Trottinettes : pourquoi les députés ont-ils rejeté le port du casque obligatoire ?

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SECURITÉ - L'accident mortel d'un utilisateur de trottinette électrique survenu lundi soir à Paris (18e), le premier du genre dans la capitale, vient éclairer dramatiquement les débats actuels sur les dangers liés à l'usage de ce moyen de locomotion. Dans le cadre du projet de loi sur les mobilités, des députés de la majorité avaient pourtant défendu l'obligation de porter un casque, mais cette mesure a été exclue.

Des véhicules circulant à 25 km/h, voire davantage, mais toujours pas de casque de protection. Le décès d'un jeune de 25 ans, lundi soir dans le 18e arrondissement de Paris, dans une collision avec une camionnette, vient d'illustrer tragiquement les débats actuels sur la trottinette électrique en plein essor dans les grandes villes françaises. Si les circonstances exactes du drame n'étaient pas établies mardi, on sait que l'utilisateur de la trottinette ne portait pas de casque de sécurité. 

Les premiers bilans donnent l'alerte. En 2018, la Sécurité routière avait relevé une hausse de 23% du nombre d'accidents à trottinette en France, avec 284 blessés. En mai dernier, à Lyon, le service d'urgences du centre hospitalier Saint-Joseph-Saint-Luc évoquait une hausse de 115% des cas d'accidents à trottinette depuis le début de l'année. Selon une récente étude menée en Californie, 40% des blessures concernent la tête. 

En l'état actuel, rien n'oblige les usagers de trottinettes électriques à porter un casque. Et ce n'est pas pour demain : la semaine dernière, les députés ont rejeté une proposition dans ce sens lors des débats sur le projet de loi sur les mobilités. 

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Une protection trop dissuasive ?

L'amendement en question, présenté par des députés LaREM dans le cadre des débats sur la loi Mobilités, visait à rendre obligatoire le port du casque "pour toute circulation à bord de trottinette électrique ou de vélo à assistance électrique". Partant du principe qu'un casque réduirait "de 70%" les risques de blessure grave à la tête - la mesure est d'ailleurs appuyée dans le monde médical -, les députés estimaient nécessaire de "renforcer la législation pour garantir la sécurité de modes de déplacement qu'il encourage". 

Lors des débats dans l'hémicycle la semaine dernière, l'exécutif et la majorité ont rejeté le principe de l'amendement. "Le gouvernement est résolument contre l'obligation du port du casque sur les vélos au-delà de 12 ans et sur les trottinettes", a écarté Elisabeth Borne. Car, affirmait la ministre des Transports, "les Français en ont marre qu'on leur impose des obligations. On recommande le port du casque et chacun prend ses responsabilités". Derrière cette position, l'idée qu'une contrainte supplémentaire pourrait dissuader les Français de recourir aux circulations douces. "Si on oblige le port du casque, la pratique de ce type de mobilités ne va pas se développer", assurait ainsi Bérangère Couillard (LaREM). 

Un argument valable ? Pas pour Laurianne Rossi, députée LaREM des Hauts-de-Seine qui soutenait l'amendement en question. "La ministre et les députés considèrent que le port du casque obligatoire pourrait casser le modèle de cette nouvelle mobilité. Je ne le crois pas. Au contraire : plus un usage est sûr, plus il se développe", a expliqué à LCI cette députée. "Peut-être que le sujet n'est pas mûr aujourd'hui, mais on y reviendra. Le drame survenu lundi à Paris montre que l'on va aller vers davantage d'accidents", prévient-elle, comparant cette mesure "de santé publique" à la ceinture de sécurité imposée dans les voitures il y a plus de quarante ans. 

Distinguer vélos, vélos électriques et trottinettes

La députée LaREM établit un distinguo entre les trottinettes, les vélos électriques et les vélos classiques. "Pas favorable" au casque obligatoire pour les vélos classiques, elle estime que la priorité va aux trottinettes, et potentiellement pour les vélos électriques, du fait de leur puissance, même si ces derniers sont "beaucoup plus stables" qu'une trottinette. 

A Paris, la mairie a présenté la semaine dernière des mesures complémentaires pour encadrer le déploiement des trottinettes, envisageant la possibilité de "brider" la vitesse des machines. Une possibilité également défendue par la députée Laurianne Rossi. En revanche, rien n'oblige les usagers parisiens à posséder un casque, pas plus que les cyclistes. "Pour le vélo, nous sommes contre l'obligation du port du casque, c'est le nombre de cyclistes qui fait leur sécurité", résume à LCI Christophe Najdovski, l'adjoint écologiste aux transports. "Le pays le plus sûr pour le vélo est la Hollande, où la pratique du vélo est la plus importante." En revanche, "pour les trottinettes, nous recommandons l'usage du casque car elles sont moins stables que le vélo". 

Dans l'étude californienne relative aux accidents de trottinette, seuls 4.4% des utilisateurs accidentés portaient un casque au moment de l'impact. 

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