Une chaîne de gâteaux pour remonter le moral des soignants : "c'est notre manière de résister"

Une chaîne de gâteaux pour remonter le moral des soignants : "c'est notre manière de résister"
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ENTRAIDE - Une jeune Parisienne vient de monter une chaîne solidaire de gâteaux, Vos gâteaux, pour nourrir et réconforter le personnel hospitalier. En quelques jours, quelques 1600 cuisiniers ou cuisinières, confinés, inoccupés, ou voulant aider, se sont proposés. C’est l’initiative "Nos petits soins pour vos grands soins".

Gourmand gâteau au poire. Belle tarte au chocolat. Appétissante tarte aux pommes. Cookies dans lesquels on croquerait.  Instagram nous a habitués à ces photos acidulées, et là-dessus, le compte Vos gâteaux ne déroge pas à la règle : c’est beau, c’et gourmand, rempli de visages souriants, de cuisiniers parfaits. Sauf que Vos Gâteaux est un compte d’un genre particulier :  c’est une chaîne solidaire de gâteaux, à destination du personnel hospitalier. Une initiative appelée "Nos petits soins pour vos grands soins".

Derrière tout ça, Maud Arditti, jeune Parisienne entrepreneuse de 33 ans. "Une bonne partie de ma famille et mes amis sont médecins, travaillent à l’l’hôpital", raconte-t-elle. "J’ai discuté avec ma tante il y a dix jours, qui est médecin et me parlait de la situation. J’ai découvert que c’était parfois la catastrophe : certains hôpitaux n’étaient pas livrés en nourriture, les restaurants et cafétéria fermaient, et que parfois, le repas du personnel consistait en un plat de pâtes partagé à cinq, à minuit, car personne n’avait eu le temps de cuisiner, ni de faire les courses. J’ai eu tellement mal au coeur quand j’ai entendu cet état des lieux."

Toute une chaîne pour fabriquer en étant confiné

Maud n’est pas soignante. Mais elle veut aider. Alors elle a fait des gâteaux, des pizzas, de petites quiches. Elle commence seule, dans sa cuisine. Sauf qu’assez vite, elle se rend compte que seule, elle n’ira pas loin,. "J’ai appelé une trentaine d’amis et leur ai demandé de livrer leurs productions chez moi, pendant que j’appelais les hôpitaux pour savoir où étaient les besoins." La première livraison a eu lieu il y a 8 jours, à l’hôpital Lariboisière. 

Mais Maud voit plus grand. Elle lance un compte Instagram et un appel aux bonnes volontés. Monte une structure, une organisation : il y a aura des team, dans chaque quartier ou arrondissement, et des chefs de team. Et toutes les bonnes volontés contactent ce référent d’arrondissement, font leur gâteau, le font livrer à ce point relais. Là, un chauffeur VTC – tous des bénévoles qui se sont proposés – prennent le relais et emportent les gâteaux jusqu’à l’hôpital. A chaque étape, les règles sanitaires et de confinement sont drastiquement rappelées : "Les enfants ne font pas de gâteaux, ce sont des porteurs du virus", rappelle Maud. "Et mieux vaut ne pas faire de gâteau, qu’en faire sans gants ni masques."

C'est une histoire de tarte, ça aide vraiment les soignants et c’est facile- Maud Arditti, à l'origine de Vos Gâteaux

Pourquoi des gâteaux ? Parce que c’est simple, ludique, appétissant. "En fait, pour avoir une chaîne de particuliers qui produisent un peu tous les jours, un gâteau reste la chose la plus facile à faire", dit Maud. L’appellation "gâteau" est à prendre au sens large : "Je voulais que le message soit simple, car on ne voulait pas que les gens partent dans des pâtes ou du riz, des grands plats à partager, pour éviter la propagation du virus, ni que cela leur paraisse compliqué, avec des histoires de contenants. Il fallait quelque chose de compact qui puisse se couper", explique Maud. 

"Je voulais que les gens se disent 'ok, c’est une histoire de tarte, ça aide vraiment les soignants et c’est facile". es gâteaux se font, les photos s’échangent, tourbillonnent sur les réseaux sociaux. Des sourires, des mercis, la chaîne de solidarité est bien lancée. 

Depuis, la mobilisation est exponentielle.  "Aujourd’hui, nous avons 1.600 pâtissiers confinés à Paris et alentour, divisés en 20 arrondissements, mais des équipes se créent aussi à Marseille, Nice, Nantes, Rennes…", raconte Maud. "Cela se développe vraiment au fur et à mesure et l’idée est de permettre à la majorité des hôpitaux de France d’avoir de bonnes choses à manger." Elle regarde cette mobilisation foudroyante avec joie : "C’est colossal, c’est génial !Nous sommes dans un moment où nous sommes à l’arrêt. Je pense qu'il y a trois types de personnalités dans ces moments-là : ceux qui restent statiques et sont un peu paralysés, ceux qui  critiquent tout ce qui se fait, et les derniers, qui y vont, qui n’ont pas peur, et se disent qu'ils vont donner toute leur énergie avec les moyens qu’ils ont, pour pouvoir aider. J’avais vraiment parié sur ça."

En arrière-plan, ils sont une dizaine de bénévoles à assurer l’organisation, à recueillir les propositions de participation qui ne cessent d’affluer. Alexia, qui fait partie de l’équipe, raconte : "Nous sommes trois ou quatre à nous occuper des messages, et quand on a répondu aux 80 qui sont arrivés, il y en a nouveau 100 en attente." Cette community-manageuse de formation n’en revient toujours pas :  "Nous sommes tous confinés, pas du tout aux mêmes endroits, et grâce à la force du digital, nous pouvons tout faire ensemble, en n’étant pas ensemble". 

Avec nos gâteaux, on peut passer les frontières, nourrir et donner de la douceur à tous les hôpitaux- Maud Arditti, à l'origine de Vos Gâteaux

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Et le pari est en passe d’être remporté. Hier, Vos gâteaux a connu un pic. "15.000 parts livrées à des services de réanimation et d’urgence - La Pitié Salpêtrière, Cochin, Lariboisière, Georges Pompidou, Necker ou Bichat et 40.000 depuis le début de l'expérience", se réjouit Maud . En réponse, les photos, vidéos et messages de remerciements des soignants affluent. "Après une journée en face de la maladie et la mort, quand les soignants reçoivent des sacs de gâteaux en forme de coeur avec des mots d’enfants, cela doit faire comme une madeleine de Proust. C’est génial qu’ils répondent, c’est aussi pour a qu’on le fait !"

Toutes les bonnes volontés sont les bienvenues. Car Maud voit encore plus grand : "Avec nos gâteaux, on peut vraiment faire toute la France, passer les frontières, nourrir et donner de la douceur a tous les hôpitaux. Je pense aussi aux Ehpad, il y a tellement de gens seuls, là-bas… Il y a plein de choses à lancer." Elle est partie, et ne s'arrêtera pas : "Je crois que dans toutes les crises, un nouveau courant se crée, et qu’on est en train de le construire. "Se sentir utiles,  c’est notre manière de résister. On ne peut pas être au front, mais on donne du carburant aux soignants."

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