"Un poète avant d'être un amant" : la descendance de Rimbaud s'oppose à son entrée au Panthéon avec Verlaine

"Un poète avant d'être un amant" : la descendance de Rimbaud s'oppose à son entrée au Panthéon avec Verlaine
Population

DÉBAT - Une récente pétition, soutenue par la ministre de la Culture Roselyne Bachelot, lance le débat sur l'entrée au Panthéon des poètes Arthur Rimbaud et Paul Verlaine, amants pendant quatre ans. La famille de Rimbaud s'y oppose fermement.

Depuis quelques semaines, une pétition circule pour faire entrer conjointement au Panthéon les poètes Arthur Rimbaud (1854-1869) et Paul Verlaine (1844-1896). Soumise au Président Emmanuel Macron et initiée par d'anciens ministres de la Culture ainsi que des acteurs des milieux culturel et universitaire, elle a obtenu le soutien de Roselyne Bachelot, actuelle ministre de la Culture. "Le fait de faire entrer ces deux poètes au Panthéon qui étaient, oui, ensemble, aurait une portée qui n'est pas seulement historique ou littéraire, mais profondément actuelle", s'est-elle enthousiasmée dans Le Point

Ce projet de panthéonisation avec Verlaine n'est pas partagé par la famille de Rimbaud. Son entrée au Panthéon avec Verlaine, renvoyant à leur relation amoureuse lorsqu'il avait 17 ans, serait une représentation trop réductrice de l'écrivain, dont la précocité du génie, la carrière littéraire fulgurante et la vie aventureuse ont forgé la légende au fil des décennies. "Il faudrait d'abord s'intéresser aux œuvres de Rimbaud avant de s'intéresser à sa vie privée, rappelle Jacqueline Teissier-Rimbaud, 75 ans, arrière-petite-nièce de l'auteur, à LCI. C'était un poète avant d'être l'amant de Verlaine. Ils sont restés ensemble seulement quatre ans. Il écrivait déjà avant leur rencontre.

Une relation tumultueuse entre les poètes, taboue à cette époque, débute par des correspondances en 1871. "Rimbaud avait rompu avec Verlaine et ne voulait plus évoquer cette période de quatre années où il l'avait côtoyé, relate Alain Tourneux auprès de l'AFP, président de l'association Les Amis de Rimbaud. Il tenait absolument à vivre une autre vie, ce qu'il a fait en partant en Afrique. Il est devenu par la force des choses une icône pour beaucoup d'homosexuels mais s'en serait sans doute lui-même défendu." "Il était jeune, il voulait simplement un peu de liberté, et certainement pas être associé ad vitam eternam à Verlaine", complète Jacqueline Teissier-Rimbaud. 

"Ce serait un crime de sortir Rimbaud de sa tombe"

Les deux hommes auraient-ils eux-mêmes voulu entrer au Panthéon ? Pas sûr. Rimbaud décide de quitter le milieu littéraire en 1875, alors âgé de 20 ans, estimant que ce monde n'est pas à la hauteur de ses espérances. Dans les années 1880, des poètes de la jeune génération se mettent à sa recherche, mais il leur fait comprendre que son oeuvre poétique est une erreur de jeunesse et ne veut plus être dérangé à ce sujet. Verlaine, quant à lui, s'est moqué de la panthéonisation. Dans Mémoires d'un veuf, une annotation s'intitule "Panthéonades" dans laquelle il déplore le sort réservé à Victor Hugo : "Ils l'ont fourré dans cette cave où il n'y a pas de vin !" Les deux poètes refusaient les conventions et les convenances de la société. C'est justement "leur insolence qui les ont fait entrer dans l'histoire littéraire", font valoir les rédacteurs d'une tribune publiée dans Libération.

Avec ou sans Verlaine, la descendance d'Arthur Rimbaud n'est pour toutes ces raisons pas favorable à son entrée au Panthéon. "Des personnalités plus connues que lui n'y sont pas, peste Jacqueline Teissier-Rimbaud. Par ailleurs, les touristes du monde entier viennent se recueillir sur la tombe de Rimbaud à Charleville-Mézières et y déposent de nombreux souvenirs. "Déplacer Rimbaud, c'est ôter toute vie à cette ville", selon elle. Un endroit qu'il a beaucoup critiqué mais où il revenait régulièrement : son attachement familial était fort. "Ce serait un crime de sortir Rimbaud de là, continue la descendante du jeune génie. Toute sa famille est enterrée ici et s'était assurée qu'il y ait suffisamment de place pour Arthur."

Lire aussi

Même si elle n'a "aucune légitimité, aucun droit moral plus d'un siècle plus tard", Jacqueline Teissier-Rimbaud a adressé au gouvernement une lettre faisant valoir le point de vue de sa famille. Une décision partagée par l'association Les Amis de Rimbaud. Soutenue également par ses enfants et petits-enfants, elle attend une réponse d'ici quelques semaines. 

Sur le même sujet

Et aussi

Lire et commenter

Alertes

Recevez les alertes infos pour les sujets qui vous intéressent