Agression filmée d'une collégienne à Reims : l'inquiétant phénomène du happy slapping

Agression filmée d'une collégienne à Reims : l'inquiétant phénomène du happy slapping
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EFFROI - C'est un phénomène qui prend de l'ampleur chez les jeunes : le happy slapping, ou vidéo-lynchage. Un nouvel exemple à Reims, avec l'agression filmée lundi après-midi d'une jeune collégienne, a suscité de nombreuses réactions indignées.

Sidération ce mercredi matin devant le collège Saint-Rémi de Reims. L'agression à coups de pieds et de poings dont a été victime lundi après-midi une élève de troisième est dans toutes les têtes. A la sortie des cours, ses camarades évoquent un règlement de comptes qui a débuté sur internet avant de dégénérer. "Ils se sont embrouillés sur Snapchat et après ils ont réglé ça", raconte l'un d'eux dans le sujet du 20H de TF1 en tête de cet article. "On a vu la fille par terre qui vomissait du sang, et après le gars s'est barré", renchérit une autre collégienne.

Les images de cette scène d'une rare violence, postées sur les réseaux sociaux, ont été partagées plusieurs centaines de fois.  Ce qui n'a pas échappé aux autres parents de l'établissement, encore sous le choc. "Mon mari m'a envoyé la vidéo de ce qui s'est passé devant le collège de ma fille, et ce que je ne comprends pas, c'est que dans cette vidéo on voit des gens présents, mais personne ne réagit", s'étonne ainsi une maman.

L'auteur présumé de l'agression, âgé de 13 ans, a été placé en garde à vue, ainsi que l'adolescent qui a filmé la scène. La victime, elle, est toujours à l'hôpital et sa famille a porté plainte.

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Aucun contrôle

Ce qui interpelle aussi dans cette histoire, c'est cette pratique qui consiste à filmer à l'aide de son téléphone portable une scène de violence subie par une personne dans le but de diffuser la vidéo sur internet et les réseaux sociaux. Cette "mode" appelée "happy-slapping" ("joyeuses baffes", en français), qui ne date pas d'hier - interrogé par LCI en 2015, le sociologue Christian Papilloud l'émergence du phénomène à la "fin des années 1990" - a pris de l'ampleur en France, gagnant les cours de récréation, et de nombreuses vidéos sont ainsi partagées. Dans ces scènes filmées, les protagonistes sont tous coupables : ceux qui commettent les violences, ceux qui les filment, et ceux qui les diffusent.

Valentin en a été victime il y a huit ans. Pour la première fois, il a accepté de se confier face aux caméras de TF1, et d'évoquer le traumatisme que le temps n'a pas effacé. "Gratuitement, il y a un petit groupe de collégiens qui sont venus me mettre par terre, me taper, filmer et poster la vidéo sur Facebook. Avec tout ce qui s'en suit : harcèlement pendant des semaines, des mois, quelques années même", se remémore-t-il.

Des années à redouter d'aller à l'école, à faire des cauchemars, car la particularité de ces lynchages filmés c'est qu'ils échappent à tout contrôle et pour longtemps. "L'agression, c'est un moment précis, c'est presque bref, ça dure quelques minutes. Alors que la vidéo est sur internet, et tout ce qui arrive sur internet, ça reste", poursuit le jeune homme.

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VIDÉO LCI PLAY - Victime de "happy slapping" à l’âge de 10 ans, il témoigne

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Cette violence qui naît et se prolonge en ligne est devenue l'un des grands enjeux des chefs d'établissement, qui sont le plus souvent impuissants. "Tous ces phénomènes de réseaux sociaux avancent plus vite que nous. Vous avez aujourd'hui un enfant de 11 ans qui a un téléphone portable et qui peut avoir accès au monde extérieur sans contrôle. Et ces situations sont vraiment difficiles", explique Radouane M'hamdi, le proviseur du lycée André Boulloche de Livry-Gargan, en Seine-Saint-Denis.

La diffusion de vidéos d'agression est passible de cinq ans d'emprisonnement et 75.000 euros d'amende, mais les agresseurs souvent mineurs sont rarement condamnés.

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