"Pas encore remis de la première vague" : à Paris, les soignants redoutent la "marée" de malades qui s'annonce

"Pas encore remis de la première vague" : à Paris, les soignants redoutent la "marée" de malades qui s'annonce
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TÉMOIGNAGES - Alors que l'AP-HP a déclenché son plan blanc ce jeudi 8 octobre, nous sommes allés à la rencontre de trois acteurs du terrain hospitalier d'Île-de-France. Ils confient leurs craintes alors que les prochaines semaines s'annoncent très difficiles.

Alors que l'ARS d'Île-de-France a annoncé le déclenchement d'un plan blanc renforcé dans les établissements de santé de la région parisienne, en prévision d'une "marée très forte" de malades du Covid-19 dans les prochains jours, les soignants de la région se disent épuisés, physiquement et psychologiquement. Tous pointent le manque d'effectifs qui affecte leurs services, et la charge de travail qui leur incombe au quotidien. 

Nicolas Kaziolas est infirmier aux urgences de l'hôpital Tenon à Paris. Lui comme ses collègues sont "fatigués et en colère", décrit-il. "Depuis le début de l'année, on travaille dans des conditions de travail très difficiles. Aujourd'hui, je suis passé dans mon service, il manquait deux infirmières", raconte-t-il. Le Ségur de la Santé l'a déçu : "On attendait un plan Marshall de l'hôpital avec des embauches, et on a l’impression d'être revenu il y a dix-huit mois..."

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Célia Bouvier, elle, est infirmière en réanimation à l'hôpital de la Pitié-Salpétrière depuis cinq ans. Lors de la première vague, elle faisait aussi partie de ces travailleurs "en première ligne", et elle n'a guère eu le temps de souffler et de récupérer depuis le mois de mai. La semaine dernière, une note de l'AP-HP adressée aux chefs de service, que LCI a pu consulter, expliquait notamment que "les contraintes de continuité de service liées au contexte épidémique sont susceptibles de conduire à annuler une majorité des jours de congé initialement programmés, notamment sur la période des vacances de la Toussaint". Le document précisait toutefois que si la situation le permettait dans les services, les jours de congés planifiés pourraient être pris. 

Mais cette perspective est démoralisante pour la jeune femme : "On nous dit qu'on n'aura pas nos congés de la Toussaint, comme on l'a vécu en mars dernier. On manque de motivation, d'énergie : on n'a pas eu le temps de se remettre de la première vague", soupire la jeune femme. Elle assure toutefois qu'elle répondra une nouvelle fois présente mais n'exclut pas, d'ici quelques temps, de raccrocher la blouse.

Des problématiques de recrutement récurrentes

Cette situation, Jean-Michel Constantin, chef de service de réanimation à la Pitié-Salpétrière, la connaît bien. Il la voit et la vit depuis des années. "On est sous tension depuis 20 ou 30 ans, ces personnels ont été la variable d'ajustement des dépenses durant des années. Cela nous a amené à un système contraint, et notre marge de manœuvre est ridicule", estime le professionnel de santé. 

En effet, la problématique des moyens humains ne date pas de la crise sanitaire. Selon les différentes études, les paramédicaux (infirmiers ou aides-soignants) se détournent des hôpitaux après 5 à 7 ans d’activité́, et à ces démissions s'ajoute la difficulté de recruter ces spécialistes des soins. L'hôpital attire de moins en moins de postulants en raison, selon les syndicats, de salaires trop bas et de conditions de travail devenues très difficiles. Ces problématiques avaient participé au déclenchement du mouvement de grèves dans les services d'urgence en mars 2019. 

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Selon les derniers chiffres de l'ARS Île de France, ce mercredi 7 octobre, 2.439 "patients Covid+" étaient hospitalisés dans la région, dont 455 en "soins critiques", soit plus de 40% des lits de réanimation de la région. Aurélien Rousseau, directeur général de l'ARS, avait prédit en début de semaine que le seuil des 50% serait atteint "dans les 15 prochains jours". "La pression monte chaque jour", a-t-il affirmé, précisant avoir aussi "déclenché le dispositif de régulation régionale des lits de réanimation" déjà mis en place pendant la première vague épidémique du printemps.

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