#UberCestOver : Uber s'engage à mieux lutter contre les agressions sexuelles et viols commis par ses chauffeurs

#UberCestOver : Uber s'engage à mieux lutter contre les agressions sexuelles et viols commis par ses chauffeurs
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VIOLENCES FAITES AUX FEMMES - Les dirigeants d'Uber étaient convoqués par Marlène Schiappa ce jeudi 12 décembre pour s'expliquer sur les agressions sexuelles et viols perpétrés par leurs chauffeurs sur des clientes. En parallèle, deux députés ont reçu une des victimes et la lanceuse d'alerte de l'affaire à l'Assemblée Nationale.

Deux semaines à faire l’autruche. Plus de quinze jours après l’éclatement du scandale #UberCestOver, les nombreuses victimes ayant témoigné d’agressions sexuelles et de viols commis par leur chauffeur attendaient fermement la réponse d’Uber. Jusqu’ici embourbée dans une communication de crise “service minimum”, l’entreprise de VTC américaine a finalement été sommée de rendre des comptes ce jeudi 12 décembre. 

Les dirigeants d'Uber, accusés de couvrir leurs employés incriminés, ont rencontré Marlène Schiappa afin de s'expliquer sur les dysfonctionnements de la plateforme ayant permis aux chauffeurs agresseurs d'agir dans l'impunité. La semaine dernière, la secrétaire d’Etat chargée de l’égalité Femmes-Hommes expliquait les avoir "convoqué" à son ministère "dès lors qu['elle a] eu connaissance de ces faits terribles". 

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"Avoir un discours de vérité face aux victimes"

Steve Salom, général manager d’Uber pour la France, la Suisse et l’Autriche, ainsi que l’équipe de direction de la plateforme avaient été sommés de proposer des mesures concrètes pour que cessent ces agressions, mais aussi pour améliorer l'écoute et la prise en charge des victimes. A l'issue de ce rendez-vous, la ministre a seulement affirmé sur Europe 1 avoir demandé aux dirigeants d'Uber "de prendre leurs responsabilités, et d'assurer la sécurité et l'intégrité de toutes les femmes utilisatrices" et "d'avoir un discours de vérité face aux victimes, et de leur répondre".

Dans le même temps, Anna Toumazoff, la militante à l’origine du hashtag ayant fait éclater l’affaire sur les réseaux sociaux était, elle, invitée à l’Assemblée Nationale pour exposer la situation aux députés LaREM Pierre-Alain Raphan et Guillaume Gouffier-Cha (déjà co-rapporteur de la proposition de loi sur les violences faites aux femmes). Elle était accompagnée d’Anaïs, une victime de viol qui a témoigné à visage découvert auprès de Konbini. Il y a trois ans, les examens médicaux réalisés lors de son dépôt de plainte, juste après son agression, avaient prouvé que le coupable était le frère du chauffeur normalement enregistré et autorisé à conduire. Un constat alarmant qui posait déjà la question des "sous-locations" de profils validés par la plateforme au premier quidam venu. Une question qui n'a pas encore été réglée à ce jour, bien que son violeur ait écopé de 8 ans de prison ferme.

Depuis le 21 novembre, Anna Toumazoff a reçu plus de 700 témoignages de jeunes femmes harcelées, agressées sexuellement ou violées par des chauffeurs Uber. Cette rencontre avec les parlementaires était donc pour elle l'occasion de réclamer enfin de l'aide institutionnelle pour gérer ce flux d'histoires intimes et dramatiques arrivant chaque jour dans sa boite de réception. "Le rendez-vous s'est vraiment bien passé, ils étaient très à l'écoute, désireux de mettre fin à la fois aux violences perpétrées par Uber et plus largement aux violences faites aux femmes", explique la militante de 24 ans ce soir auprès de LCI. "Ils ont été très efficaces, on a discuté d'actions concrètes qu'ils mettront en place dès la semaine prochaine pour ne plus que cela se reproduise."

Au programme pour les deux élus : convoquer Uber mais également les autres plateformes de VTC devant l'Assemblée, créer un groupe de travail parlementaire et citoyen sur la sécurité de ce mode de transport, ou encore demander au Ministère de l'Intérieur de quantifier ce phénomène d’agressions par les chauffeurs privés au niveau national.

Plusieurs mesures proposées par Uber

A la sortie de l'entretien de ses dirigeants avec Marlène Schiappa, Uber a publié un communiqué, admettant d'abord que "les témoignages poignants qui se sont exprimés sur les réseaux sociaux et dans les médias ces dernières semaines nous ont rappelé la responsabilité d’Uber et la nécessité d’être exemplaire quand il s’agit de la sécurité de millions d’utilisatrices".

