Une trentaine de chats retrouvés congelés dans le Doubs : c'est quoi, le "syndrome de Noé" ?

Une trentaine de chats retrouvés congelés dans le Doubs : c'est quoi, le "syndrome de Noé" ?
Population

SANTE MENTALE - La découverte de plusieurs dizaines de cadavres de chats dans des congélateurs à Besançon serait liée à une maladie psychiatrique qui se caractérise par l'accumulation d'animaux. Mais que sait-on de ce trouble, baptisé "Le syndrome de Noé" ?

Syndrome de Noé. Le nom de cette pathologie, connue du monde psychiatrique depuis plus de vingt ans mais encore peu du grand public, n'a pas tardé à être avancé après la découverte, mardi à Besançon, d'une trentaine de corps de chats morts dans les congélateurs d'un couple de personnes âgées.

Pour rappel, parmi les détails qui entourent cette affaire qui s'apparente vraisemblablement à de la maltraitance animale, les noms des bêtes congelées étaient indiqués sur les sacs contenant leurs cadavres, tandis que le septuagénaire qui vivait là a expliqué aux policiers avoir pris cette initiative parce qu'"il ne savait pas quoi faire des chats morts".

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"Ce monsieur est atteint du syndrome de Noé, une maladie psychiatrique qui se caractérise par l'accumulation d'animaux", a  commenté Sandra Majstorovic, responsable des enquêtes de maltraitance à la SPA de Besançon, alors que l'association intervenait au domicile du couple avec un huissier de justice après plusieurs signalements.

A l'instar du personnage biblique "Noé", l'homme de 77 ans et son épouse souffrante de 91 ans vivaient en effet entourés d'animaux. Outre la trentaine de cadavres, une quarantaine d'autres chats vivants, mais malades, ont été découverts.

Alors qu'il n'est pas rare de découvrir dans les colonnes de la presse locale des affaires semblables à celles-ci, où des personnes se voient jugées pour détention de dizaines d'animaux dans un piteux état, le psychologue clinicien et auteur Philippe Hofman, sollicité par Sciences et Avenir, a déjà eu l'occasion de s'exprimer sur ce trouble. Ou quand un désir, louable à l'origine, se mue en une pathologie destructrice. 

"Une frénésie d'aide"

"Pour rester dans la métaphore du personnage de Noé, nous pourrions dire qu'une personne atteinte du syndrome de Noé récupère les animaux pour les sauver du déluge de l'humanité. Elle les récupère, les soigne et cela avec tous les types d'animaux. C'est un comportement presque addictif", expliquait-il alors, évoquant "une frénésie d'aide" qui aboutit à "un oubli de la réalité et des besoins vitaux de ceux qu'elles sont sensées soutenir. "

Et de poursuivre  : "Les animaux domestiques n'existent plus réellement, ils sont pris dans un système délirant d'accumulation et finissent entassés et malnutris. Autrement dit, encore plus maltraités."

Sur ce point, Sandra Majstorovic, spécialisée dans la maltraitance, explique : "Ces gens sont généralement dans le déni, ils pensent faire le bien alors que, du fait de l'accumulation, ils ne peuvent pas prendre soin de leurs animaux" et "ne veulent pas appeler à l’aide car pour eux, il n’y a aucun souci". 

Les femmes vivant seules principalement touchées

C'est dans les années 1980 que cette pathologie, conduisant à maltraiter les animaux sans volonté de leur nuire, a été repérée par Gary Patronek, vétérinaire et épidémiologiste, alors qu'il dirigeait une antenne locale de la SPCA (Society for the Prevention of Cruelty to Animals). Auteur, en 1999, de la première étude sur le profil des personnes atteintes, il avait mis en évidence, que 76% des individus touchés, à cette époque, étaient des femmes vivant seules et 46% étaient âgés de 60 ans ou plus, rappelle Psychologies.

Plus récemment, une étude brésilienne (Ferreira et al, 2017) est venue corroborer cette tendance, tout en soulignant qu'une population plus variée, comme des personnes mariées avec enfants, est désormais concernée. 

80% des animaux euthanasiés

Et pour cause, analyse pour sa part Pauline Desormiere, vétérinaire, dans sa thèse "Contribution à l’étude de l’animal hoarding en médecine vétérinaire", (Université Claude-Bernard – Lyon I 2015).  Selon cette dernière, le syndrome de Noé est étroitement corrélé au nouveau statut de l’animal dans notre société, où, de plus en plus, il est perçu comme une personne à part entière.

En témoigne le nombre de signalements qui ne cesse d’augmenter et qui a conduit à l'inscription de cette pathologie dans le DSM-V, la Bible des psychiatres. Pour le seul cas des États-Unis, entre 700 et 2000 nouveaux cas seraient repérés en moyenne chaque année, souligne encore Psychologies qui y a consacré un article. Mais dans 80% des cas, animaux sont en si mauvaise conditition, qu’ils doivent être euthanasiés. 

Pour rappel, selon l’article L214-6-1 du Code rural, un particulier qui possède plus de 9 chiens sevrés doit recourir à des mesures sanitaires spécifiques.

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