Faire signer une charte de la laïcité dans les clubs de sport amateur, est-ce efficace ?

Faire signer une charte de la laïcité dans les clubs de sport amateur, est-ce efficace ?

MÉLANGE DES GENRES - Emmanuel Macron a prononcé ce vendredi aux Mureaux un discours très attendu sur le séparatisme religieux et notamment annoncé la généralisation des chartes de laïcité. En Île-de-France, les associations sportives subventionnées par la région le font déjà depuis plusieurs années. Mais est-ce vraiment efficace ?

En cette rentrée 2020, tous les adhérents du club de boxe Top Rank de Bagnolet (Seine-Saint-Denis) ont désormais l'obligation de signer une charte de laïcité pour valider leur inscription. Elle est même affichée un peu partout, sur les murs.  "Pour moi, ça veut dire que, peu importe ton origine, ton sexe, ton âge, ça ne change rien, tu peux venir ici et boxer comme tu le sens", réagit, après lecture et signature de ces principes républicains, Mehdi, l'un des nouveaux inscrits. 

La question de la religion se trouve directement à l'origine de cette charte. En effet, c'est par crainte d'une radicalisation des jeunes sportifs que la région impose ce texte aux clubs subventionnés, en leur demandant explicitement de faire passer le message.  "On doit être très, très vigilants, partout. Il y a des sports où il y a plus de collectif, où il y a plus de groupes qui se réunissent, et c'est là qu'on a notre responsabilité et tout notre rôle à jouer. Donc on est très, très vigilants", assure Souad Soulimani, le présidente du club.

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Sur le ring, en revanche, les avis sont partagés. "Il y a pas de minorité qui sont mises en valeur. Ce qu'on veut, c'est que tout le monde soit bienvenu", commente une boxeuse, le front en sueur. "Je n'ai pas vu une messe ici, ou un shabbat, ou une prière musulmane du vendredi, on est dans un club de sport, hein", rigole l'un de ses partenaires. Avant de se faire plus sérieux : "Mais si un jour il y a un regroupement, moi, ça ne me choquerait pas. Chacun fait ce qu'il veut !"

En Île-de-France, la vigilance des autorités se porte essentiellement sur les sports de combats et le football. En 2017, deux entraîneurs fichés S avaient été expulsés d'un club dans l'Essonne. Et depuis, au siège de la région, chaque demande de subvention est minutieusement épluchée, tandis que les réseaux sociaux des associations sont passées au crible sur une durée de cinq ans, pour éviter toute mauvaise surprise.

Une quinzaine de suspicions de radicalisation par an

On compte, chaque année, une quinzaine de suspicions de radicalisation, sur près de 3.000 dossiers de demandes de subventions au total. Quels signes conduisent à donner l'alerte ? "Quelqu'un qui refuse de serrer la main des femmes, qui refuse d'être entraîné par des femmes, quelqu'un qui tient un discours complotiste, ou homophobe, ou contre la République, explique Patrik Karam, vice-président de la région Île-de-France. Nous regardons ensuite qui sont les porteurs de cette association, le président, le secrétaire général, le trésorier, qui ils ont fréquenté, quel discours ils ont pu tenir."

Problème : après avoir coupé la subvention, la région ne peut guère aller plus loin. Elle n'a en tout cas par le pouvoir de dissoudre l'association.  Ce qui fait dire à François Pupponi, député du Val d'Oise, que la charte demeure inefficace pour lutter contre la radicalisation. "Dans une association, on peut attraper ceux qui le font bêtement, ouvertement, parce qu'on aura des témoignages, d'autres membres qui signaleront, mais pour les gens qui le feront insidieusement et 'intelligemment', on aura du mal, sauf à ce que les services de renseignement fassent un travail de fond", argue-t-il... Après la région Île de France, Nice puis tout le département des Alpes-Maritimes, la ville de Montpellier vient à son tour d'imposer sa propre charte. 

Lors de son discours sur le séparatisme vendredi, Emmanuel Macron a annoncé que toute association sollicitant une subvention publique devra signer une charte de la laïcité. Les associations qui se radicalisent auront aussi l'obligation de rembourser les subventions et le chef de l'Etat a indiqué que les motifs de dissolution des associations seraient repensés et élargis. 

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