Albert Camus a-t-il été assassiné par un agent du KGB ? La piste est relancée

Albert Camus a-t-il été assassiné par un agent du KGB ? La piste est relancée
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ENQUETE - Dans un livre, l'écrivain italien Giovanni Catelli affirme que Albert Camus, mort dans un accident le 4 janvier 1960, aurait été assassiné par des espions KGB. Une thèse controversée qu'il soutient depuis presque dix ans.

Le 4 janvier 1960, les 355 chevaux d'une Facel Vega percutent violemment un platane le long de la nationale 5, un peu au sud de Fontainebleau. A son bord, le directeur des éditions de "La Pléiade", Michel Gallimard, qui décédera des suites de ses blessures, et Albert Camus qui meurt sur le coup. Une stupéfiante bande d'actualités disponible sur l'INA rend compte de la tragédie. La vitesse, l'éclatement d'un pneu seraient en cause. Un accident, donc. Et s'il s'agissait d'un assassinat ? A quelques semaines du 60e anniversaire de sa disparition, l'écrivain italien Giovanni Catelli se permet le doute et se range du côté des sceptiques remettant en cause la version officielle. 

Pas une théorie farfelue tenant sur un tweet de 140 signes : dans un ouvrage intitulé "La mort de Camus", publié chez Balland, Giovanni Catelli a mené de longues investigations pour tenter d’éclaircir les zones d’ombre de l’affaire. L'auteur avait déjà défrayé la chronique en 2011 en évoquant sa théorie sur la mort de l'auteur du "Premier homme" dans un article paru dans le Corriere della Sera. Sa thèse reposait sur les propos posthumes de Jan Zabrana (1931-1984) dans un livre intitulé "Toute la vie". Le poète tchèque y mentionnait, en quelques lignes de son journal, avoir entendu un proche dévoiler le complot. De quoi corroborer aussi les propos de Herbert Lottman qui, dans une biographie dédiée parue en 1978, levait le voile sur le mystère. La minutie de son enquête a été saluée par l'écrivain Paul Auster convenant qu'après lecture, il devient difficile de ne pas "ranger la mort de Camus au rang des assassinats politiques".

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Une forte opposition au régime soviétique

Que soutient au juste Giovanni Catelli dans sa thèse ? Que le pneu évoqué dans l'accident serait en réalité la marque de l'espionnage soviétique, qui l'aurait fait taillader "par des espions tchèques", pour qu'il explose à grande vitesse, faisant d'Albert Camus la victime d'un assassinat politique.

Mais pourquoi le KGB, l'ancêtre du FSB russe, aurait-il voulu éliminer un écrivain français ? Catelli affirme que l’ordre d’assassiner Albert Camus aurait été donné par Dmitri Shepilov, alors ministre soviétique des Affaires internes, à la suite d’un article publié par Camus dans le journal français Franc-Tireur en mars 1957. D'après lui, ce n’était pas la première fois que l’auteur de "La Peste" affirmait dans la presse son opposition au régime soviétique. "Camus avait dénoncé la répression soviétique de l'insurrection de Budapest en 1956, il avait soutenu Pasternak, l'auteur mal vu du "Dr Jivago" pour le prix Nobel et il fallait faire taire les voix discordantes avant la visite de Nikita Khrouchtchev en France", énumère le chercheur. Les services secrets soviétiques auraient, selon lui, semé la mort pour saluer le dégel de relations diplomatiques.

Une thèse qui n'en reste pas moins controversée voire contestée, notamment par Maurice Petit, animateur littéraire à l'origine de rencontres consacrées à Albert Camus en 2013 à Montauban : "Sa mort a choqué tout le monde, c'est vrai que Camus a aidé des réfugiés hongrois. Mais en 1960, le KGB avait d'autres chats à fouetter."

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