Un homme vient-t-il d'être condamné pour avoir entonné une chanson de Brassens devant des policiers ?

Population

Toute L'info sur

À la loupe

À LA LOUPE – Une brève de journal circule depuis quelques jours sur les réseaux sociaux et relate l'arrestation d'un homme qui aurait chanté un air de Brassens pour provoquer des policiers. LCI a remonté la piste de cette curieuse affaire.

Un Rennais basé a Cherbourg a été "condamné à un travail d'intérêt général de 40 heures" et à verser 200 euros à des policiers pour "outrage". La raison de cette peine ? Avoir repris Hécatombe, une chanson de Georges Brassens, la fenêtre ouverte, alors qu'un trio de gardiens de la paix se trouvait sur le trottoir, au pied de son domicile.

C'est via son compte Twitter que l'avocat Régis de Castelnau a relayé le 3 novembre cette curieuse affaire, postant ce qui ressemble à la photo d'une coupure de presse. En commentaire, le magistrat affiche son indignation : "Il s’est trouvé un procureur pour poursuivre et des juges du siège pour condamner. La dégringolade de magistrats devenus garde chiourmes et censeurs continue. La violence policière contre la liberté de manifester, en revanche c’est toujours open bar."

Dans la foulée de cette publication, une pléiade d'internautes a réagi, partageant à leur tour ce message, à l'instar de la page Facebook "Luttes Invisibles". Des milliers de "like" et de "partages" plus tard, ce fait divers s'est largement propagé en ligne.

Lire aussi

Une vraie affaire, vieille de dix ans

Cet épisode curieux a bien eu lieu : plusieurs personnes ont en effet signalé en commentaire qu'il s'agissait de faits datant de 2009. "Interpréter cette chanson devant un miroir, pourquoi pas… Devant des policiers, c’est un outrage", avait à l'époque estimé le procureur, cité par Ouest France. Les paroles de la chanson, hostiles aux gendarmes, sont en effet sans équivoque.

Dès qu'il s'agit d'rosser les cognes, tout l'monde se réconcilie- Georges Brassens

Dans son post original Régis de Castelnau ne précise pas que l'affaire est ancienne. Plusieurs publications sur les réseaux sociaux l'imaginent récente, tandis d'un internaute s'interroge : "Dictature ?". Plusieurs personnalités se sont également fait avoir, rapporte Checknews : "le député européen écolo Pascal Durand", mais aussi "le journaliste Aymeric Caron". 

Ce fait divers ancien n'est pas isolé. En explorant les archives, on retrouve en effet les traces de deux affaires similaires, du côté de Toulouse. En 2011, une chorale toulousaine avait repris la chanson de Brassens en soutien au Breton condamné, entonnant cette fois Hécatombe devant à un commissariat. Quelques jours et une série d'arrestations plus tard, les chanteurs irrévérencieux ont été salués par une chorale militante marseillaise, qui a décidé de faire de même dans sa ville. Des photos de ce rassemblement sont d'ailleurs toujours en ligne, ici ou .

Pourquoi une telle info ressort aujourd'hui ?

A priori, aucune raison ne justifie d'exhumer un tel fait divers aujourd'hui. Contacté par LCI, l'avocat Régis de Castelnau a réagi ce mardi 5 novembre. Il explique ne pas du tout avoir suivi la polémique qui entoure la sortie du clip "Fuck le 17", dévoilé par le groupe de rap 13 Block. Le morceau, lui aussi très virulent à l'égard des forces de l'ordre, a suscité un vent d'indignation, notamment au sein du gouvernement. 

Où a-t-il repéré cette brève issue de la presse régionale ? "Sur les réseaux sociaux, il y a quelques jours !", assure à LCI le magistrat, spécialisé dans le droit public. "Depuis la crise des Gilets jaunes, je suis très critique avec la magistrature", poursuit-il, "quand je vois passer un truc, je n'hésite pas à leur taper dessus". Lorsqu'il a découvert cette affaire, vieille de quelques années, il a souhaité "la rapprocher de certaines lois" qu'il considère comme "liberticides". Il cite pèle mêle la loi contre les fake news ou la loi Avia contre les contenus haineux sur Internet. Il précise que s'il avait eu connaissance de la polémique autour du clip de rap, il n'aurait pas réagi ainsi et se serait sans doute abstenu de publier cette image.

Dévoilée en 1952, la chanson de Georges Brassens a connu un regain de popularité lors des rassemblements contestataires de ces derniers mois. On la retrouve ainsi partagée par des comptes de militants, opposants au pouvoir. Une manière pour eux de dénoncer la répression policière qui entoure certaines manifestations, autour notamment du mouvement des Gilets jaunes

Vous souhaitez réagir à cet article, nous poser des questions ou nous soumettre une information qui ne vous paraît pas fiable ? N'hésitez pas à nous écrire à l'adresse alaloupe@tf1.fr 

Sur le même sujet

Et aussi

Lire et commenter