Une association parisienne en guerre "contre l'anarchie urbaine" causée par les trottinettes électriques

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RÉGLEMENTATION - Ce lundi 12 août, les fondateurs de l'Apacauvi (Association philanthropique action contre l’anarchie urbaine vecteur d’incivilité) doivent être reçus au ministère des Transports. Alors que les accidents impliquant des trottinettes électriques en libre-service sont devenus courants, l'association demande aux élus une législation plus contraignante.

Son épouse s'est fait percuter par une trottinette électrique alors qu'elle traversait un passage clouté et qu'elle tenait dans ses bras leur bébé âgé de sept semaines. Heureusement, l'enfant n'a rien. Elle, en revanche, en garde des séquelles. Cet accident a poussé Arnaud Kielbasa à cofonder, en juin dernier, l'association Apacauvi (Association philanthropique action contre l’anarchie urbaine vecteur d’incivilité) avec Jean-René Albertin - dont la femme, pianiste à l'Opéra de Paris, a également été victime d'un accident impliquant une trottinette électrique. "Quand on a vu l’ampleur du phénomène et l’ampleur des accidentés, on a décidé de créer l’association", explique à LCI Arnaud Kielbasa. 


Le combat que l'association mène consiste à faire prendre conscience aux élus de la nécessité d'une législation plus contraignante quant à l'utilisation des trottinettes électriques et à apporter du soutien aux victimes. "On a été reçus par plusieurs politiques et on s’est aperçu qu’il y avait une méconnaissance du sujet", continue-t-il. Preuve que les pouvoirs publics ne prennent pas le phénomène à la légère : les deux fondateurs doivent être reçus lundi au ministère des Transports, où ils comptent faire valoir leurs propositions afin de mieux réguler ce marché.

Les dispositifs de régulation jugés peu efficaces

En juin dernier, la Ville de Paris a décidé d'agir en annonçant la mise en place de mesures visant notamment à interdire la circulation et le stationnement des trottinettes électriques sur les trottoirs. Une régulation jugée insuffisante pour l'Apacauvi : "A Paris, on nous dit qu’il y a une interdiction de stationner et de circuler sur les trottoirs, mais il n'y a personne pour l’appliquer et c’est normal. Il y a 37.000 trottinettes, comment voulez-vous qu’un policier aille courir derrière une trottinette à 25 km/h sur le trottoir ? La réalité des choses c’est qu'aujourd’hui, rien n’a changé", fustige Arnaud Kielbasa. 


Même constat pour la nouvelle législation portée par Elisabeth Borne, qui sera mise en place dès septembre 2019. Celle-ci obligera par exemple les conducteurs de trottinettes à rouler sur les pistes cyclables s'il y en a, à ne pas rouler au-delà de 25 km/h et pour les moins de 12 ans, à porter un casque. Des règles qui se calquent globalement sur celles du vélo. Une erreur pour l'association. "Ce n'est pas du tout le même comportement [...] La législation ne s'attaque pas au vrai problème, on ne se donne pas les moyens d'être vraiment efficace."

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L'Allemagne comme exemple

Les trottinettes électriques en libre-service ont été massivement déployées dans les grandes villes françaises dès 2018 et pour l'association, l'inaction des pouvoirs publics est la cause d'une "certaine anarchie". "Le phénomène parisien est tellement unique et singulier... On est le seul pays où l'on a complètement laissé faire", dénonce le président de l'association. En effet, de l'autre côté de la Manche, la législation est stricte : interdiction de conduire une trottinette en libre-service ou personnelle. Quant à l'Allemagne, le pays a réglementé leur utilisation avant même leur introduction sur le marché. "Ils ont fait une étude d’impact (ce qu’il n'y a pas eu en France) et à la suite de cela, ils ont légiféré. Donc ils ont autorisé les trottinettes, mais dans un cadre très précis et très contraignant, notamment sur la partie assurance", continue-t-il. En effet, pour pouvoir rouler en trottinette électrique, les Allemands doivent souscrire à une assurance de responsabilité civile. 


Un exemple sur lequel souhaite se calquer l'association, qui compte notamment proposer lundi au ministère des transports l'immatriculation des engins électriques. "On ne sait pas si la trottinette électrique doit être considérée comme un piéton ou comme un véhicule à moteur. Déterminer que c'est un véhicule et donc de les immatriculer, ça permet à la police de verbaliser". 

On est le seul pays où l'on a complètement laissé faireArnaud Kielbasa

De plus, l'association dénonce un manque de contrôle de la part des applications de location (Lime, Bolt...). En effet, la difficulté d'identifier des personnes en infraction est accrue par la possibilité de créer de faux profils. Pour cela, elle réclame l'obligation de transmettre une pièce d'identité : "Lime dit qu’il faut avoir 18 ans pour utiliser les trottinettes, mais ce n’est absolument pas contrôlé, il n’y a pas de rigueur [...] Il est courant de voir des mineurs sur les trottinettes. La pièce d’identité va permettre de contrôler cela". Enfin, elle demande également à ce que les bases de données des utilisateurs soient partagées avec les pouvoirs publics : "Prenons exemple sur les sociétés qui verbalisent les voitures dans les rues. Elles interrogent une base de données qui est partagée et les opérateurs de verbalisation la mettent en application", ajoute le fondateur.


Les accidents causés par les trottinettes sont en majeure partie liée à de actes d'incivilité. Alors, est-ce vraiment un problème de législation ou d'éducation ? "Les pouvoirs publics ont été capables de mettre en place des formations pour les vélomoteurs à l'attention des enfants. C’est avec les jeunes générations que l’on change les comportements. Dans notre société assez belliqueuse, il faut légiférer. Une réglementation est obligatoire", conclue-t-il.

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