VIDÉO - "Je n'ai pas pu voir son dernier souffle" : Patrice verbalisé et empêché d'aller dire au revoir à son père mourant

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TÉMOIGNAGE - Habitant le Loir-et-Cher, Patrice Dupas a roulé 300 kilomètres pour rendre une dernière visite à son père en fin de vie. L'accès à l'Île de Ré, où ce dernier résidait, lui a été refusé par un gendarme invoquant le respect des règles de confinement. Il raconte cette difficile épreuve à LCI.

Il voulait passer un peu de temps avec son père mourant. Le 3 avril dernier, Patrice Dupas reçoit un appel de sa belle-mère. Celle-ci informe le viticulteur de 51 ans qu'il doit se rendre au chevet de son père, âgé de 82 ans, résident sur l'Île de Ré, à qui on a diagnostiqué quelques jours plus tôt un cancer généralisé. "Cela faisait quelque temps qu'il n'était pas en forme. Il a passé un IRM le 26 mars au moment du confinement. Le résultat est tombé le 30 mars indiquant qu'il souffrait d'un cancer généralisé", raconte ce jeudi 16 avril sur LCI le viticulteur du Loir-et-Cher, dont l'histoire a été relayée par la presse locale. 

Bien décidé à rendre visite à son père une dernière fois avant qu'il s'en aille, Patrice contacte la gendarmerie de son département avant de prendre la route. "Je voulais savoir si j'avais la possibilité de me déplacer jusqu'à l'Île de Ré", situé à environ 300 kilomètres de son domicile, en raison des mesures de confinement décrétées par les autorités, expose-t-il. "J'ai expliqué mon cas. J'ai eu un retour m'expliquant que c'était un motif familial impérieux. Il n'y avait aucun problème." 

Le samedi 4 avril au matin, l'habitant de Saint-Romain-sur-Cher monte seul dans son véhicule, muni de son attestation de déplacement dûment complétée, et prend la direction du golfe de Gascogne. "Je roule tranquillement. Je sors de l'autoroute A10, et là je tombe sur un premier contrôle", auquel le vigneron se soumet. Il présente ses documents au gendarme, qui lui demande le motif impérieux de son voyage. Patrice Dupas lui explique alors que son père est en phase terminale d'un cancer et qu'il souhaite le voir. L'adjudant acquiesce et l'autorise à continuer sa route : "Allez-y, bonne route et bon courage". 

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"Vous êtes amendable, vous n'allez pas le voir"

Arrivé sur le pont de l'Île de Ré, il ne lui reste plus que trois kilomètres à rouler pour arriver jusqu'à chez son père. De l'autre côté, il tombe nez à nez avec "une quinzaine de gendarmes", qui le contrôlent à nouveau. "Je me suis dit que ça allait durer 30 secondes comme le premier contrôle. Sauf que ce n'est pas le cas", relate Patrice Dupas. "Je me fais contrôler par un maréchal des logis, un gendarme gradé, officier de police judiciaire. Il prend mon attestation et commence à me dire 'non, vous n'avez pas à rentrer sur l'Île, votre motif n'est pas justifiable'." "Poli et courtois", le viticulteur lui confie alors son histoire.

Mais le gendarme lui refuse toujours l'accès. "Il me dit : 'non, on ne va pas voir les anciens dans les Ehpad donc vous n'allez pas voir votre père'." Il a beau lui expliquer que son père est hospitalisé à domicile, son interlocuteur ne veut rien entendre. "Non, vous êtes amendable, vous n'allez pas le voir", lui répète le gendarme, qui le verbalise et le prie de faire demi-tour. Avertie de la situation, la belle-mère du vigneron tente, par téléphone, de plaider sa cause auprès du militaire. Malheureusement, en vain. Puis c'est au tour du médecin de famille, toujours au bout du fil, d'essayer d'infléchir la position du maréchal des logis. "Il a écouté sans écouter. Il était plus intéressé à aller contrôler les autres véhicules qui rentraient sur le pont que mon histoire", regrette Patrice. Les multiples appels passées à la gendarmerie locale, aux élus et à la préfecture ne sont pas plus fructueux. 

J'avais le droit de le voir, j'étais dans mon bon droit- Patrice DUPAS, empêché de voir son père mourant

Obligé de se rendre à l'évidence, l'habitant du Loir-et-Cher décide finalement de rebrousser chemin. "J'étais à trois kilomètres de mon père et je rentre chez moi", confie-t-il, la gorge nouée. De retour chez lui, à Saint-Romain-sur-Cher, il contacte le soir-même la gendarmerie via une plateforme internet. On lui confirme que son motif était valable et qu'il aurait dû être autorisé à visiter son père. "J'ai aussi fait un courrier en recommandé au procureur de la République de La Rochelle", une lettre restée sans réponse jusqu'à ce jour, et déposé un signalement auprès de l'inspection générale de la gendarmerie nationale (IGGN).

Trois jours plus tard, son père décède des suites de son cancer. "Ma belle-mère lui a dit que j'avais tenté de venir le dimanche. Il a essayé de pleurer, sans avoir de larmes." Son état de santé s'est dégradé par la suite. "Il a été sédaté. Il s'est endormi définitivement le mardi soir à 23h30. Je n'ai pas pu voir mon père avant qu'il ne meure alors que j'étais dans mon bon droit." "Je ne l'ai pas vu avec son dernier souffle, je n'ai pas pu lui parler alors que j'avais le droit de le voir", se lamente Patrice Dupas, qui ne reverra son père que, deux jours plus tard, dans la chambre funéraire. Les derniers mots que j'ai eus de lui, c'était huit jours avant au téléphone. Il m'a dit 't'inquiètes, on se reverra', mais je n'ai pas pu le voir." S'il ne veut pas faire un procès à la gendarmerie, il attend "au minimum" des excuses officielles. "Il faut qu'ils admettent qu'ils ont fait une erreur."

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Ce jeudi, la porte-parole de la Gendarmerie nationale Maddy Scheurer a reconnu que les gendarmes n'avaient "pas perçu le degré d'urgence» du déplacement de Patrice Dupas. «Il y a eu une véritable incompréhension. C'est malheureux. Nous le regrettons et nous comprenons sa peine", a ajouté la militaire. M. Dupas a saisi l'Inspection générale de la Gendarmerie nationale (IGGN) et une "réponse" sera "donnée rapidement", a poursuivi la porte-parle en précisant que la gendarmerie avait fait les démarches nécessaires pour annuler la contravention. 

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