

C’est un détournement grotesque d’une scène banale de contrôle dans le cadre d’achats de métaux.- René Verrecchia, avocat italien

Qu'est devenu l'or ? "À ma connaissance, l’opération n’a pas abouti", explique-t-il. "À l’issue de ce contrôle, j’avais conseillé à mon client de ne pas se positionner, car les documents transmis sur la provenance de ces métaux et les différentes phases de la transaction proposée me semblaient douteux."

Des zones d'ombre persistent

Si les investigations menées par les médias permettent aujourd'hui de balayer les rumeurs de détournements liés à l'armée française, plusieurs éléments demeurent mystérieux. La provenance des lingots, tout d'abord, dont les quantités et l'absence de poinçon, remarquée par France 24, laisse perplexe. 

Autre aspect non élucidé : la destination finale de ces métaux rares, un point sur lequel l'intermédiaire italien a tenu à rester discret. Les services douaniers ghanéens n'ont pas été en mesure d'apporter de plus amples informations : ils n'avaient en effet pas eu vent du transit d'une telle livraison jusqu'à ce que des journalistes les contactent.

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