"Je suis tombée sous son emprise" : quand l'envoi de photos dénudées vire à la vengeance chez les ados

"Je suis tombée sous son emprise" : quand l'envoi de photos dénudées vire à la vengeance chez les ados

ENQUÊTE - C'est un phénomène courant chez les ados : s'envoyer des "nudes", des photos de leurs corps dénudés. Mais si certains sont consentants, des histoires tournent au drame, comme l'a rappelé la mort à Argenteuil d'Alisha, 14 ans.

Alisha, retrouvée noyée à Argenteuil lundi, aurait été victime de cyber-harcèlement. Selon plusieurs témoignages concordants, des photos sur lesquelles la collégienne était en partie dénudée auraient été diffusées sur les réseaux sociaux par ses meurtriers présumés. Ce type de chantage ou de vengeance est très répandu chez les adolescents, qui sous-estiment souvent les conséquences pourtant potentiellement dévastatrices des "nudes". La plupart de ceux du secondaire connaissent ce phénomène, soit pour en avoir reçu, soit pour en avoir envoyé, soit parce que leurs amis en ont dans leurs téléphones. 

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Lorsque vous allez à leur rencontre à la sortie d'un collège ou d'un lycée, la proportion de ceux n'ayant aucune idée de ce dont il s'agit est infime, la plupart ayant, sur leur smartphone, une photo ou une vidéo de ce type qui leur a été adressée.  Et souvent, ces images de corps dénudés sont entrées dans leurs mœurs sans qu'ils n'y voient de problème. 

"C'est comme ça qu'on fait en ce moment (...) on peut dire que c'est un phénomène de génération", explique une adolescente sollicitée par TF1. Une génération qui a accès à toutes les images possibles sur son smartphone, pornographie comprise.  Malheureusement, la vie d'ados a volé en éclats lorsque les clichés sont devenus publics. 

Je me suis senti trahi, violé, je me sens pas bien. Je me dis que j'aurai plus jamais confiance en quelqu'un...- Clément, 17 ans, victime de "revenge porn"

Si pour nombre d'adolescents, cette pratique est "normale" et surtout "générationnelle", pour d'autres, elle a eu l'impact d'un cataclysme. Clément préfère témoigner anonymement. Il y a deux ans, il a été victime de ce qu'on appelle le "revenge porn", la vengeance pornographique. "J'avais 15 ans, un soir, on a décidé de s'envoyer des photos de nous déshabillés. On a fini tout nu. On était consentants. Quand on a rompu quelques semaines plus tard, elle a envoyé les photos à tous ses contacts et amis pour se venger", raconte-t-il, la voix brisée. Un choc particulièrement violent pour le jeune homme : "Je me suis senti trahi, violé, je ne me sens pas bien, je me dis que je n'aurai plus jamais confiance en quelqu'un..."

Victimes de ces pratiques, elles ont décidé d'alerter

Aliya aussi a été victime de revenge porn après avoir envoyé des photos d'elle, nue, à un inconnu. Elle avait 14 ans. Au gré des cinq mois de leur correspondance, la jeune femme a adressé régulièrement de telles images à son interlocuteur : "Il a su me dire les choses qu'il fallait pour que je le fasse, que tous les couples faisaient ça (...) Je suis tombée sous son emprise", dit-elle. 

Un jour, elle décide de mettre un terme à ces échanges et l'homme se venge en envoyant ces clichés à ses camarades du collège. La jeune femme a porté plainte, mais il n'a jamais été retrouvé. "Les photos sont sûrement encore sur des sites pornographiques", suppose-t-elle. De son histoire, elle a fait un livre, Juste une histoire de nudes, pour sensibiliser les jeunes à ces pratiques parfois destructrices.

Avec le même objectif d'alerter les jeunes femmes, Dilara, elle, fait des vidéos. Elle a 16 ans et compte 127.000 abonnés sur TikTok, le réseau social préféré des ados en ce moment. Victime de plusieurs demandes déplacées d’adultes qui la pressaient d'envoyer des photos d’elle dénudée, elle a décidé de réagir. Il y a quelques mois, elle a créé #balancetontiktoker. "J'ai reçu beaucoup de remerciements de filles après le lancement de ce hashtag", assure-t-elle.

Recevoir un "nude" sans l'avoir demandé est une agression sexuelle

Dans les établissements aussi, on fait de la prévention pour tenter de sensibiliser les ados à ces pratiques parfois répréhensibles. Dans le reportage de TF1 en tête de cet article, lorsqu'un formateur demande à son assemblée d'élèves combien ont déjà reçu une photo de nu sans l'avoir demandé, de nombreuses mains se lèvent. "Vous avez tous été victimes d'une agression sexuelle", souligne-t-il alors. "Recevoir une photo à caractère sexuel sans l'avoir demandé est considéré aux yeux de la loi comme une agression  sexuelle", assène ce spécialiste. Conserver un nude sur son portable est également illégal, et le partager sans le consentement de l'auteur est passible de deux ans de prison et 60.000 euros d'amende.

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Selon Aurélie Latourès, chargée d'études au Centre Hubertine Auclert, en 2017, "17 % des filles de 11 à 15 ans ont subi des cyberviolences sexuelles (contre 11 % des garçons) parce qu’elles ont reçu une photo choquante, réalisé un 'nude' sous la contrainte ou qu’il a circulé sans leur accord". 

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