Trois fois plus d'appels pendant le confinement : "De nombreuses femmes ont enfin verbalisé" les violences conjugales

Trois fois plus d'appels pendant le confinement : "De nombreuses femmes ont enfin verbalisé" les violences conjugales
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ENTRETIEN – En deux mois de confinement, le 3919, qui reçoit la parle de femmes battues, a reçu 45.000 appels pour des faits de violences, un nombre bien plus important qu’en temps normal. Françoise Brié, directrice de la Fédération nationale solidarité femmes, qui gère la plateforme, nous explique pourquoi.

C’est un premier bilan chiffré des violences faites aux femmes durant la période du confinement. Dans son rapport publié mercredi 29 juillet, la Mission interministérielle pour la protection des femmes contre les violences et la lutte contre la traite des êtres humains (MIPROF) constate une nette augmentation des appels passés au 3919, le numéro d’écoute à destination des victimes de violences au sein d’un foyer, en majorité des femmes : au total, du 16 mars au 10 mai, la plateforme a pu répondre à 44.235 appels, et déclencher une prise en charge pour 15.610 d'entre eux.

Les appels pour des faits de violences conjugales ont ainsi triplé par rapport à 2019 sur la même période (9% des appels en 2019, 19% avant le confinement et 25% pendant le confinement). Françoise Brié dirige la Fédération nationale solidarité femmes (FNSF), l'association en charge de la ligne d’écoute, nous parle des effets du confinement sur la parole et l’écoute de ces femmes.

LCI : Près de 45.000 appels ont été passés au 3919 entre le 16 mars et le 10 mai, c’est trois fois plus concernant les violences conjugales que l’an dernier à la même période. Comment expliquez-vous cela ?

Françoise Brié : C’est vrai, en l’espace de deux mois, nous avons eu près de la moitié des appels de l’an dernier (96.000 appels en 2019). Le confinement a généré des violences conjugales importantes et le fait pour une femme d’être enfermée avec son agresseur empêche d’entamer des démarches, d’aller porter plainte. Car cela prend du temps d’aller déposer plainte dans un commissariat et il se trouve que les femmes étaient encore plus surveillées que d’habitude. Pendant le confinement, les agresseurs avaient tout le loisir de les empêcher de sortir. Le numéro d’écoute a donc été un lieu, une occasion pour elles de parler, de s’exprimer librement, parfois de tenir le coup. 

LCI : Le rapport remis à Elisabeth Moreno, ministre chargée de l’égalité hommes-femmes, parle de "libération de la parole confinée". Dans quelle mesure le confinement a-t-il eu un effet dans la révélation des violences conjugales ? 

Françoise Brié : De nombreuses femmes ont mis des mots sur ce qu’elles vivaient avant le confinement, sur les violences qu’elles subissaient. Elles ont enfin verbalisé tout ça. Peut-être que c’est une chose qu’elles n’auraient jamais fait ou qu’elles auraient repoussé si elles avaient eu une activité extérieure. L’impossibilité d’avoir une activité professionnelle, de sortir, de voir des gens, a aggravé la situation pour ces femmes victimes de violences et beaucoup d’entre elles ont décidé d’entamer des démarches. Les associations locales nous le disent : elles reçoivent aujourd’hui de nombreuses femmes qui souhaitent un soutien. Nous ne pouvons pas encore le quantifier mais l’ensemble des associations rapportent énormément d’activité.

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"Ce confinement est une aggravation du traumatisme"

LCI : Depuis le déconfinement, les appels continuent-ils d’être plus nombreux qu’en temps normal ?

Françoise Brié : Il y a encore beaucoup d’appels mais ce n’est plus comparable au niveau d’avril (29.400 appels entrants sur le mois, ndlr). Au mois de juillet, nous sommes revenues à la situation de janvier-février (à environ 9.000 appels entrants, ndlr).  Au mois de juin déjà, il y avait deux fois moins d’appels qu’en avril. Les femmes appellent moins car elles ont la possibilité de sortir, d’être écoutées ailleurs parfois. Certaines ont peut-être entamé les démarches pour alerter, porter plainte.

De notre côté, nous poursuivons l’effort. Les salariées venues en renfort sont retournées dans les associations locales mais nous avons continué à remplacer, à renforcer l’équipe au 3919 en tenant compte des mesures de protection contre le Covid.  Aujourd’hui, environ 29 personnes sont mobilisées pour répondre aux appels. Les femmes qui sont restées avec leur agresseur pendant des semaines sans pouvoir sortir de leur domicile ont certainement des vécus très difficiles et la reconstruction est d’autant plus complexe. Ce confinement est une aggravation du traumatisme, que ce soit pour les femmes et pour les enfants.

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