Avec le masque obligatoire, les sourds et malentendants "un peu plus coupés du monde"

Avec le masque obligatoire, les sourds et malentendants "un peu plus coupés du monde"
Population

TÉMOIGNAGES - Empêchant de pouvoir lire sur les lèvres, le masque fait se dresser un nouvel obstacle dans la vie sociale et quotidienne des personnes sourdes et malentendantes. Plusieurs d'entre elles nous racontent les difficultés qu'engendre la généralisation de son port, désormais obligatoire dans les lieux publics clos.

Lorsqu'au mois de mars, elle a vu les masques commencer à recouvrir les visages dans les rues, Suzy Margueron a été prise d'une "angoisse irrépressible". En temps normal, faire ses courses, commander au restaurant ou tout simplement avoir une conversation avec quelqu’un n'est déjà pas facile lorsqu'on est, comme elle, atteint de surdité profonde. "Dans les grandes villes, il faut sans cesse se concentrer pour identifier les sons parmi la cacophonie ambiante", explique la jeune femme. Et ces activités quotidiennes sont rendues encore plus difficiles par le port du masque. Avec cette mesure barrière, devenue lundi obligatoire dans les espaces publics clos, impossible de lire sur les lèvres et de bien comprendre son interlocuteur. 

Même si elle porte, comme Suzy, un appareil auditif, Manon, 21 ans, sourde de naissance, s'aide elle aussi de la lecture labiale lorsqu'elle échange avec quelqu'un. Mais désormais, les masques qui couvrent les visages et déforment les voix rendent son quotidien difficile et fatiguant. "C'est vraiment perturbant dans la vie de tous les jours, nous confie-t-elle. Dans les centres commerciaux par exemple, avec la musique ou les bruits qui m'entourent, j'ai beaucoup plus de mal à entendre les personnes avec qui je suis ou les vendeurs dans les magasins. Au travail, je dois souvent faire répéter les choses à mes collègues." 

"Un bon moyen de sensibiliser"

"Parfois, il est impossible de commencer une discussion",  affirme même Cédric Lorant, président de l'association Unanimes, l'Union des associations nationales pour l'inclusion des malentendants et des sourds. Une rupture qui renforce l'exclusion.  "Ce que je ne vivais auparavant qu'avec le personnel soignant s’est généralisé à toute la population, déplore Sarah Flinois, juriste malentendante de 32 ans. Je me sens un peu plus coupée du monde et des autres que d’habitude".

Interrogé par TF1 dans le reportage du JT de 20H en tête de cet article, Olivier relativise. Lorsque son interlocuteur porte un masque, il lui demande de l'abaisser pour pouvoir le comprendre. "Cela m’a rapproché des personnes, le fait d’expliquer ma surdité", assure-t-il, disant y voir "un bon moyen de sensibiliser" la population aux difficultés rencontrées par les personnes sourdes et malentendantes. Mais Cédric Lorant souligne qu'il est très délicat de demander aux autres de faire tomber le masque, cela revenant à leur demander de prendre des risques sanitaires.  

Un solution : le masque transparent

Face à cet obstacle de plus pour les sourds et malentendants, plusieurs initiatives ont vu le jour.  Anissa Mekrabech, une Toulousaine qui travaille dans la maroquinerie, a par exemple mis au point un masque transparent, constitué d’une petite visière au niveau de la bouche. 

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Et elle n'est pas la seule à s'y mettre. Le lycée Louise Michel de Nanterre, spécialisé dans les formations de la mode, qui s’était lancé dans la production de masques en tissu au mois d'avril, lance également son prototype de masques transparents lavables.

L'association Unanimes a elle-même collaboré avec des couturiers pour élaborer des prototypes. "Nous avons appris lundi matin que deux modèles allait être vendus avec homologation", se réjouit son président. Mais pour constituer une véritable aide, encore faut-il que l'usage de ces masques inclusifs se généralise, notamment chez le personnel soignant, les commerçants, dans les services publics ou les écoles. "Il est indispensable que ceux-ci soit distribués dès leur mise à disposition sur le marché français. L'angoisse, l’exclusion et la solitude engendrées par l’incompréhension sont des facteurs aggravants de nombreuses pathologies", peut-on ainsi lire sur le site internet de Surdifrance.

Un problème qui concerne de nombreux Français. Selon la dernière étude quantitative sur le handicap auditif publiée en 2014, si 182.000 personnes sont atteintes de surdité complète dans l'Hexagone, près de 7 millions déclarent avoir une déficience auditive. "On est sur un public potentiellement bloqué de 2,5 millions de personnes", estime Cédric Lorant.

Des efforts demandés aux responsables politiques et aux médias

Cédric Lorant aimerait également voir les responsables politiques prendre part à ce combat. "Si nous avons des masques homologués, cela serait bien qu'eux aussi les portent pour vraiment adresser un message très fort à la population".

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De son côté, Suzy Margueron souligne que les médias ont également des efforts à faire : "Les différentes chaînes de télévision sont peu nombreuses à nous offrir un sous-titrage de qualité. Interviewer un député ou un ministre qui porte un masque est reçu comme une insulte par un malentendant, qui ne peut comprendre la totalité du message sans le sous-titrage."

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