Vidéo d'un usager violemment pris à partie par des agents de sûreté RATP : que s'est-il passé ?

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A LA LOUPE - Un usager de la Régie autonome des transports parisiens (RATP) a posté sur Twitter une vidéo devenue virale. Elle montre son altercation avec des agents de la sûreté, survenue après l'arrestation d'une personne noire. Cet internaute accuse la police de contrôle au faciès et les agents de la RATP de l'avoir agressé. LCI a tenté de retracer le déroulé des faits.

"Je viens de me faire agresser par la sécurité RATP pour avoir filmé une interpellation violente de la police suite à un contrôle au faciès d’une personne noire", dénonce sur Twitter Adel. "On m’a poussé, insulté alors que j’étais en règle et parfaitement dans mon droit. Filmer les forces de police est LÉGAL", ajoute-t-il. Son post est accompagné d'une vidéo. 

On y découvre un homme noir aux cheveux longs, recouverts d'un bonnet, emmené par des policiers. Des agents de la sûreté de la Régie autonome des transports parisiens (RATP) sont également présents. L'un d'entre eux demande aux usagers de "reculer". Voyant l'auteur filmer la scène, il l'interpelle, puis lui demande son titre de transport et d'éteindre son téléphone.

"Monsieur vous filmez, éteignez votre téléphone", lui demande-t-il encore. "On a le droit de filmer", lui répond le jeune homme. "Moi j’ai le droit de vous contrôler, vous vous calmez."

Le ton monte peu à peu. Deux autres agents interviennent, indiquent qu'ils vont donner son identité à la police. "On en a marre des gens comme toi, lance un agent, t’as pas de vie, tu filmes, tu sais même pas ce que tu filmes." Puis Adel est enjoint à quitter le métro. "On a le droit de vous mettre dehors, sortez" entend-on sur la vidéo. Le jeune homme est bousculé, sa carte de transport tombe au sol. "Dehors, casse-toi, dépêche-toi", "Dégages", lui crie-t-on, alors qu'il explique vouloir emprunter "la ligne 1". Une autre insulte, plus grossière fuse au loin, sans que l'on sache avec certitude si elle provient d'un agent. Un "Non tu prends pas les transports aujourd’hui" conclut la vidéo.

En l'espace de 24 heures, la vidéo a été vue près de 484.000 fois et comptabilise près de 15.000 retweets.

Que s'est-il passé ? Nous avons pu entrer en contact avec Adel, le jeune homme qui a posté la vidéo. "Je sortais du RER et je me dirigeais vers le métro, un homme se faisait contrôler et je voyais déjà des personnes s’arrêter ou intervenir, c’est ce qui m’a interpellé, nous explique-t-il. L’homme était calme mais se plaignait d’avoir subi des contrôles d’identité plusieurs fois en peu de temps - dans la même semaine je crois - et il voulait se rendre à son travail."

A ce moment-là, le jeune homme résidant en banlieue parisienne ne fait qu'observer. "Les agents de police n’ont pas aimé que l’homme se plaigne et ont décidé de l’interpeller. L’homme ne voulait pas, donc à plusieurs ils se sont mis sur lui pour l’emmener, c’était mouvementé". C'est à ce moment-là qu'Adel sort son téléphone. La scène se serait déroulée vers 15h20, il poste la vidéo quelques minutes plus tard sur Twitter.

Une procédure disciplinaire engagée contre les agents de la RATP

Le service clients de la RATP a réagi dans l'heure sur le réseau social, en dénonçant les propos tenus par ses agents et en demandant de plus amples informations pour mener l'investigation. "La réaction dans l’immédiat du community manager de la RATP est normale, mais j’attends un second retour à propos des agents concernés", souligne Adel, qui envisage de porter plainte.

L'entreprises de transports n'a, par la suite, plus réagi sur le réseau social. Contactée par LCI, elle nous indique avoir "pris cette affaire très au sérieux". "Une enquête interne a été lancé lundi soir pour comprendre au mieux ce qu'il s'était passé", souligne la RATP. "Sur la base des premiers éléments recueillis - rapports des agents, analyse de la vidéo -, la RATP va engager des procédures disciplinaires, nous assure-t-on. Les agents vont être reçus par leur encadrement." La procédure étant en cours, la société n'a pas souhaité nous communiquer les possibles sanctions encourues.

Deux éléments sont dénoncés. La RATP "condamne tous propos injurieux", indique-t-elle. Par ailleurs, "l'article L.2241-6 du code des transports, prévoit que les agents GPSR (Groupe de Protection et de Sécurité des Réseaux , ndlr) peuvent dans certaines circonstances enjoindre une personne à quitter les espaces de la RATP". Or "la vidéo diffusée ne permet pas de légitimer la reconduite du voyageur hors des enceintes de la RATP".

Les agents de la sûreté étaient toutefois dans leur droit en refusant d'être filmés. S'ils sont assermentés et ont le droit de porter une arme, ils ne sont pas fonctionnaires de police. Une note du ministère de l'Intérieur de 2018 indiquait que "les policiers ne peuvent faire obstacle à l’enregistrement ou à la diffusion publique d’images ou de paroles à l’occasion de l’exercice de leurs fonctions". Mais pour les autres citoyens, le droit au respect de la vie privée (article 9 du code civil) s'applique. Une personne peut donc opposer son droit à l'image.

Filmer dans l'enceinte de la RATP reste cependant possible. Si une autorisation préalable est demandée pour des tournages commerciaux ou de la presse, ce n'est pas le cas pour les simples usagers.

Un contrôle au faciès ?

Au-delà de son cas personnel, si Adel a posté cette vidéo, c'était également pour dénoncer les contrôles au faciès de la police et les abus. Sur ce point, la RATP nous explique ne pas pouvoir se prononcer : "l'homme a été arrêté par des fonctionnaires de police, pas par nos agents". Du côté de la préfecture de police, on nous renvoie au parquet. Contacté par LCI, ce dernier ne nous a pas apporté de réponses à l'heure de la publication de cet article. Pourquoi cet homme était-il contrôlé ? Pourquoi a-t-il été arrêté ? Une mise à jour sera réalisée, quand nous aurons recueilli plus d'informations.

Sur Twitter, les témoignages se sont en tout cas multipliés, pour dénoncer les contrôles au faciès.

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