Une baisse de la vitesse à 110 km/h sur autoroute aurait-elle un impact notable sur la pollution ?

Une baisse de la vitesse à 110 km/h sur autoroute aurait-elle un impact notable sur la pollution ?
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À LA LOUPE – La Convention citoyenne pour le climat propose que la vitesse des véhicules sur autoroute soit abaissée à 110 km/h. Si cette mesure présente un intérêt sur le plan environnemental, son impact socio-économique négatif pourrait jouer en sa défaveur.

Composée de 150 Françaises et Français tirés au sort l’été dernier, la Convention citoyenne pour le climat a planché sur la lutte contre le réchauffement climatique. L'objectif ? Faire baisser de 40% les émissions de gaz à effet de serre d’ici 2030, par rapport à 1990, et tout cela "dans un esprit de justice sociale"

Parmi les 150 propositions issues des groupes de réflexion, certaines attirent tout particulièrement l'attention. C'est le cas de la réduction de la vitesse sur autoroute, la Convention proposant un passage de 130 à 110 km/h. Cette mesure, comme les autres, se trouve désormais entre les mains du chef de l'Etat, et rien ne permet aujourd'hui de savoir si elle aura des chances d'être retenue. 

Quoi qu'il en soit, des associations telles que 40 millions d'automobilistes ont déjà fait part de leur opposition. Celle-ci appelant à la mobilisation pour rejeter une telle proposition. Son impact sur l'environnement, en tout cas, semble pourtant bien réel.

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Baisser la vitesse à 110 km/h sur les autoroutes : on a testé pour vous

Une baisse notable de la pollution

Sur la route, l'augmentation de la consommation de carburant s'accompagne d'une hausse de la pollution des véhicules. Les progrès technologiques permettent aujourd'hui de diminuer les besoins en essence des moteurs, mais les gains deviennent marginaux. La vitesse constitue alors un autre levier à actionner, ce que ne manquent pas d'étudier les pouvoir publics.

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Contrairement aux idées reçues, les rejets de polluants ne sont pas forcément plus élevés lorsqu'un véhicule se déplace à haute vitesse. L'Institut national de recherche sur les transports et leur sécurité, qui s'est penché sur le sujet, a ainsi réalisé un graphique très intéressant. Il montre que c'est à basse vitesse que les émissions d'oxydes d'azote (NOx) sont les plus fortes. En baisse à mesure que l'on accélère, elles augmentent dès lors qu'un véhicule dépasse 80 km/h.

Si l'on se fie à cette courbe, réduire la vitesse maximale à 110 km/h se traduirait donc par une logique baisse des émissions. Ce que confirme l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie, expliquant que "sur les voies rapides de type route/autoroute, la majorité des études montre un effet plutôt positif sur les émissions et les concentrations de polluants. La baisse des émissions peut atteindre 20% pour les oxydes d’azote et les PM10 et celle des concentrations de polluants dans l’air ambiant pouvant atteindre 8% selon les polluants."

Un coût qui refroidit

L'adoption, ou non, d'une telle réduction de la vitesse ne pourra pas être décidée en fonction de seules considérations environnementales. En effet, ses conséquences sont très diverses et ont fait l'objet d'une étude coûts-bénéfices en mars 2018, dirigée par le Commissariat général au développement durable (CGDD). Ce document, auquel se réfère l'association 40 millions d'automobilistes, livre une analyse pour le moins nuancée de cette proposition.

"L’abaissement des VMA de 20 km/h sur le réseau autoroutier a un bilan socio-économique très négatif de l’ordre de -550 millions d’euros (M€), dû à la perte de temps occasionnée (- 1.150 M€) qui n’est pas compensée par les gains en accidentalité (150 M€) et les économies de carburant (360 M€)", écrit le CGDD. Par ailleurs, "l’impact en matière d’accidentalité est inférieur à celui correspondant à l’économie de carburant, du fait d’un taux d’accident déjà très faible sur les autoroutes". 

Passer de 130 à 110 km/h réduirait l'attractivité des autoroutes, et serait susceptible de réduire le nombre d'usagers sur ces tronçons à grande vitesse. Un manque à gagner potentiel pour les sociétés qui exploitent les autoroutes, et de potentiels contentieux à gérer pour l'Etat, qui délivre et monnaye les concessions. Diminuer la vitesse signifierait enfin s'exposer à la grogne d'une partie de la population, à l'instar de celle observée lors du passage de 90 à 80 km/h sur les routes nationales. Un risque politique, donc, que le gouvernement n'aura pas nécessairement envie de prendre. 

En résumé, on note que la diminution de la vitesse de 130 à 110 km/h sur les autoroutes permet une diminution de la pollution. Une mesure intéressante, donc, sur le plan écologique, mais qui s'accompagne également d'un impact socio-économique assez négatif. Autant d'éléments qui seront à prendre en compte pour l'exécutif afin de statuer sur la mise en place de cette proposition formulée par la Convention citoyenne pour le climat. 

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