Une mère et son bébé décèdent des suites de l'accouchement : que disent les chiffres de la mortalité maternelle ?

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ECLAIRAGE - Un Lot-et-Garonnais a décidé de porté plainte pour faire toute la lumière sur le drame qui lui a arraché sa conjointe, morte en donnant la vie, et son nouveau-né qui a succombé le lendemain. Les décès en couches sont-ils fréquents en France ? Quelles en sont les principales causes ? Un risque pour l'enfant à naître ?

C'est un témoignage qui interroge sur la mortalité maternelle en France. Il y a quelques jours, un Lot-et-Garonnais endeuillé après le décès en couches de sa compagne et celui de son bébé trop fragilisé par l'accouchement, annonçait avoir porté plainte afin que toute la lumière soit faite" sur ce qu’il pense "être une grossière erreur médicale". Dans les colonnes de La Dépêche, l'homme expliquait notamment ne pas comprendre "qu’une césarienne n’a pas été pratiquée immédiatement".


Combien de Françaises décèdent en donnant la vie ? Quelles sont les principales causes de ces complications ? Existe-t-il un risque avéré pour l'enfant à naître ? LCI a posé ces questions au Dr Catherine Deneux-Tharaux, épidémiologiste à l'Inserm et directrice de L'Enquête Confidentielle sur les Morts Maternelles (EPOPé).

LCI - De quoi parle-t-on quand on évoque la mortalité maternelle ? Est-ce encore correct de parler de décès en couches ?

Catherine Deneux-Tharaux -Le décès en couches est un terme un peu désuet qui désignait le décès au moment ou juste après l’accouchement. Cela correspond à la grande partie des morts maternelles mais la définition s’est affinée au fil du temps et à mesure que les connaissances ont progressé. Depuis cinquante ans, on sait qu’il faut aussi prendre en compte toute la période de la grossesse, et pas seulement cette période des couches qui reste la plus à risques mais qui ne comprend pas tous les risques.


On parle donc de mort maternelle lorsque des femmes meurent pendant la grossesse ou dans l’année qui suit la grossesse, ça c’est le lien temporel. Mais il faut aussi que la grossesse ait joué un lien causal dans la survenue de ce décès. Ce lien causal peut être soit direct, c’est-à-dire découler d’une complication de la grossesse ou de l’accouchement, mais aussi indirect, à savoir lié à des problèmes de santé aggravés par le contexte de la grossesse.


LCI - Combien de Françaises sont concernées chaque année ?

Catherine Deneux-Tharaux  - En France, on dénombre une centaine de morts maternelles par an donc finalement c’est très peu eu égard aux 750.000 accouchements. Cela nous place, en termes de taux, dans la moyenne européenne mais plus que le taux, c’est un événement qui a une valeur particulière, on parle d’"événement sentinelle" en santé, c’est-à-dire qu’on estime qu’il ne devrait pas survenir si le système de soins au sens large fonctionnait de manière optimale.


En l’occurrence, sur ces 100 morts maternelles environ par an, la moitié environ sont jugées ‘évitables’ pour un certain nombre de raisons déclinées au cas par cas et qui impliquent soit le contenu des soins (c’est-à-dire que la façon dont la femme a été prise en charge ne correspond pas à ce qu’on peut attendre de standards de soins optimaux), soit des facteurs plus organisationnels (c’est-à-dire que l’interaction ne se fait pas bien entre la femme et le système de soins).

Dans le détail, environ 20% des morts maternelles surviennent pendant la grossesse, 20% dans les 24 heures qui suivent l’accouchement et 37% dans les sept jours qui suivent l’accouchement.



LCI : Quelles sont les causes les plus fréquentes de la mortalité maternelle ?

Catherine Deneux-Tharaux - La première cause de mort maternelle reste l’hémorragie du post-partum. C’est en effet un profil qui depuis longtemps caractérise la France et qui a même alerté à la fin des années 90  parce qu’il correspond plutôt à celui de pays à faibles ressources. A ce moment-là, on avait en effet un taux de décès par hémorragie beaucoup plus important que dans d’autres pays européens. Les choses se sont grandement améliorées et cette mortalité a diminué mais reste la première cause, aujourd’hui quasiment à égalité avec d’autres comme l’embolie pulmonaire. 


Dans le détail, il y a quelques hémorragies qui surviennent après l’accouchement mais c’est très rare. La grande majorité des hémorragies survient en effet au décours de l’accouchement. Dans un certain nombre de cas, celles-ci découlent d’anomalies concernant la façon dont le placenta est  inséré : on parle alors de l’atonie utérine, c’est-à-dire que l’utérus qui doit normalement se rétracter après l’accouchement reste atone et continue à saigner pouvant ainsi entraîner des hémorragies mortelles. Or, il s’agit d’une cause d’hémorragie qui est accessible au traitement et qu’on ne devrait de ce fait presque plus voir à l’instar du Royaume-Uni.


Il y a par ailleurs une cause de mortalité maternelle qui augmente concernant les pathologies dons les femmes sont porteuses, qu’elles le sachent ou pas, mais qui sont décompensées par la grossesse. Cela est dû à l’évolution globale du profil des femmes qui accouchent, globalement de plus en plus âgées,  de plus en plus en surpoids. 

"En se cantonnant aux femmes qui meurent des suites de leur accouchement, on s’aperçoit que 14% des bébés meurent aussi"

LCI - Au regard de la mortalité maternelle, la césarienne est-elle considérée comme à risque ?

Catherine Deneux-Tharaux - La question de la césarienne est compliquée parce qu’il est évident que pratiquer une césarienne en urgence au bon moment peut à la fois sauver la mère et de l’enfant mais, à l’inverse, la césarienne quand elle n’est pas justifiée, est elle-même porteuse de risques. Globalement, le risque de mortalité maternelle est multiplié par deux par la césarienne, et ce notamment quand elle est pratiquée d’urgence. 


Il n’est pas rare d’entendre a posteriori qu’on aurait dû la faire mais parfois, quand les choses se sont compliquées pendant une césarienne, il est aussi reproché de l’avoir pratiquée. En réalité, chaque histoire clinique est différente : il faut à la fois prendre en compte le terrain de la femme et ce qui a déjà été fait en termes de soins. 


LCI - Les décès en couches ont-ils une incidence sur la santé du nouveau-né ?

Catherine Deneux-Tharaux - En se cantonnant aux femmes qui accouchent et qui meurent des suites de leur accouchement, on s’aperçoit que 14% des bébés meurent aussi. Avant qu’elle ne meure, la mère se trouve en effet en général en situation de grande défaillance d’organes et notamment d’hypoxie (manque d'apport en oxygène au niveau des tissus de l'organisme). 


Donc effectivement, il y a un retentissement sur l’enfant qui, même s’il ne meure pas tout de suite, va bien souvent se retrouver dans une situation qui fait qu’il va mourir au bout de quelques jours du fait notamment d’un retentissement cérébral.

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