Une prime pour rester en Seine-Saint-Denis : les fonctionnaires pensent aux conditions de travail

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RÉÉQUILIBRAGE - Mesure la plus significative du plan dévoilé jeudi par Edouard Philippe pour la Seine-Saint-Denis, la prime de fidélisation de 10.000 euros promise à tout fonctionnaire demeurant au moins cinq ans à son poste sera mis en place en 2020 pour réarmer les services de l'État. Pour les syndicats, cette avancée ne réglera pas tout.

Le gouvernement au chevet de la Seine-Saint-Denis. Ce jeudi 31 octobre, un an et demi après la parution d'un rapport parlementaire de 70 pages intitulé "La République en échec" pointant la "faillite" de l'État dans ce département situé aux portes de Paris, le Premier ministre Édouard Philippe, accompagné de plusieurs ministres, a présenté une panoplie d'annonces pour venir en aide au 93, qui va accueillir le Grand Paris Express et les Jeux olympiques en 2024. Au nombre de 23, ces mesures sont destinées à "accompagner et reconquérir" la Seine-Saint-Denis pendant les dix prochaines années. 

Avec ce plan, l'exécutif cherche à redynamiser les services de l'État dans un territoire défini comme en grande fragilité sociale. Remis le 31 mai 2018, le rapport alarmant des députés François Cornut-Gentille (LR) et Rodrigue Kokouendo (LaREM) fait "un constat très sévère sur la gestion RH de l'État". "Il nous dit : attention, vous affectez en Seine-Saint-Denis des agents qui sont sur des premiers postes et en plus il y a un turn-over plus important", affirme l'entourage du Premier ministre à LCI.

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Une prime de fidélisation mise en place en 2020

Parmi les décisions présentées, une proposition retient le plus l'attention. Il s'agit d'une prime de 10.000 euros pour les agents de l'État demeurant au moins cinq ans à leur poste en Seine-Sait-Denis. "Vous avez une durée de séjour en poste pour les agents du ministère de l'Intérieur de 2,7 années en moyenne, contre 7 ans dans l'Essonne", nous indique Matignon. Dans l'Éducation nationale, 35,7 % des professeurs des écoles primaires restent moins de deux ans dans leur établissement (contre 26,5 % en moyenne ailleurs), et à près de 50 % (49,5 %) dans le second degré, contre un tiers en moyenne nationale. Fort de ce constat, l'idée du gouvernement est d'avoir des policiers, des magistrats ou encore des enseignants plus expérimentés. 

Pour enrayer cette rotation des personnels, cette prime de fidélisation des fonctionnaires, accessible y compris à celles et ceux qui ont leur première affectation dans le département, sera mise en place dans le courant du premier semestre 2020. Son coût est estimé à 35 millions d'euros par an "en rythme de croisière". Si l'objectif est donc de fidéliser les quelque 39.000 agents de la Seine-Saint-Denis, Matignon réfléchit à  établir d'éventuelles "distinctions" d'ici à la mise en place de ce bonus. Il est défini toutefois que les primes octroyées concerneront en priorité les agents "de première ligne" : enseignants, policiers, agents de guichet, inspecteurs des affaires sanitaires et sociales. Dans l'optique de rééquilibrer les effectifs entre le 93 et Paris, elles seront alignées sur celles données aux agents des administrations centrales afin d'attirer les meilleurs éléments.

Les conditions de travail, elles, ne changent pas- Jean-Rémi GIRARD, président du SNALC

Premier pas de l'État vers les fonctionnaires, cette prime de fidélisation de 10.000 euros est saluée par les syndicats. Mais ils rappellent que l'argent ne réglera pas tout. "Même en donnant pas mal d'argent, les conditions de travail, elles, ne changent pas", commente auprès de LCI le président du syndicat des lycées et collèges (SNALC), Jean-Rémi Girard. "Se retrouver dans des écoles des collège ou des lycées qui sont très difficiles, même avec de l'argent, vous n'allez pas forcément avoir envie d'y rester."

Cette prime fait écho à l'indemnité temporaire de mobilité accordée depuis le décret n° 2008-369 du 17 avril 2008. D'un montant variable, dans la limite de 10.000 euros, elle peut être accordée dans le cadre d'une mobilité fonctionnelle ou géographique, sur une période allant de trois à six ans. Elle doit inciter les agents des administrations de l'État, de ses établissements publics et des établissements publics locaux d'enseignement, à migrer dans des zones dites "peu attractives".

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