Pour lutter contre le phénomène dit des ‘faux chauffeurs’, mis en évidence dans le témoignage d'Anais et d'un grand nombre d'autres victimes, Uber compte instaurer dès ce lundi 16 décembre "un système d’identification en temps réel des chauffeurs". Ces derniers "devront prendre un selfie qui sera comparé avec leur photographie vérifiée par nos équipes", assure la plateforme dans son communiqué. Concernant l'accompagnement des victimes, l'entreprise souhaite "mettre en place un accompagnement psychologique et juridique des victimes avec le soutien de Collectif féministe contre le viol (CFCV)".

D'autres partenariats avec des associations telles que Collectif féministe contre le viol, HandsAway, SOS homophobie et Stop Harcèlement de rue pourraient aussi être mis en place, d'après Uber, "dans le cadre de notre programme mondial de lutte contre les violences basées sur le genre et violences sexuelles ‘Driving Change’" pour mener des actions de sensibilisation. 

Concernant la prévention auprès des chauffeurs, la plateforme dit "s'engager à demander à ce que l’examen VTC, commun à l’ensemble du secteur, inclue un module obligatoire de prévention des violences sexuelles". Uber souhaite aussi demander la création d'une base de données "officielle et consultable en temps réel" commune à toutes les plateformes VTC, qui permettrait d'éviter qu’un chauffeur ayant son compte désactivé suite à une agression sexuelle puisse conduire sur une autre plateforme.

Uber assure également avoir mis en place, dès le vendredi 22 novembre, "une fonctionnalité dédiée dans l’application pour que les victimes nous partagent toute situation de harcèlement ou d'agression sexuelle qu'elles ont pu subir, y compris dans le passé". Une fonctionnalité qui sera doublée dès 2020 d'une option "rappel en temps réel", qui "permettra à toute victime d'un incident qui le signale sur l'application Uber, d'être rappelée en 2 à 3 minutes".

Des mesures jugées "insuffisantes" pour l'instant

Dans ces déclarations écrites ou filmées, la direction d'Uber assure être entré "en contact avec toutes les victimes" afin de les aider à retrouver les informations liées aux courses et à les transmettre aux forces de l'ordre. Un point particulièrement contredit depuis la parution du communiqué.

Sur le fond aussi, ce communiqué et son contenu sont "un peu grotesques", estime Anna Tomazoff. "Ils vont proposer un accompagnement juridique et psychologique aux victimes, c'est eux le problème mais ils veulent faire comme s'ils étaient la solution ?", ironise la jeune femme.

Notamment sur les partenariats entre l'entreprise et des associations de lutte contre les violences faites aux femmes, Anna Tomazoff rappelle que "c'était déjà le cas depuis plusieurs mois et cela n'a pas fonctionné." Elle place donc plus d'espoir dans les mesures législatives que pourraient mettre en place les députés que dans l'autogestion du problème Uber. "Je ne suis absolument pas convaincue, ce sont des éléments de communication qui viennent beaucoup trop tard. Mais je me réjouis que les pouvoirs publics s'emparent autant du problème."

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Elle n'est pas seule à trouver cette réponse insuffisante. Des dizaines de femmes derrière les groupes d'actions "collages féminicides" ont signé un communiqué pour dénoncer "la complicité" d'Uber. Elles accusent la plateforme d'avoir "protégé les agresseurs et violeurs pour des raisons économiques et d’image" et d'avoir agi en "obstruction à la justice". Pour accompagner leur propos, elles ont peint sur les murs de dix villes de France des slogans chocs à l'encontre d'Uber.

"Nous demandons une traduction en justice des dirigeants d'Uber, parce qu'ils n'ont pas seulement caché ces agissements toutes ces années, ils font du profit dessus", explique à LCI France Barré au nom de ses consœurs. Présente hier soir lors de l'action de collages sur le siège Parisien d'Uber, elle ne décolère pas ce jeudi. Selon elle, le compromis de solutions présentés par la plateforme et Marlène Schiappa ne peut épargner la direction d'Uber de répondre pénalement de ses actes. "Ils ont supprimé les courses dans l'historique des clientes victime, c'est de la suppression de preuve et de la non-assistance en personne en danger. C'est illégal et c'est inadmissible. Leurs bénéfices passent au-dessus de la vie de femmes". 

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