Viande avariée et reconditionnée : une vidéo accumule 10 millions de vues en quelques jours, s'agit-il d'un nouveau scandale ?

La "remballe" est une pratique ancienne, bien connu de la répression des fraudes.

À LA LOUPE – Postée le 4 février à la mi-journée sur Facebook, une vidéo a accumulé 10 millions de vues en quelques jours. D'où viennent ces images, qui montrent les méthodes frauduleuses de bouchers pour écouler de la viande avariée ? La "remballe" est-elle une pratique couramment pratiquée ?

Avec plus de 10 millions de vues et 40.000 réactions en six jours, une vidéo postée mardi midi sur Facebook a pris une ampleur considérable. La séquence, d'une durée d'environ 4 minutes 30, montre les pratiques frauduleuses de bouchers n'hésitant pas à reconditionner de la viande avariée pour la vendre sous une autre forme aux consommateurs. 

Ces images mettent en lumière une pratique surnommée la "remballe", mais leur source originale n'est nulle part indiquée. C'est un compte intitulé "Food Story" qui les diffuse, mais ne mentionne à aucun moment leur provenance. Impossible par ailleurs d'en savoir plus sur son ou ses administrateurs, dont l'identité reste inconnue. Au premier abord, la forme de vidéo rappelle celle de reportages télévisés, un sentiment qu'aucun élément ne permet de confirmer aisément.

Toute l'info sur

L'info passée au crible

Des images tournées il y a près de 15 ans

Les méthodes utilisées par les bouchers et mises en lumières dans cet extrait sont totalement répréhensibles, mais sont-elles bien réelles ? Lorsque l'on regarde de plus près les images, plusieurs éléments semblent "datés", d'une autre époque. Les tenues, les emballages ou les voitures ne paraissent pas correspondre avec ceux que l'on connaît aujourd'hui, de quoi faire planer le doute sur l'origine de la vidéo et sur la dimension actuelle des pratiques dénoncées. 

Lire aussi

Avant toute chose, il est important de retrouver l'origine de ce reportage. Un examen minutieux de la séquence permet de dénicher un indice déterminant : un plan rapproche de la caméra montre en effet brièvement l'emballage d'un morceau de viande. Sur celui-ci figurent deux dates : l'une pour l'emballage, l'autre pour la limite conseillée de consommation. Il est donc possible, grâce à ces éléments, de conclure que ces images ont été tournées à la fin du mois de décembre 2006, ce qui explique le côté "daté". 

En remontant la piste, ces images appartiennent à un reportage diffusé le 1er mars 2007 sur France 2 dans l'émission Envoyé spécial. La version partagée sur Facebook cette semaine, considérablement raccourcie, a été en partie rognée, de sorte que l'on ne puisse plus voir le logo de la chaîne ni le nom de l'émission en incrustation. Pour faciliter sa consultation, elle a également bénéficié d'un sous-titrage, des modifications qui semblent toutes destinées à accroître la viralité d'un tel contenu.

Toute une filière mise en cause

Les pratiques mises ici en lumière donnent une image très négative de la filière. Le reportage, dès les premières secondes, explique notamment que la "remballe" est selon le boucher interrogé "répandue dans la profession". Qu'en est-il en réalité ? Selon la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF), cette pratique ne date pas d'hier et entraîne des sanctions pour pratiques commerciales trompeuses qui "peuvent aller jusqu’à un emprisonnement de deux ans et une amende de 300 000 euros". 

Si des faits sont observés chaque année, impossible nous explique-t-on d'obtenir des données spécifiques concernant la "remballe", celle-ci n'étant pas détaillée spécifiquement parmi toutes les autres infractions. Si l'on se fie aux données relatives issues des contrôles effectués, on peut observer qu'environ un tiers des établissements visités reçoivent des avertissements pour des motifs d'hygiène. Ces rappels à l'ordre ne signifient pas nécessairement que des infractions graves ou dangereuses pour la santé des consommateurs sont relevées et n'indiquent pas la proportion de ces établissements concernés par la remballe.

Mis en cause, les bouchers se défendent. Représentant de la Confédération Nationale de la Boucherie, Boucherie-Charcuterie, Traiteurs (CFBCT), Victor Martinet a découvert la vidéo avec étonnement. "Il faudrait vraiment vérifier qui est derrière tout ça", lance-t-il, avant d'expliquer qu'il ne se montre pas particulièrement inquiet des répercussions en matière d'image. Car "on voit que c'est ancien", note-t-il, mais aussi car "sur ces images, c'est dans la grande distribution que cela se produit". La CFBCT n'est pas concernée à ses yeux, elle qui représente uniquement les artisans bouchers. "Je pense que les consommateurs ont confiance dans leurs artisans", conclut-t-il optimiste.

En vidéo

Le grand format : les Français aiment-ils toujours autant la viande ?

Des audits menés régulièrement

Du côté de la Fédération du commerce et de la distribution (FCD), on se montre très sensible à la question. "Je ne pense pas qu'il faille botter en touche", réagit Émilie Tafournel, directrice qualité de l'organisation. Que ce soit dans la grande distribution ou chez les artisans bouchers, "si quelqu'un veut frauder il fraudera", lance-t-elle avec fermeté. "Cette pratique était déjà sanctionnée il y a 15 ans", rappelle-t-elle, "mais depuis les contrôles ont été renforcés, que ce soit par l'administration ou en interne chez les distributeurs".

La FCD se réjouit du développement de l'informatisation, qui a permis de mettre en place de nouveaux dispositifs de contrôle, via une "identification des numéros des lots de produits". Ainsi, il est désormais possible de vérifier d'établir des correspondances entre les lots et les étiquettes apposées sur les produits, de quoi minimiser les risques de remballage. "Nous réalisons également des audits en interne", note Émilie Tafournel, "avec des prestataires externes spécialement mandatés." 

"Les scandales liés à la viande de cheval sont passés par là", rappelle la représentante de la FCD, "on vit grâce au consommateur et accordons une grande attention à ses attentes, c'est pourquoi nous faisons le maximum pour nous conformer à la loi."

Vous souhaitez réagir à cet article, nous poser des questions ou nous soumettre une information qui ne vous paraît pas fiable ? N'hésitez pas à nous écrire à l'adresse alaloupe@tf1.fr

Sur le même sujet

Les articles les plus lus

"Jean Moulin était un scientifique" : les perles du test de culture G des candidates à Miss France

Non, l'application TousAntiCovid ne sera pas indispensable pour entrer dans un supermarché

EN DIRECT - Mort de VGE : l'ancien Président sera enterré à Authon ce samedi

Un troisième mystérieux monolithe de métal découvert, en Californie cette fois

Miss France 2021 : passez le test de culture générale des candidates

Lire et commenter