Vétusté du réseau ferroviaire SNCF : les usagers doivent-ils s'inquiéter ?

Population

RÉACTIONS - Un rapport, révélé ce 21 août par Le Parisien, fait état de nombreuses anomalies décelées sur les 14000 km de voies inspectés. Devant l'inquiétude grandissante, la SNCF, la ministre chargée des transports et la Fédération nationale des associations d'usagers des transports ont tenu à rassurer les voyageurs sur les efforts mis en oeuvre pour assurer leur sécurité.

"Fils électriques rongés, boulons manquants…", le titre du Parisien de ce 20 août à propos des problèmes de maintenance du réseau SNCF n'a pas manqué de faire réagir. Dévoilant un rapport partiel et confidentiel de l'Établissement Public de sécurité ferroviaire (EPSF), le quotidien dresse un constat des anomalies repérées par les enquêteurs sur 14 000 km de voies ferrées, soit la moitié de l'ensemble du réseau. Des anomalies "persistantes" ayant dans le passé provoqué de graves accidents, comme celui de Brétigny-sur-Orge en 2013. La sécurité des usagers est-elle en danger ? Depuis la publication de l'article, le rapport d'audit n'est pas disponible sur le site de l'EPSF et aucun responsable n'a pu être joint. Selon la SNCF, il n’y a "jamais eu autant de contrôles". 

La SNCF parle d'une "baisse de 30% des accidents graves en quatre ans”

La SNCF s’est largement défendue, dans les colonnes du Parisien et auprès de l’AFP. Le groupe confirme la teneur du rapport technique d’audit mais minimise les conclusions tirées par le journal. "Si l'EPSF avait noté des situations graves ou des écarts graves, il a l'obligation de demander des mesures conservatoires immédiates, ce qui n'est pas le cas" a notamment souligné un responsable. Autrement dit, si la situation était si grave, la gendarmerie ferroviaire aurait ordonné l’arrêt de la circulation des trains sur les voies concernées.

“On passe un tiers de notre temps à surveiller le réseau”, assure le directeur général adjoint à la direction opération et production de SNCF Réseau, Olivier Bancel. Le responsable ajoute que "le contrôle et la sécurité ont été complètement remis à plat, avec notamment le lancement de plusieurs trains de surveillance bardés de capteurs électroniques, baptisés Surveil, qui sillonnent jour et nuit le réseau pour vérifier l'intégrité du réseau”. 

Pour répondre aux accusations, le groupe réplique que “pour juger de l'état de la sécurité, il faut plutôt regarder le nombre d'accidents de sécurité remarquables signalés par l'EPSF, qui a baissé de 30% en quatre ans". Selon le groupe, on ne compterait “plus qu’une centaine par an” de ces événements mettant en risque l'intégrité physique des personnes transportées ou à proximité des installations ferroviaires. Des résultats encourageants, en partie dus aux investissements du groupe dans les rénovations. et “entre 800 et 1 000 km de voies sont rénovées chaque année”. Sur l’année 2019, ce sont 1600 chantiers programmés et 5,7 milliards d’euros investis dans le réseau, annonce la dernière mise à jour du site du site de la SNCF.

"Nous allons tous être vigilants", promet Elisabeth Borne

"Je peux vous assurer qu’on a tous en tête l’accident de Brétigny et qu’évidemment, tout est fait pour que cela ne se reproduise pas", a déclaré Elisabeth Borne ce mercredi matin sur RTL. "La sécurité des voyageurs est la priorité numéro 1" pour la ministre en charge des Transports. Elle a donc assuré à son tour qu’il n’y avait pas de problèmes de sécurité à craindre dans l’immédiat et que l’EPSF était simplement "dans son rôle en signalant à la SNCF des insuffisances". Elle s’est engagée à ce que le ministère et l’EPSF soient "vigilants à ce que des correctifs soient apportés à court terme et à moyen terme à ces anomalies".

Elisabeth Borne voit dans ce document, et plus généralement dans les dizaines de rapports émis par l’EPSF chaque année, les conséquences de "décennies de sous-investissement". La ministre estime désormais “y consacrer les moyens nécessaires”, en investissant "plus qu’on ne l’a jamais fait dans le transport ferroviaire". Elle a rappelé que le gouvernement s'est engagé à porter l'effort de modernisation des voies ferrées à 3,6 milliards d'euros par an, soit "50% de plus que ce qui se faisait au cours de la dernière décennie".

La FNAUT ne rapporte pas d'inquiétudes des usagers

Pour Bruno Gazeau, Président de la Fédération Nationale des Associations d'Usagers des Transports et habitué aux plaintes des clients SNCF, il est important de rassurer les utilisateurs. "La sécurité est un droit primordial des voyageurs et une priorité de la FNAUT. C’est donc en toute connaissance de cause que je peux vous assurer que beaucoup de moyens ont été alloués à la sécurité ferroviaire depuis les accidents de Brétigny", assure-t-il à LCI. "Il ne faut pas s’affoler, ce rapport fait partie de la vie normale du ferroviaire, c’est très encadré", ajoute-t-il. "D'ailleurs nous n'avons pas eu de remontée d'inquiétudes des usagers, ils s'inquiètent plus principalement des horaires et des prix".

En énumérant les avancées en matière de contrôles du réseau SNCF, le président cite notamment la création du Haut comité du système de transport ferroviaire, en 2014. “Le gouvernement est plus attentif, la SNCF a pris en compte les retours d’expériences et l’EPSF est là pour rappeler leurs obligations”, estime Bruno Gazeau, satisfait. S’il souligne un problème de “hiérarchie des travaux”, il affirme que “les choses vont dans le bon sens”.

Voir aussi

Même position pour Christian Broucaret, Président de la FNAUT Nouvelle-Aquitaine. Sa région est particulièrement citée dans le rapport, qui se concentrait sur le réseau de l’Ouest de la France. "C’est un état des lieux normal, tout a été monté en épingle", regrette-t-il. "C’est bien la transparence, il faut qu'on ait les informations, mais à l’époque des réseaux sociaux il faut faire attention aux interprétations sans expertise".

"Vu la taille du réseau, la SNCF ne peut pas tout régler d’un coup de baguette magique", considère pour sa part le membre de la FNAUT. "Il va falloir une grosse dizaine d’année pour que tout soit remis à niveau. D'autant qu’il manque de moyens, la SNCF ne parvient pas à recruter sur les postes techniques, ce n’est pas si simple !", reconnaît le porte-parole de la Fédération. Selon lui, les 3 milliards par an promis par Elisabeth Borne sont "suffisants pour rénover petit à petit, mais pas pour faire passer le train du XIXe au XXIe siècle".

Sur le même sujet

Et aussi

Lire et commenter