"Il n'était pas question de se rendre" : le témoignage poignant d'Hubert Germain, l'un des derniers compagnons de la Libération

"Il n'était pas question de se rendre" : le témoignage poignant d'Hubert Germain, l'un des derniers compagnons de la Libération
Population

TÉMOIGNAGE - À 99 ans, Hubert Germain est l'un des quatre derniers compagnons de la Libération sur les 1038 personnes à avoir été distinguées. Alors qu'un hommage leur sera rendu le 14 juillet lors du défilé sur la place de la Concorde, le vétéran a accepté de se livrer au micro de TF1.

Le 14 juillet prochain, jour de la fête nationale, sera l'occasion d'un grand hommage au général De Gaulle. Il y a 80 ans, il était à Londres où il allait incarner la résistance. Parmi ceux qui l'ont rejoint à l'époque, un certain Hubert Germain. Âgé de 99 ans, ce dernier est aujourd'hui l'un des quatre compagnons de la Libération encore vivants, sur les 1 038 à avoir été distingués. Un hommage leur sera rendu le 14 juillet lors du défilé sur la place de la Concorde. Grand-croix de la légion d’honneur, croix de guerre 39-45, médaille de la résistance, Hubert Germain n'a pas encore 20 ans lorsqu'il décide de faire front aux Allemands.

Dans les rangs de De Gaulle à 20 ans

 Sa vie bascule en juin 1940 à Bordeaux, alors que l’armée française s’est effondrée face à l’invasion allemande. Précisément au moment où il débute son concours d’admission pour devenir officier de marine. "On distribuait les papiers. Je me dis : 'Mais quand même, nous sommes dans le malheur. Dans l’hypothèse où tu es admis à l’école navale ou à l’école de l’air, tu seras aux ordres de l’armée allemande. Tu ne peux pas accepter ça.' Je me suis levé, j’ai remis la copie, vierge, et je leur ai dit : 'Oui, j’me tire'" raconte le compagnon de la Libération.

Cet engagement, bien qu'entièrement assumé, a eu un impact sur sa jeunesse : "C’est l’âge où quand même, on pourrait passer des examens. Et puis on aime bien aussi la légèreté de la vie, les premiers flirts, et tout ça … Je n’ai pas connu tout ça, moi. J’ai été privé de jeunesse." "Le 24 juin, je quittais le port de Saint-Jean-de-Luz, le cœur un peu serré, c’est vrai, quand je voyais disparaître les côtes de France. Et même en me disant : 'Est-ce que tu les reverras un jour ?'" ajoute-t-il, rejoignant ses camarades en Angleterre qui, comme lui, ne voulaient pas accepter la défaite et la honte. 

Aspirant lors des campagnes de Syrie et de Libye

Simple aspirant, Hubert Germain a participé aux campagnes de Syrie et de Libye, avec la bataille héroïque de Bir Hakeim, au printemps 1942, au milieu du désert de Libye, au sud de Tobrouk, face à l’ennemi italien et à l’Afrikakorps du général Rommel, le tout en étant à 1 contre 10 et accompagnés d'unités venues de Madagascar, du Soudan, d’Indochine. L'ancien soldat se souvient de ses camarades d'outre-Mer : "Il y avait aussi les bataillons, les 'petits gars du Pacifique', c’était extraordinaire."

"Vous imaginez les Calédoniens, les Tahitiens, vous vous dites : 'Bon, ça va, ils arrivent et ils vont taquiner la guitare'. Eh bien, vous n’aviez pas intérêt à vous mettre devant quand ils lâchaient la guitare pour se préparer au combat. Ils avaient une véritable volonté d’en découdre, et disaient : 'Nous irons jusqu’au bout', c’est-à-dire qu’il n’était pas question de se rendre, on se serait fait flingués jusqu’au dernier" poursuit Hubert Germain.

Quatre ans après l'exil, le débarquement

Assiégés, harcelés par les bombardements, les forces françaises libres résistent quinze jours au lieu des six prévus lors de cette bataille, avant de s’exfiltrer, de nuit, au cours d’une manœuvre audacieuse. Hubert Germain va ensuite poursuivre son périple en Italie, où il sera blessé, avant de participer au débarquement en Provence en août 1944. Un retour en France quatre ans après son exil forcé, plein d'émotion.

"On arrive sur la terre, on débarque, on fait quelques pas, et vous vous écroulez, c’est la terre qui vous aspire, la plage. Et à ce moment-là, vous tombez à genou et vous pleurez. Pas longtemps, car il ne faut pas perdre de temps, mais vous avez le souffle coupé. Ça y est, vous savez que vous êtes là, vous ressentez déjà, à cause des tirs d’artillerie qui ont enflammé une pinède, l’odeur des pins qui brûlaient. C’était nos pins à nous, Français ! Et là je me disais : 'Voilà, tu es de retour en France ! La France ne t’appartient pas, ce n’est pas ta France, mais cette nuit, elle sera mienne.'" explique le héros, plein de fierté.

J’ai tué du monde, ça m’obsède encore à l’heure actuelle.- Hubert Germain, l'un des derniers compagnons de la Libération.

Toute l'info sur

LE WE 20H

Après une libération du pays longue et meurtrière, Hubert Germain va finalement faire une ultime étape, lors de l’affectation dans l’Allemagne vaincue et occupée à son tour. Une expérience dont Hubert Germain garde un souvenir humble et horrifié : "La puanteur, la charogne était là, partout. Tout brûlait … Vous n’allez pas vous moquer de cadavres qui sont là, qui se sont battus. Vous-même vous en avez tués. Moi, je suis chrétien, mais je vous dis, j’ai tué du monde, mais ça m’obsède encore à l’heure actuelle."

Sur le même sujet

Et aussi

Lire et commenter

Alertes

Recevez les alertes infos pour les sujets qui vous intéressent