Des traces de pesticides retrouvées dans l’eau du robinet : faut-il s'inquiéter ?

Des traces de pesticides retrouvées dans l’eau du robinet : faut-il s'inquiéter ?
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ENQUÊTE - C'est un rapport qui a de quoi inquiéter. Selon l'association Générations futures, l'eau du robinet contient des traces de pesticides et de perturbateurs endocriniens. Pour autant, cela ne remet pas en cause la qualité de cette eau, tempèrent les autorités.

Buvez-vous régulièrement de l'eau du robinet ? Deux Français sur trois en consomme chaque jour, alors si la réponse est oui, le rapport publié ce mercredi par Générations futures va certainement vous laisser perplexe. L'association a en effet décidé d'éplucher les analyses effectuées par les Agences régionales de Santé (ARS), qui contrôlent la qualité de l'eau du robinet, "pour voir notamment si la nature des molécules est préoccupante",  explique à l'AFP son président, François Veillerette. Et les résultats ne sont guère rassurants.

Après avoir passé au crible plus de 8.800 analyses "ayant révélé la présence d’au moins un résidu de pesticide au-delà des limites de quantifications", sur environ 273.500 prélèvements au total, il en ressort "15.990 quantifications individuelles de pesticides", dont 38,5% sont des CMR (des agents chimiques, ndlr), et 56,8% des perturbateurs endocriniens suspectés. Le pourcentage monte à 78,5% en comptabilisant les molécules ayant l'une ou l'autre de ces propriétés ou les deux, poursuit l'association.

"Des normes très strictes"

Toutefois, "cela ne remet pas en cause la qualité de cette eau", tempère le ministère de la Santé, qui avance qu'en 2018, "90,6% de la population a été alimentée en permanence par de l’eau respectant les limites de qualité réglementaires pour les pesticides"

L'eau potable, "aliment le plus contrôlé en France", répond à des normes très strictes, explique de son côté Maryllis Macé, la directrice du Centre d'information sur l'eau, association créée par les distributeurs d'eau. Pour les pesticides, "on ne doit pas dépasser 0,1 microgramme par litre et par molécule" et 0,5 microgramme toute substance confondue, indique-t-elle.

Même son de cloche pour Philippe Knusmann, le directeur général du syndicat des eaux d'Ile-de-France (SEDIF), qui gère le service public de l’eau potable pour le compte de 151 communes de la région parisienne : "C'est une eau excellente puisque nous respectons les normes, mais nous allons aussi plus loin dans les désirs du consommateur en abaissant notamment les teneurs en chlore et en calcaire. Donc il peut être totalement rassuré lorsqu'il ouvre son robinet", dit-il au 20 heures de TF1.

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Sept substances interdites

Mais Générations futures persiste et signe. L'association s'inquiète notamment des effets des perturbateurs endocriniens sur la santé, qui sont encore mal connus, "car ils peuvent agir à de très faibles niveaux d'exposition", et les chercheurs suspectent des "effets cocktail" en présence de plusieurs substances. "La proportion de produits problématiques est vraiment importante", critique François Veillerette, qui regrette l'impossibilité de comparer les départements, les mêmes substances n'étant pas recherchées partout. 

Parmi les dix molécules les plus quantifiées, sept sont interdites depuis les années 2000, dont le métolachlore et l'atrazine, des herbicides, ou encore l'oxadixyl, un fongicide. La majorité sont des herbicides. "Cela montre bien la persistance de certaines molécules qu'on ne retrouve qu'aujourd'hui dans les nappes phréatiques", souligne Nicolas Malval, ingénieur en biologie et biotechnologies chez Générations futures.

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Pour l'association de défense de l'environnement, la solution n'est pas de se tourner vers l'eau en bouteille, mais par principe de précaution, elle demande "qu’une politique efficace de réduction de l’usage des pesticides soit enfin appliquée". La France a lancé plusieurs plans, dits Ecophyto, pour réduire la consommation de produits phytosanitaires en agriculture, mais ils se sont soldés par des échecs : cette consommation a augmenté de 21% en 2018, quand elle était censée diminuer de moitié en dix ans, malgré 400 millions d'euros dépensés.

Cet objectif a été repris par l'Union européenne. En mai, la Commission s'est engagée à proposer de réduire de moitié "l'utilisation de pesticides" d'ici 2030.

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